FRACTURES DES DEUX CLAVICULES
à observer. C’était d’abord l’épaule entière qui était soulevée, et qui du même coup était portée en avant et en dedans; lorsqu’elle était arrêtée, le deltoïde agissait et élevait le bras ; l’omoplate demeurait à peu près immobile, et son angle inférieur, dans la plus haule élévation du bras, n’avançait pas de 2 centimètres. Du reste, soit que le bras fût élevé volontairement ou par une main étrangère, ce mouvement était arrêté des deux côtés par une sensation pénible sous l’aisselle ; le malade disait qu’il y sentait un nerf tiraillé. Au reste, ni l’épaule, ni le bras du côté gauche ne s’élevaient si haut que ceux ^ côté droit. Dans tous ces mouvements d’élévation, le fra^^ent interne de chaque clavicule se relevait jusqu’à faire un angle d’environ 45® avec l’horizon ; l’externe s’élevait de même, mais toujours au-dessous de l’autre.
Avec des mouvements aussi limités, on comprend que la profession de ferblantier lui fût pénible; au contraire, les avant-bras et les mains ayant tous leurs mouvements libres, convenaient parfaitement au métier de tailleur. Et cependant encore, lorsqu’il travaillait plus que de coutume, il ressentait de la douleur dans les attaches du grand pectoral au fragment interne 5 et la même douleur revenait spontanément dans les temps d’orage. Cette portion du muscle se trouvait en effet plus tiraillée qu’aucune autre.
Ainsi donc, comme on pouvait le prévoir, la fracture non consolidée des deux clavicules entraîne plus d’incommodité que celle d’une seule, et il importe beaucoup de prévenir un pareil malheur. Sans doute tout chirurgien intelligent saurait modifier en pareil cas les appareils ordinaires ; il ne sera pas inutile cependant de dire ce qui a été fait.
L’idée la plus simple est de confiner le malade au lit. Ce fut le parti que prit Dupuytren, en plaçant seulement un oreiller entre chacun des bras et le tronc, M, Reynaud maintint également au lit son malade, mais en lui appliquant un tel luxe de corsets, de bracelets, de courroies, de coussins et d’écharpes, que je renonce à les décrire. Tout cet attirail paraît d’ailleurs peu nécessaire ; et tout au plus conviendrait-il d’ajouter aux oreillers de Dupuytren un bandage de corps ou autre pour assujettir les bras et les coudes.
Le fait de M. Carrière est plus intéressant en ce que .«on
malade fut indocile, ne voulant pas même garder le lit quelques jours. Le chirurgien essaya donc un double appareil, composé de deux coussins axillaires, d’une large sangle faisant office de bandage de corps, et enfin de deux écharpes pour soutenir les coudes et les avant-bras. Le blessé ne put supporter cet emprisonnement de ses mains, et à chaque occasion il cherchait à les dégager; alors M. Carrière prit un autre parti : il supprima les coussins et la sangle, appliqua du côté gauche, où le déplacement était le plus marqué, l’appareil de M. Simonin^outint seulement le bras droit avec une écharpe disposée en cul-de-sac à la partie postérieure du coude, de manière à porter celui-ci en haut et en dedans. La consolidation était complète le vingtième jour, et l’individu retourna à son travail deux jours après.