‹ Traité des fractures et des luxations (volume 3)Chapitre 48 sur 98 · DES FEACTÜRES DES COTES · texte numérisé non relu

DES FEACTÜRES DES COTES

Les fractures multiples sont bien plus divereifiées. Tantôt, comme dans le cas déjà cité de Chaussier, il y a deux fractures incomplètes ; tantôt une fracture complète se combine avec une incomplète , ou bien ce sont deux fractures complètes à la fois ; et enfin j’ai décrit des pièces anatomiques offrant les traces incontestables de trois à quatre fractures sur une seule côte. Je ne parle pas de fractures comminutives ou compliquées d’esquilles; il s’en rencontre fréquemment quand la côte est fracturée par un coup de feu ; mais, à mon grand étonnement, je n’en ai pas trouvé un seul exemple dans les fractures produites par les causes ordinaires ; et sur le cadavre je n’ai pas pu en produire.

Les symptômes varient autant que la disposition de la fracture.

Quelques sujets, à l’instant du choc, disent avoir entendu le craquement de l’os brisé; mais cela n’est rien moins que commun. Il est tout aussi rare de. trouver à l’extérieur une contusion ou une ecchymose.

Le phénomène le plus constant est la douleur locale, augmentant dans les mouvements delà respiration, surtout par les inspirations fortes , par les efforts, par la toux ; par la pression extérieure ; quelquefois enfin, selon le siège de la fracture, par les mouvements de l’épaule. Elle apparaît dès l’instant de la fracture , et ne s’apaise que par le repos ou l’immobilité du thorax, et par la réduction des fragments.

Dans les fractures les plus simples, lorsqu’on n’a pas eu soin d’immobiliser le thorax , en général la douleur persiste ; quelquefois, la légère irritation qui se fait autour des fragments se propage jusqu’à la plaie ; si l’on applique l’oreille ou le stéthoscope , on entend le bruit de frottement qui annonce une pleurésie circonscrite légère ; et j’ai vu une fracture de côte, placée mal à propos dans une salle de médecine, donner lieu ainsi à une bizarre erreur de diagnostic. Au contraire, quand on a appliqué un bandage , la douleur disparaît promptement ; beaucoup de malades dans les hôpitaux demandent à sortir du huitième au dixième ou douzième jour, époque à laquelle il n’y a pas encore assurément de consolidation osseuse.

Quand la fracture est multiple avec enfoncement d’un fragment , la douleur, plus fixe et plus profonde , paraît due à la

DES EKACTDRES.

contusion et à l’inflammation partielle du poumon et de la plèvre; le bandage, loin de l’apaiser, fréquemment l’exaspère; j’ai vu quelquefois alors, soit à raison de la douleur, soit par l’effet de l’irritation et de la tension des muscles , la poitrine s’immobiliser d’elle-même du côté blessé, et la respiration costale s’opérer presque exclusivement par le côté sain.

Le décubitus, dans ees cas, ne m’a paru sujet à aucune loi générale; j’ai vu des sujets qui ne pouvaient se tenir que sur le côté sain; d’autres, au contraire, que sur le côté blessé ; et enfin chez d’autres le décubitus paraît indifférent, sans que j’aie pu jusqu’ici saisir la raison de ces anomalies.

On pourrait croire, attendu les mouvements ince,ssants des côtes, que la crépitation doit exister communément et se faire entendre même sans être provoquée. J’en ai vu un cas remarquable chez un homme de trente-deux ans, atteint d’une fracture simple de la neuvième côte droite, laquelle , du quatrième jusqu’au quatorzième jour de la fracture, produisait une cré-' pitation sensible pour lui-même et pour d’autres, dans certains mouvements et dans les inspirations un peu fortes. Chaumette a observé quelque chose de bien plus extraordinaire sur son beau-père, Claude Chillac, atteint d’une plaie pénétrante de poitrine vis-à-vis du cœur. « Il auoit aussi vne coste rompue^ dit-il, et entendions aisément son remuement lorsque le cœur se mouuoit. » Mais tout cela est excessivement rare ; très-souvent, au contraire, soit que la fracture soit incomplète ou dentelée, soit que le gonflement des parties ambiantes maintienne déjà des rapports fixes entre les deux fragments , tous les essais tendant à produire la crépitation sont inutiles.

Reste à étudier les déplacements. J.-L. Petit, comme on l’a vu, admettait que les deux fragments étaient déjetés en dedans ou en dehors par le fait de la cause fracturante, tout en confessant que les muscles intercostaux ne pouvaient pas permettre un déplacement considérable; et Vacca Berlinghieri, exagérant la résistance de ces muscles, alla jusqu’à nier la possibilité des déplacements. Tout cela est de pure théorie, et ne saurait tenir devant l’examen des faits.

Dans les fissures , dans le plus grand nombre des fractures incomplètes, dans les fractures complètes dentelées et sans rupture du périoste, il n’y afie déplacement d’aucune espèce.

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