‹ Traité des fractures et des luxations (volume 3)Chapitre 44 sur 98 · FRACTURES DU CORPS DES VERTÈBRES · texte numérisé non relu

FRACTURES DU CORPS DES VERTÈBRES

unie que la ligne de séparation n’était pas bien marquée. Avec la scie de Hey, l’opérateur fît d’abord sur la deuxième vertèbre dorsale une section de chaque côté, le plus près possible de la base des apophyses transverses j et endéfînitive, réséqua et enleva une partie des apophyses épineuses de deux vertèbres, moitié de celle de la troisième, et la totalité de celle de la quatrième qui semblaitle plus enfoncée, lln’yeut point d’accidents graves ; la sensibilité se rétablit dans les cuisses et dans les mains, augure favorable pour le rétablissement futur des mouvements; malheureusement l’histoire s’est arrêtée là*.

Il y aurait plus d’une critique à adresser à cette observation. Toutes les dates y sont omises ; le siège de la lésion n’est pas indiqué ; mais, par-dessus toutes choses, le diagnostic est établi à peu près au hasard , l’opération entreprise plus témérairement encore ; le résultat définitif demeure inconnu. Ce n’est pas sur de pareils faits que l’on peut asseoir sa conviction.

§ III. — Tractures du corps des vertèbres.

Les causes qui déterminent ces fractures sont de nature fort diverse. Le plus souvent ce sont des chutes d’un lieu élevé , dans lesquelles le tronc heurte le sol par Sa face postérieure ; quelquefois le tronc rencontre dans la chute un corps saillant sur lequel le rachis vient se briser ; c’est ainsi que des maçons, des charpentiers , tombant d’un échafaudage, rencontrent des poutres, des barres de bois ou de fer , etc. D’autres fois la chute a lieu sur l’une des ^trémités du tronc , le bassin ou la tête ; et , dans ce dernier cas, tantôt la tête est pliée en avant, et la chute a lieu sur l’occiput ; tantôt la chute porte sur le front , la tête étant rejetée en arrière. On a rapporté aussi quelques exemples de fractures suite *de chutes sur les pieds. Viennent enfin les chocs sur le rachis, parmi lesquels les chutes de corps pesants, et surtout les éboulements jouent le principal rôle ; les fortes pressions, les coups de feu , etc.

Réveillon a cité un cas de fracture due, selon lui, à la con-

* North Amer, Med. and Surg. Journal, July 1829, page 9i. — Celte observation a été reproduite dans le Journal des progrèt et le Journal hebdomadaire, mais avec de honteux contre-sens.

DES FRACTtîRES.

traction musculaire. Un soldat ayant plongé de haut, les mains jointes en avant de la tête, dans un endroit où l’eau n’avail que trois pieds d‘è profondeur, ’eii fut retiré quelques minutes après avec paralysie de tous les membres. Revenu à lui, il raconta qu’ayant touché des mains le fond de la rivière, il avait brusquement porté la tête en arrière pour éviter qu’elle ne portât, et que de ce moment il avait perdu connaissance. Il mourut dans la nuit ; à rautopsie, on trouva une fracture transversale du corps de la cinquième vertèbre cervicale, avec les deux lames séparées des masses latérales*.

Quoi qu’il en soit , à regarder de près le mécanisme suivant lequel se produisent ces fractures, on arrive à douter fortement de la doctrine de Boyer, qui n’admettait que des causes directes, et de celle de quelques auteurs plus récents, qui regardent les causés indirectes comme les plus rares. Il est certain d’abord que, dans les chutes sur la tête, sur le hassin , sur les pieds, la fracture a lieu par contre-coup; quand un corps pesant tombe sur la tête ou les épaules, et force la flexion en avant , le contre-coup n’est pas moins manifeste. Restent donc les chutes sur le dos ; or, quajid ilwie se rencontre pas un corps ^saiflant ottnftieèlfui ffise directement une ou deux vertèbres, quand la chute se fait sur un sol uni , par exemple, presque toujours le choc principal est reçu par un des points les plus proéminents , la tête , le haut du dos ou le sacrum ; et dans le second cas, le seul où la colonne soit directement atteinte , le choc est répété sur une trop large surface pour amener souvent des fractures directes.

Je pose donc en fait que , dans la grande majorité dès cas , les fractures du corps des vertèbres ont lieu par conùe-coup , par l’effet d’une flexion forcée de la colonne, soit-4i avant, soit en arrière ; et le siège habituel de ces fractures vient achever la démonstration à’ cet égard. J’ai fait voir ailleurs que le rachis se fléchit en trois points principaux qui sont compris, le premier, entre les troisième et septième vertèbres cervicales ; le second , entre la onzième dorsale et la. deuxième lombaire ^ le troisième entre la quatrième lombaire et le sacrum*. Or, la plupart des fractures affectent les vertèbres com-

1 Journal général de Médecine, tome XCVIII, page il8.

- Voir mon Anat. chirurgicale, tome II, page 15.

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