‹ Traité des fractures et des luxations (volume 3)Chapitre 56 sur 98 · DES EKACTOEES DU STERNUM · texte numérisé non relu

DES EKACTOEES DU STERNUM

au moins qu’il y a des fractures avec enfoncement tout à fait rebelles , et pour lesquelles on a imaginé diverses opérations.

J. B. Verduc a proposé le premier de faire une incision aux téguments , et d’implanter un tire-fond dans le fragment enfoncé pour le ramener au niveau de l’autre. J.-L. Petit , outre le tire-fond , conseillait au besoin l’élévatoire et le trépan. Delpech pensait qu’il suffirait de rogner avec le couteau lenticulaire une portion du fragment antérieur. Tout récemment M. Nélaton s’est demandé s’il ne serait pas possible d’introduire par une ponction étroite , pratiquée sur le côté du sternum, un crochet mousse destiné à relever le fragment enfoncé. J’avais eu moi-même une autre idée ; c’était de porter à travers la peau , sur la surface fracturée du fragment antérieur , un poinçon à l’aide duquel on l’aurait repoussé directement en bas ou en haut jusqu’au niveau de l’autre ; mais le sternum est trop moUj et se laisserait trop facilement pénétrer par l’instrument.

De tous ces moyens, le tire-fond serait peut-être encore le plus simple et le moins périlleux ; mais deux circonstances doivent imposer au chirurgien une grande réserve, non-seulement à l’égard des opérations de ce genre, mais encore des tentatives de réduction ordinaires trop multipliées. La première est le danger de la suppuration , dont il a été question tout à l’heure; la deuxième est la difficulté de maintenir la réduction obtenue.

La Martinière a cité un cas où le tire-fond fut employé ; mais la réduction ainsi obtenue était si peu solide qu’on jugea à propos de laisser le tire-fond en place, et d’y adapter un bâton en manière de levier pour retenir les fragments de niveau ; du reste , la mort survint trop tôt pour juger du succès de ce singulier moyen.

Richerand n’avait affaire qu’à un, enfoncement de quelques lignes du fragment supérieur ; il appliqua sur l’inférieur des compresses épaisses soutenues par un bandage de corps et un bandage roulé très-serrés ; cet appareil était renouvelé chaque fois qu’il se relâchait 5 à chaque pansement un aide pressait fortement sur le fragment inférieur pour le retenir au niveau de l’autre; enfin le malade y demeura soumis quarante jours; et, malgré tous ces soins, il resta un enfoncement et une sail-

lie de deux lignes. Les chirurgiens de l’hôpital Saint-George prirent des précautions bien plus minutieuses encore ; ils tinrent leur malade la tête portée en arrière autant que possible , les épaules ramenées en arrière par un bandage en huit de chiffre qui les embrassait toutes les deux ; un coussin était appliqué sur le fragment saillant, et soutenu par un bandage roulé autour de la poitrine ; le déplacement fut ainsi diminué, mais non corrigé totalement. Chez un malade traité à l’hôpital Beaujon en 1829 , les fragments faciles à réduire par une simple pression, étaient si dilRcilesà tenir en contact que, chaque matin , l’on était obligé de resserrer le bandage*. Enfin, dans le cas de M. Rollande, la malade frappée de paraplégie gardait assurément le repos le plus complet possible , et cependant les fragments, d’abord remis en place, se trouvèrent également un peu déplacés plus tard.

.Te pense donc que, s’il' est juste et rationnel de tenter la réduction , il ne faut pas trop s’opiniâtrer à la faire complète. Quant aux moyens de contention , si le déplacement ne tend pas fortement à récidiver, le bandage de corps ouïe repos du lit peuvent suffire ; sinon l’on exercerait une pression modérée sur le fragment antérieur à l’aide de compresses épaisses fixées sous une bande de diachylon , et l’on coucherait le blessé avec un coussin sous le dos pour renverser le tronc en arrière , la tête au moins aussi basse que la poitrine. La position de la tête est surtout importante ; on a vu plusieurs fois le déplacement se reproduire pour l’avoir inclinée en avant. Peut-être réussirait-on mieux encore en fixant les épaules en haut et en arrière , avec le corset de Brasdor, ou l’un des appareils taillés sur le même plan, dont nous aurons à parler à l’occasion des fractures delà clavicule.

J.-L. Petit, La Martinière, et Boyer après eux, recommandent le trépan pour donner issue au sang épanché derrière la fracture. Cela ne vaut pas la peine d’être réfuté. Le sternum ne doit être ainsi attaqué que lorsque du pus s’est amassé derrière, ou que l’os lui-même est carié. Dans un cas de fracture par une balle, La Martinière mit l’os à découvert, et à l’aide de l’élévatoire enleva quatre esquilles équivalant en sur-

* Journal des progrès, 1830, lome II, page 258.

DES FRACTURES DE LA CLAVICULE

face à un écu de trois livres. Pluto, dans un cas analogue, se contenta d’enlever une esquille et de relever les autres; bien longtemps avant eux , Mesnier avait appliqué le trépan pour détruire une carie des fragments , et mettre à nu le fond d’un abcès caché par-dessous. Les trois opérés finirent par guérir ; et, dans des circonstances analogues, ce sont des exemples à imiter.

Je ne dis rien des inflammations viscérales, qui devront être énergiquement combattues, mais dont le traitement ne doit pas être exposé ici.

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