DES FRACÏDRES DES COTES
les autres fractures ensemble. Dans l’enfance, l’élasticité des côtes leur permet de résister aux pressions les plus violentes. Ainsi A. Paré a rapporté l’histoire d’un enfant de deux ans, sur la poitrine duquel avait passé et repassé une voiture chargée de cinq personnes, sans que les côtes offrissent aucun indice de fracture*. Dans l’âge adulte, cette élasticité se perd, et plus encore chez les vieillards, à raison de l’ossification des cartilages ; mais, en outre, les côtes sont sujettes à une sorte d’atrophie sénile qui porte principalement sur leur épaisseur et qui les rend beaucoup plus faciles à rompre. Cette atrophie, que je n’ai trouvée signalée nulle part, se remarque aussi dans certaines affections soit de l’intérieur, soit de l’extérieur de la poitrine; je l’ai constatée dans un cas d’emphysènie pulmonaire ; j’ai vu de même, chez une femme atteinte d’un cancer au sein sans adhérence avec les côtes ni môme avec le grand pectoral, j’ai vu, dis-je, toutes les côtes sous-jacentes amincies au point d’offrir une épaisseur trois ou quatre fois moindre que celles du côté opposé.
Les causes les plus communes sont des violences extérieures, soit un choc violent, soit une pression excessive, ou bien encore une chute sur un corps saillant, comme le.rehord d’un escalier, l’angle d’une table, ou même une chute de haut sur le sol. Lonsdale a vu neuf ou dix côtes de chaque côté fracturées par une cause de ce genre.
Comment agissent ces diverses causes ? J.-L. Petit a donné à cet égard une théorie qui règne encore dans nos écoles ; la côte, selon lui, représente un arc dont la partie moyenne peut être enfoncée par un coup violent, fracture en dedans, nommée aussi depuis fracture directe; ou bien une pression exercée sur les deux bouts de l’arc et tendant à les rapprocher, fait éclater sa partie moyenne en dehors, fracture en dehors ou fracture indirecte.
Cette théorie n’est juste et vraie que dans certaines limites. Ainsi un choc ou une pression énergique, agissant sur le milieu de la côte, se borne fréquemment à produire une seule fracture directe ; mais quelquefois aussi elle en détermine d’indirectes à une certaine distance de la première ; et c’est ainsi
* A. Paré, édîlioa aialgaigue, tome III, page 489.
DES FRACïUaES.
que se font les fractures multiples. Il ne faudrait pas croire non plus, par l’expression de fracture en dedans, que la rupture commence toujours par la table interne de la côte ; quelquefois elle commence et s’arrête même à la table externe. Un vieillard de 77 ans tomba sur un bras de fauteuil et se fractura cinq côtes du côté droit, de la troisième à la septième ; il succomba le troisième jour. A l’autopsie, je trouvai sur quatre côtes des fractures complètes; mais la cinquième, celle du milieu, avait seulement sa table externe rompue 5 l’interne avait plié et faisait un angle saillant à l’intérieur de la poitrine. La fig. 2, pl. II, montre la pièce anatomique vue par sa face interne , et l’angle formé par la côte du milieu incomplètement brisée.
Quant aux fractures indirectes, produites par une pression sur les deux bouts de la côte, ce n’est point la partie moyenne do la côte qu’elles occupent , comme le croyait J.-L. Petit. J’ai essayé nombre de fois de fracturer les côtes par une prèssion énergique sur le sternum , et toujours les fractures ont eu lieu en avant, généralement même plus près du sternum que du milieu des côtes U Dans plusieurs cas de fractures indirectes opérées sur le vivant par le passage d’une roue de voiture sur le sternum, j’ai oUservé les mêmes résultats; et lors des funestes événements du Champ-de-Mars, en 1837, sept personnes ayant succombé avec des fractures de côtes très-probablement produites par des causes indirectes, toutes les fractures furent trouvées en avant, de 2 à 7 millimètres au plus en dehors des cartilages.
Les choses se passent différemment si la pression a lien en arrière, le sujet -étant couché sur la face antérieure de la poitrine. Dans un cas rapporté par Zwinger, le blessé renversé à plat ventre, un cheval et une lourde voiture lui avaient passé sur le dos. Chose curieuse, pour les côtes inférieures les fractures siégeaient en avant sur les cartilages mêmes, tandis que les trois côtes supérieures avaient été cassées et enfoncées près de leur attache au rachis.
Les fractures par causes internes ont été oubliées par la plupart des chirurgiens. J’eti avais rassemblé sept observations
' Malgaigne , Recherches sur les var. e( le trait, des fracL des Côtes; yirchiv. gétu de méd-, jailielet aoûe 1828. — Je renverrai â ce mémoire l)our l’indication de toutes les sotirces omises dans êe chapitre.