‹ Traité des fractures et des luxations (volume 3)Chapitre 55 sur 98 · DES FRACTURES DD STERNUM · texte numérisé non relu

DES FRACTURES DD STERNUM

fût-elle rendufi manifeste par la crépitation , il faut encore éviter de se prononcer trop vite sur sa nature, et même sur la présence ou l’absence des déplacements. Le sternum présente quelquefois des dépressions congéniales .ou accidentelles qui simuleraient fort bien un. enfoncement traumatique; seulement s’il y avait un chevauchement notable , outre la dépression sternale, on aurait un signe à peu près pathognomonique, savoir, le rétrécissement de l’espace intercostal correspondant à la fracture.

Le pronostic est généralement simple et peu grave quand la fracture est simple; sa gravité est en rapport avec celle des complications. Cependant , même dans les fractures les plus simples , le danger de la suppuration mérite ici une .attention toute spéciale ; sur le petit nombre de faits connus, on en trouve cinq exemples ; savoir , chez le sujet de Mesnier , chez les deux femmes de Chaussier , ' chez cet homme où la fracture eut lieu dans les efforts de vomissement, et enfin chez mou propre malade. . '•* “

Le traitement offre des indications différentes, selon qu’il y a ou qu’il n’y a pas déplacement. Quand les fragments demeurent en contact, il ne s’agit que d’immobiliser la poitrine à l’aide d’un bandage de corps, ou mieux d’une large bande de diachylon. Si le bandage ne peut pas être supporté, on tiendra le malade au lit , couché sur le dos, la tête plutôt basse qu’élevée. Du reste , on peut parfaitement appliquer ici les règles que j’ai posées pour les fractures de côtes, touchant le degré de striction , le maintien du bandage, et même la position du malade. Dans les deux cas si ressemblants de Meek et de Sabatier, les blessés éprouvaient une telle gêne de la respiration, que toute pression était insupportable; ils ne pouvaient même demeurer couchés , et l’on fut obligé, pendant plus de huit jours, de les tenir assis, soit dans le lit, soit dans un fauteuil , et de plus courbés en devant , et la tête appuyée sur une chaise bien garnie d’oreillers.

Lorsqu’il y a enfoncement simple et sans chevauchement , l’idée qui se présente tout d’abord est de presser sur le fragment proéminent pour le déprimer au niveau de l’autre; nous verrons tout à l’heure qu’on a songé aussi à agir sur le fragment enfoncé afin de le relever. Malheureusement l’enfonce-

DES FRACTORES.

ment , entretenu à la fois par les muscles intercostaux et par l’élasticité dififérente des cotes qui s’attachent aux deux fragments, ne cède pas toujours aussi facilement qu’on serait tenté de le croire. D’ailleurs, quand il s’y joint du chevauchement , il faut exercer une sorte d’extension sur le sternum , et cet os n’offre pas de prise par lui-même. On a donc cherché à agir sur les deux fragments par l’intermédiaire des côtes , des épaules , de la tête et du rachis.

Paul d’Egine, sans doute d’après Soranus , mettait un coussin sous le dos du malade , refoulait les épaules en arrière , agissant ainsi sur le fragment supérieur par les clavicules , et pressait en même temps sur les côtes de l’un et de l’autre côté, ce qui tend à ouvrir l’arc qu’elles décrivent et à porter leur extrémité sternale en avant. A. Paré dit avoir réussi une fois par ce procédé. En cas d’échec, Duverney s’y prenait d’une autre manière; il couchait le blessé sur le côté, mettant quelque chose de résistant soüs les côtes , et il pressait sur les côtes du côté opposé , en même temps qu’un aide repoussait le rachis en dedans. Les chirurgiens postérieurs ont négligé , peutêtre à tort, d’agir sur les côtes ; Aurran , plaçant un traversin sous le dos du blessé, pressait à la fois sur le menton et le pubis pour courber le tronc en arrière ; Monteggia s’en prend aux épaules qu’il veut attirer en arrière , tandis que du genou il repousse le rachis en avant ; chez le malade de l’hôpital Saint-George , il suffit de renverser la tête fortement en arrière pour obtenir une complète réduction. Mais ici j’ai une grave observation à faire.

A en croire le petit nombre des faits publiés, la réduction serait assez facile : la contention seule offrirait des difficultés. Je dois dire cependant que j’ai vu une luxation récente de la première pièce du sternum sur la seconde , lésion tout à fait comparable à une fracture transversale , qui a résisté à tous les efforts ; et dans le cas unique d’enfoncement du fragment inférieur sous le supérieur , la réduction fut également impossible. Peut-être le chevauchement oppose-t-il des obstacles plusgrandsque l’enfoncement simple; peut-êtreaussi la tension de la peau sur le sternum , dans les manœuvres opératoires, a-t-elle trompé les chirurgiens et fait croire trop légèrement à une réduction complète ; quoiqu’il en soit, il faut admettre

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