DE QUELQUES MALADIES DU CAL
avait fait un faux pas ; on crut à une simple entorse, et , au bout de vingt-cinq jours, Farticulation du cou-de-pied étant libre et sans douleur, on lui permit de marcher. Mais bientôt de vives douleurs développées à la partie inférieure de la jambe empêchèrent absolument de mettre le pied à terre. On ne savait à quoi les attribuer ; les commémoratifs , la localisation précise de la douleur sur un point du péroné, me firent diagnostiquer une fracture de cet os ; et un appareil albuminé porté durant trois semaines amena une guérison radicale.
Dans ce cas, la fracture avait été méconnue-, d’autres fois, la fracture, bien constatée, a éprouvé un retard qui est bientôt révélé par des douleurs. Le traitement est le même, et réussit presque à coup sûr; si cependant les douleurs persistaient, on les dissiperait à l’aide d’un vésicatoire dans la région de la fracture même. Un individu atteint d’une fracture de la partie supérieure du fémur , traité d’abord par l’extension permanente qu’il ne put supporter , puis par les attelles ordinaires, avait essayé de se lever au bout de quatre-vingts jours. Le membre paraissait solide ; cependant des douleurs ne tardèrent pas à se faire sentir au niveau du cal. L’application d’un appareil nouveau durant un mois n’ayant pas suffi pour les dissiper , je fis agir successivement trois vésicatoires volants qui obtinrent le résultat désiré.
2“ De l’exubérance du cal. — Certaines fractures , principalement celles du quart supérieur du fémur , au-dessous des trochanters, s’enveloppent d’un cal si considérable, que, par son poids, son volume et les stalactites qu’il projette de côté et d’autre, il entrave notablement les fonctions du membre. J’en ai représenté un cas , planche 'KllI. fig. 1 ; mais j’en ai vu de bien plus volumineux.
Cette exubérance du cal avait' fortement attiré l’attention des anciens. « Quand cela arrive, ditCelse, il faut pratiquer sur le membre des frictions douces et prolongées avec de l’huile, du sel et du nitre-, faire d’abondantes fomentations d’eau salée ; appliquer un cataplasme résolutif; accroître la compression dubandage ; vivre de légumes ; avoir recoursau vomissement ; tous ces moyens , en amaigrissant les chairs, atténueront également le cal. On peut encore prescrire un cataplasme
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de moutarde et de figues sur le membre opposé, jusqu’à enlever l’épiderme, pour y appeler les humeurs. »
Paul d’Egine est plus hardi ; si les topiques astringents, si la compression avec des lames de plomb ne suffisent point, il veut qu’on mette le cal à nu , qu’on rugine et qu’on emporte tout ce qui fait saillie, en recourant au besoin au trépan.
On retrouve ces préceptes copiés par les Arabes et même plus tard ; je ne connais toutefois aucun cas dans lequel ils aient été appliqués ; et si le cal ne nuisait que par son volume, après avoir essayé des moyens fort innocents de Celse, et peutêtre des douches et des bains de mer, mieux vaudrait assurément laisser le malade vivre avec son mal que de le soumettre à une opération dont le succès douteux ne compenserait pas le danger.
Mais quelquefois , à cette hypertrophie du cal se joint une autre disposition maladive; des douleurs intenses dans le cal même, avec des réactions sur tout le membre. M. Guyot en a rapporté un exemple remarquable, qui mérite à tous égards d’avoir ici sa place*.
M. Turgot avait eu le fémur droit fracturé , par suite d’une chute de cheval , vers son tiers supérieur. Dupuytren appelé appliqua d’abord le bandage à dix-huit chefs et l’extension directe ; et vers le cinquantième jour il y substitua le double plan incliné. Ce changement de position fit incliner l’un sur l’autre les deux fragments avec un fort gonflement et des douleurs intolérables ; le cal se fit lentement et resta difforme. Le malade marchait néanmoins ; lorsque pour détruire un reste de raideur du genou, il alla aux eaux de Néris. Sous l’influence de ces eaux le cal se tuméfia, devint le siège de vives douleurs ; tout le membre s’œdématia et prit à sa surface une teinte violacée très-foncée. Dès lors impossibilité de se soutenir sur cette jambe ; le moindre choc à la pointe du pied retentissait douloureusement dans le cal et dans toute la partie supérieure de la cuisse ; et le malade ne pouvait endurer le porte-à-faux du cal sans éprouver un sentiment de fatigue qui s’élevait en peu de minutes jusqu’à la douleur. Tous les moyens employés
• Guyot, Des accidents comécuHfs aux fractures; Archiv. dem&deàne, février 1836.