‹ Traité des fractures et des luxations (volume 3)Chapitre 36 sur 98 · FRACTURES DU NEZ · texte numérisé non relu

FRACTURES DU NEZ

cassé, l’autre étant seulement enfoncé , particulièrement chez les sujets qui ont la racine du nez aplatie. Duverney professe au contraire que le plus souvent les deux os sont fracturés. Les faits manquent pour juger cette fréquence relative; et d’ailleurs la question a peu d’importance. Une distinction plus essentielle a été faite par Hippocrate; tantôt la fracture est légère, sans déplacement, et peut être traitée comme une contusion ou une plaie simple ; ou bien il y a un déplacement notable, et alors, selon la direction du coup, les fragments sont enfoncés directement ou jetés de côté. On voit {pl. III , I), un exemple de cette seconde sorte de déplacement. La fracture a séparé presque transversalement les deux cinquièmes inférieurs des os du nez, en même temps qu’une très-petite portion de l’apophyse montante du maxillaire droit ; le fragment de l’os nasal gauche a été jeté à la fois à droite et un peu en arrière, en quittant le fragment supérieur qui fait ainsi une notable saillie au-dessus , et sans abandonner son apophyse montante, dont la suture s’est prêtée à ce mouvement. Le fragment de l’os nasal droit a été en outre divisé en deux par une fracture verticale ; sa portion interne, repoussée à droite et un peu en avant, s’est mise sur le même plan que le fragment nasal gauche , dé telle sorte que l’angle naturel qu’ils formaient ensemble a presque entièrement disparu ; et qu’un autre angle tort saillant, et qu’on voit très-bien sur la figure, s’est formé par la ^encontre de cette portion du fragment droit avec l’autre portion déjetée légèrement sur le côté. C’est du reste le seul exemple de cette fracture que j’aie trouvé dans les musées de Paris.

Les fractures du nez s’accompagnent fréquemment d’une forte contusion ou même de plaie des téguments. D’ordinaire,

■ un petit écoulement de sang a lieu par les fosses nasales ; quelquefois c’est une véritable hémorrhagie, et Rossi dit l’avoir vue entraîner la mort, sans qu’il ait été à temps de secourir le malade, ce qui est un cas extraordinaire. Un accident plus rare, maisaussi bien moins grave, est l’emphysème. Un jeune homme avait reçu un coup violent sur le nez, sans autre symptôme d’abord qu’une douleur as^z vive: mais quelques heures après, s’étant mouché avec force, il sentit comme un sillon de feu remonter du nez vers les paupières de l’œil gauche, qui

DES FfiACTUE.ES.

se trouvèrent aussitôt boursouflées par un emphysème. Dupuytren pensa que l’air avait pénétré par une déchirure de la muqueuse vis-à-vis l’union du cartilage latéral gauche, qui aurait été détaché du bord inférieur des os propres du nez *.

Outre ces accidents primitifs, il en survient quelquefois d’autres consécutifs ; et d’abord l’inflammation peut amener un abcès qui tantôt se montre entre les os et la muqueuse, d’autres fois entre les os et la peau, ou bien enfin dans les deux points à la fois. J. L. Petit en rapporte des exemples. wSi la suppuration se prolonge, elle peut amener une nécrose partielle. Là même ne s’arrêtent pas encore les conséquences attribuées à ces fractures ; Monteggia cite, d’après un journal de médecine que je n’ai pu retrouver, le fait d’une fracture du nez qui parut la cause déterminante du développement d’un polype mortel ; mais il faut bien reconnaître là une prédisposition plus grave que la fracture même. L’observation suivante, empruntée à Duverney, montre quelles suites' déplorables peut avoir une fracture du nez chez certains sujets.

Une femme ayant reçu un coup de poing sur le côté droit du nez, il survint un gonflement monstrueux qui ne permit pasde juger s’il y avait fracture. Le saignement du nez fut excessif; les règles, qui coulaient alors, s’arrêtèrent ; la muqueuse nasale se tuméfia tellement qu’elle faisait un gros bourrelet occupant toute l’entrée de la narine. Au bout de quinze jours on aperçut une tumeur fluctuante près du grand angle de l’œil, dont l’ouverture donna issue à un sang dissous et très-puant. L’os du nez se trouva découvert et l’on en emporta une petite portion séparée du cartilage. La malade était presque guérie, lorsqu’elle fut attaquée d’une fistule lacrymale que Woolhouse opéra. Quelques jours après l’opération, il s’éleva des fongus indestructibles ; le mal dégénéra en cancer, et la femme périt dans de cruelles douleurs.

Je n’ai entendu parler jusqu’ici que de la fracture limitée aux os propres du nez; on comprend que la violence extérieure ne s’arrête pas toujours là. Assez souvent une portion de l’apophyse montante de l’os maxillaire se trouve comprise dans la fracture sans rien ajouter h sa gravité ; il en était ainsi sur la

i Dupuytren, Lef oM deuxième édition, tome II, page S19.

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