FRACTURES DES 03 MAXILLAIRES SUPÉRIEURS
intention autant que possible, et n’extraire aucune esquille que quand il s’en présente de totalement séparées. Si un abcès ^ développait au voisinage de la fracture, la règle posée par J.-L. Petit est de l’ouvrir par une incision de la muqueuse, et de ne faire d’ouverture aux téguments que dans le cas d’absolue nécessité.
Lorsque la fracture s’est consolidée d’une manière difforme, il est impossible de remédier à la déviation des os; mafs on peut quelquefois corriger celle des cartilages, M. Dieffenbach a eu affaire à une difformité de ce genre survenue par suite d’une chute; le nez avait été tellement déjeté à gauche qu’il était couché sur la joue, l’une des narines tournée en haut et l’autre en bas. 11 glissa un ténotome sous la peau, en dehors de la narine, divisa les cartilages de l’aile et du dos du nez a leur point de jonction avec les os, en fît autant de l’autre côté, coupa en dernier lieu le cartilage de la cloison, de telle sorte que le squelette cartilagineux du nez, devenu parfaitement mobile, put être ramené à sa direction naturelle, et la guérison, dit-on, fut complète *. En admettant quelque peu d’exagération dans le résultat annoncé, l’opération n’en est pas moins fort ingénieuse , et offre une ressource précieuse en cas de besoin.
§ IV. — Fractures des os maxillaires supérieurs.
Fort rares et à peine étudiées jusqu’à ce jour, ces fractures offrent un grand nombre de variétés , dont la gravité est fort différente. Qu’un instrument piquant ou contondant brise en un point la paroi externe du sinus maxillaire, à peine si la fracture ajoute quelque chose au danger d’ailleurs insignifiant de la plaie des parties molles-, et la Médecine opératoire pro^ duit quelquefois elle-même de ces perforations. Que dans l’arrachement d’une dent une paroi de l’alvéole soit brisée , cela n’a guère plus d’importance; mais il en va tout autrement lorsqu’un choc ou une pression extérieure violente détache une partie de l’arcade alvéolaire, enfonce un des os maxillaires ou môme tous les deux, et étend le dégât à presque tous les os de la face.
* Gazette des hôpitaux, 22 fév. 1842.
DES FRACTDEES.
Lorsqu’un fragment notable a été séparé de l’arcade alvéolaire, il importe de le maintenir en juste rapport avec les autres portions de cette arcade , afin que toutes les dents restent au même niveau. On peut appliquer ici,» sauf quelques modifications , la plupart .des appareils imaginés pour les fractures de la mâchoire inférieure.
Ledran a tenté avec succès la ligature des dents sur un individu qui, étant tombé sous la roue d’une voiture, avait eu les quatre dernières dents molaires, avec la portion de l’arcade alvéolaire correspondante, jetées en dedans de la bouche et couchées sur le palais , toutefois sans aucun déchirement ni du palais ni des gencives. Le fragment était mobile et poussé de côté et d’autre par les divers mouvements des joues et de la langue. Ledran songea,à fixer les dents par la ligature, et s’adjoignit à cet effet le dentiste Capron. Celui-ci attacha avec un gros fil les quatre dents détachées avec la cinquième qui tenait ferme ; dès lors elles ne bougèrent plus. Les fils tombèrent au bout de dix ou douze jours, mais déjà la consolidation était assez avancée pour qu’on pût s’en passer-, et le trente-quatrième jour, le malade était entièrement guéri. J’ajouterai qu’il portait en môme temps une fracture de la mâchoire inférieure, qui fut guérie dans le même espace de temps et à l’aide du môme procédé.
Alix eut le môme bonheur dans un cas presque tout semblable. Une roue de voiture, passant sur la tête d’une femme, avait enfoncé la canine et les deux molaires du côté droit, avec leurs alvéoles. Alix avait songé d’abord à enlever ce fragment; mais, encouragé par le succès de Ledran , il le remit en place, lia la canine à l’incisive voisine avec un fil de laiton tordu à l’aide de pinces, fixa de même les molaires, sans aucune autre précaution que de mettre une petite compresse entre les dents et la lèvre pour garantir celle-ci contre la saillie des fils métalliques. Au douzième jour, il enleva le fil qui retenait la canine, deux jours après, celui des dents molaires ; et au bout de trois semaines la cure était complète '.
Dans un cas du même genre, Graefe donna la préférence à
‘ Ledran, Obs. chirurgicales, lomel, obs. ni; — Alix, Observatà ehî~ Turg., Altenburg, 177i, fasc. I, obs. xi.
RUCTOEES DES OS MAXILLAIRES SÜPÉEIEDRS. 373
un appareil calqué sur celui de Ruteîiick pour la mâchoire inférieure , et qui cependant mérite une mention spéciale.
