‹ Traité des fractures et des luxations (volume 3)Chapitre 33 sur 98 · DE QUELQUES MALADIES DU CAL · texte numérisé non relu

DE QUELQUES MALADIES DU CAL

échouèrent ; vers la troisième année seulement , des bains de mer dissipèrent en grande partie la douleur, le gonflement et la teinte violacée de la peau , laissant subsister les autres phénomènes ; et le malade ne marchait qu’à l’aide de deux béquilles. Les temps de brume ou d’orage exaspéraient le mal, et l’élevaient jusqu’à l’état inflammatoire caractérisé par le gonflement , la douleur, la chaleur, des contractions spasmodiques des muscles et souvent une fièvre générale. Ces sortes d’accès duraient de six à neuf jours.

A l’examen, M. Guyot trouva les deux fragments chevauchés et un peu saillants en devant et en dehors ; mais surtout entourés par un -cal énorme, avec engorgement des parties molles ambiantes. Pensant d’abord que l’os manquait peut-être de solidité , il essaya d’y suppléer à l’aide d’un cuissart , qui d’abord soulagea beaucoup, mais qui bientôt ne put être supporté. L’extension graduée à l’aide de l’attelle mécanique de Boyer parut plus efficace ; en huit jours le membre reprit sa couleur et son volume naturels ; mais au trentième jour un mouvement du malade ayant ramené la douleur, on désespéra également de, ce moyen. Enfin on eut recours à un large vési-^ catoire, qui, ayant fait un bon effet, fut suivi à quelques jours de distance d’un second et d’un troisième -, et douze jours après l’application du premier, le malade put se lever et s’appuyer sur le méUibre malade, Afin d’assurer la cure, on crut devoir établir au niveau du cal, en dehors et un peu en arrière de la cuisse, un large cautère admettant huit ou dix pois ; et en effet quelques mois plus tard, le membre avait repris sa couleur, sa forme et toute son agilité.

M. Guyot rapporte deux autres observations analogues, mais moins complètes ; il s’agit toujours de fractures de la partie supérieure du fémur ; et dans le dernier cas, la douleur enlevée deux fois par un vésicatoire avait deux fois reparu, lorsqu’on cautère en fit définitivement justice.

Cette affection du cal a bien le caractère d’un état inflammatoire chronique, qui en occupe la profondeur en même temps qu’il affecte le périoste et les tissus fibreux voisins. Chez les sujets observés par M. Guyot, il y avait des indices de goutte ou de rhumatisme , complication qui influait peutêtre sur la persistance des douleurs.

ES ERACTüEES.

^ Dans quelques cas , le volume excessif du cal provient surtout de ce qu’il présente une cavité centrale, et que l’ossification ne s’est faite en quelque sorte qu’à la circonférence ; le professeur Weinhold, de Halle, est tombé inopinément sur une cavité de ce genre, en voulant traverser le cal avec un séton. Celle tentative mérite d’ailleurs d’être rapportée, d’autant plus qu’elle fut suivie de succès.

Un jeune homme de dix -huit ans, atteint d’une fracture de la partie moyenne du fémur, essaya de marcher et de reprendre ses occupations à la fin de la quatrième semaine. Six semaines plus tard, le membre s’était raccourci de deux pouces, et le cal avait acquis un volume énorme ; il portait dix-huit pouces et demi de circonférence ; le tissu cellulaire ambiant était engorgé ; et dans divers points il se forma des abcès qui dégénérèrent en fistules. Weinhold essaya d’abord l’extension à l’aide des poulies, mais le cal ne cédait nullement. Il eut l’idée de passer un séton au travers, dans le but de provoquer la suppuration et le ramollissement du cal, pour revenir ensuite à l’extension. En conséquence, avec une aiguille à trépan montée sur un vilebrequin , il perça les parties molles à un pouce environ de l’artère fémorale, perfora lentement les couches extérieures du cal ; après quoi l’instrument traversa tout à coup une cavité de quatre pouces de profondeur environ avant de parvenir à l’autre côté ; et quand le cal eut été perforé de nouveau dans ce point, l’aiguille fut poussée à travers les muscles et la peau, et le séton introduit. La partie fut recouverte de cataplasmes froids pendant trois jours -, le quatrième, on enduisit le séton de baume d’Arcéus , et on le fit avancer deux fois par jour. Dès la cinquième semaine, une suppuration abondante, qui s’écoulait par les ouvertures du séton , amena la résolution de l’engorgement cellulaire ; puis les fistules se fermèrent; le cal s’enflamma et suppura à son tour ; du moins Weinhold en jugea ainsi en le sentant s’affaisser sous la pression du doigt. Il revint alors à l’extension, et avec un tel succès que dès la dixième semaine le membre n’oflfrait plus qu’un raccourcissement de deux lignes. Pour plus de sécurité, on laissa encore le séton une quinzaine de jours ; et quelques semaines plus tard , les plaies étaient cicatrisées, la cuisse avait repris son volume normal ; le malade

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