ün ressort courbe en acier , convenablement garni, est appliqué sur le front et fixé à l’aide d’une courroie bouclée en arrière de l’occiput. Ce ressort porte sur ses côtés deux écrous munis de vis de pression pour recevoir les extrémités des deux crochets d’acier qui doivent y prendre un point d’appui pour agir sûrement sur l’arcade dentaire. En effet, ces crochets, descendant jusqu’au niveau du bord libre de la lèvre supérieure, se recourbent en arrière pour embrasser cette lèvre sans la blesser ; arrivés ainsi près de l’arcade dentaire , ils se recourbent de nouveau pour l’embrasser à son tour. Mais comme la pression des crochets doit avoir pour effet de maintenir les dents de la portion fracturée en juste rapport avec celles du reste de l’arcade, une gouttière en argent garnie de linge reçoit à la fois les unes et les autres dans une étendue suffisante ; et c’est sur cette gouttière que les crochets exercent leur pression.- On comprend du reste comment, en les faisant remonter plus ou moins dans les écrous du ressort frontal , on amène cette pression au degré nécessaire '.
L’enfoncement simultané des deux os ne peut avoir lieu sansde nombreuses disjonctions dans les sutures, ou de nombreuses fractures des divers os de la face. Je n’en connais qu’un seul exemple, observé par Wiseman ; et le chirurgien éprouva pour ramener et fixer les os en place , des difficultés inouïes qui donnent à ce fait un intérêt tout particulier.
Un petit garçon de huit ans avait reçu au milieu de la face un choc tellement violent, qu’il était resté un moment comme mort, puis dans un coma prolongé. « Quand je le vis, dit l’auteur, il offrait un aspect étrange, ayant la face enfoncée, la mâchoire inférieure saillant en avant ; et je ne savais où avoir prise, ni comment faire mon extension. Mais après un moment, il reprit ses sens, et se laissa persuader d’ouvrir la bouche. Je vis alors que les os du palais étaient si fortement enfoncés en arrière, qu’il était impossible de glisser mon doigt par derrière, comme je l’avais projeté ; et l’extension ne pouvait se faire d’une autre manière. J’imaginai sur-le-champ un
* Voir V Atlas de Richier, Tab> ti, fig. i.
DES FKACrORES.
instrument eourbé à son extrémité, que j’engageai derrière la liiéttey'èt après l’avoir porté un peu en haut , je ih’en servis pour retirer l’os en avant, ce qui eut lieu sané dilBculté; mais je n’eüs pas plutôt ôté mon instrument que la masse fracturée se rejeta en arrière. Alors je me contentai de panser la face avec tin cérat astringent, pour prévenir l’afflux des humeurs; je fis également une saignée; et, quelques heures après, j’avais un instrument mieiix fabriqué pour ramener cette grande masse d’os a sa place naturelle 5 et je la fis retenir en place par la main de l’enfant , de sa mère et de mes serviteurs, chacun durant un certain temps; sans quoi il n’y avait plus rien. Ainsi, par leurs soins et les nôtres, la tonicité de la partie fut préservée ; le cal se développa, et à mesure qu’il se consolida, la partie prit plus de force, la face reprit un bon aspect, meilleur assurément qu’on n’aurait pu l’espérer après un déplacement aussi considérable • et le malade fut toiit à fait guéri. » îl serait plus commode, en pareil Cas, de fixer le crochet en avant à uhésorte de masque suffisamment éloigné du niveau dé la face , taillé par exemple sur le modèle d’un casque à visière du d’un masque d’escrime.
Je n’ai trouvé également qu’un cas unique d’enfoncement de l’un des os maxillaires supérieurs; on comprend que cela né saurait se faire sans disjônçtîomde la suture médiane , et fracturés en divers autres points. La mobilité était cépendant beaucoup moins grande que dans le pas de Wiseman , et la nature fit à peu yrès seule à la longu^oüs les fcais de la réduction. Cette observation , également . fort curieuse , appartient à M. Simonin, de Nancy. ^ ^ -
'Un Charpentier âgé de vingt et ùn ans, étant tombé d’un deuxième' étage , outre des fraétures du bras ét delà jambe et line luxation de la clavicule, offrait à la face l’état suivant : —Fracture simple des os propres du nez, ébranlement des dents incisives aux deux bords alvéolaires, écartement d’environ 9 millimètres des os maxillaires supérieurs et palatins dans leur suture médiane , enfoncement de tout le côté gauche de la face sans altération des parties molles ; plus une fracture verticale et sans déplacement qirès de la symphyse de la mâchoire inférîeurë'. Du "reste, nul symptôme de cômm’btîdn cérébrale. — Avec des pinces à anneaux introduites sopsdes os du nez, on