CHAPITRE XIIL
FRACTURES DES OS DE l’aVANT-tBRAS.
Les fractures des os de l’avant-bras sont assurément • fort communes, puisque, sans y comprendre même celles de l’olécrane, elles forment plus du huitième du chiffre total des fractures reçues à l’Hôtel-Dieu. Lônsdale va jusqu’à dire qu’elles sont les plus fréquentes de toutes ; erreur évidente, qui s’explique par le mode de traitement des diverses fractures à l’hôpital de Middlesex ; cel es du membre supérieur, par exemple, étant pansées à la consultation, sans limitation de nombre; tandis que les fractures du membre inférieur devant être traitées à l’hôpital même, le nombre des admissions estnécessaire-
‘ American Journal, Augnst. 18B4, page 312.
DES FRACTDRES.
ment limité par le nombre des lits. Je reviendrai sur cette question à l’occasion des fractures de l’extrémité inférieure du radius.
Nous aurons à parler successivement des fractures des deux os, ou fractures de l’avant-bras proprement dites ; des fractures du cubitus ; et des fractures du radius, distinguées ellesmêmes en fractures du corps de l’os et fractures de l’extrémité inférieure. Blais il ne sera pas sans intérêt de jeter un coup d’œil général sur leur fréquence et leurs prédispositions relatives.
Les fractures du radius seul sont plus communes que celles de l’avant-bras, et celles-ci plus communes que celles du cubitus.
Si l’on recberche l’influence des âges, on trouve les fractures de l’avant-bras et du radius assez communes dans l’enfance, bien qu’elles aillent en croissant dans les autres âges; celles du cubitus, au contraire, ne se produisent guère que sur des sujets formés ; sur 29 cas, il y en avait 28 au-dessus de l’âge de vingt ans ; et le dernier sujet avait plus de dix ans.
Quant au sexe, les fractures du cubitus se rencontrent sur les hommes dans la proportion des quatre cinquièmes : 23 contre 6; celles de l’avant-bras et du radius, seulement dans la proportion des trois cinquièmes: 67 contre 40, et 95 contre 65. Mais pour ces deux dernières, la proportion des sexes varie singulièrement suivant les âges.
Pour l’avant-bras, la proportion est égale de deux à quinze ans; — de quinze à vingt, on compte dix-huit hommes pour une femme; — de vingt à quarante-cinq, le chiffre des hommes est juste double de celui de l’autre sexe ; — passé quarante-cinq ans, les feinmes reviennent à l’égalité et même un peu au delà : 22 contre 19. /
Pour le radius, la proportion du sexe masculin à l’autre est de 10 contre 1 dans l’enfance ; — entre quinze et vingt ans, elle est de 15 contre l. Ainsi, jusqu’à vingt ans, c’est une fracture presque exclusivement masculine. — De vingt à quarantecinq ans, elle affecte déjà les femmes en assez grand nombre .- 22 sur un total de 72 ; c’est à peu près la même proportion que pour les fractures de l’avant-bras. Mais passé quarante-cinq
DES FRACTURES DE u’ AVANT-BRAS.
ans, la scène change, et la fracture affecte une préférence notable pour le sexe féminin ; on ne compte que 20 hommes contre 41 femmes.
L’influence des saisons n’est guère moins variée. Les fractures du cubitus sont aussi fréquentes en été qu’en hiver ; celles de l’avant-bras paraissent plus fréquentes en hiver ; celles du radius, au contraire, plus fréquentes en été. Mais pour ces dernières, tandis qu’en hiver elles affectent un peu plus de femmes que d’hommes ; les hommes, en été, l’emportent de plus du double sur le chiffre des femmes : 60 contre 26.
§ I. — î'ractures de l’avant-bras.
Les causes de ces fractures sont presque toujours directes. Tels sont un choc violent, une chute dans laquelle l’avant-bras porte contre un corps saillant, le passage d’une roue de voiture, etc. Quelquefois la fracture est indirecte et le résultat d’une chute sur la main ; mais ce cas est assez rare. Enfin j’ai eu à traiter une fracture survenue dans des circonstances tout à fait exceptionnelles. Un des aliénés de Bicêtre, âgé de trentehuit ans, d’ailleurs sain et robuste, étant occupé à bêcher dans les champs, entendit, dans un moment où il faisait effort pour soulever sa bêche chargée de terre, deux craquements bien distincts dans l’avant-bras droit, et immédiatement fut incapable de travailler; le lendemain je constatai une fracture du radius vers la partie moyenne, et du cubitus à 2 ou 3 centimètres plus bas, avec un déplacement considérable. La fracture avait donc eu lieu par action^ musculaire ; jusqu’à présent je n’en connais pas d’autre exemple.
Cés fractures offrent quelques variétés relatives à leur siège et à leur disposition. En général, elles affectent la partie moyenne de l’avant-bras ; plus rarement le tiers inférieur ; celles du tiers supérieur sont les plus rares de toutes; Tantôt les deux os sont cassés au même niveau, tantôt à des niveaux différents ; et alors j’ai toujours vu le radius fracturé plus haut que le cubitus. (Voyez pl. IX, fig. 6 et 7.)
J’ai dit ailleurs que les fractures incomplètes, chez les jeunes sujets, sont plus communes à l’avant-bras qu’en toute autre région; elles sont presque constamment produites par une phute sur la paume ou sur le dos de la main ; il serait oiseux
DES FKACTDREvS.
d’ailleurs de revenir sur ce qui a été dit de leur histoire. (Voy. pag. 48 et suiy.)
Les fractures complètes sont généralement dentelées à trèslarges dentures, sans obliquité marquée, quelquefois avec une obliquité médiocre. Elles peuvent aussi être comminiitives, ou bien encore diviser chacun des os en deux points différents; Desault a vu ainsi i’avant-bras, par le passage d’une roue de charrette, rompu à la fois dans ses parties moyenne et inférieure , et présentant six fragments distincts les uns des autres.
Les symptômes de la fracture de l’avant-bras sont d’abord ceux de toutes les fractures ; douleur, perte des mouvements, mobilité, crépitation, etc. ; les déplacements seuls demandent une étude spéciale.
Quelquefois il n’y a pas de déplacement appréciable chez les enfants; et j’en ai vu aussi un cas chez un adulte; mais cela est rare, et Boyer a même écrit que le déplacement existe toujours.
Ces déplacements sont de plusieurs sortes. Tantôt les deu:^ fragments inférieurs s’inclinent sur les supérieurs de manière à former un angle saillant en avant ou en arrière, et quelquefois d’un côté ou de l’autre, de sorte que l’avant-bras parait fléchi dans le lieu de la fracturée Plus souvent l’inclinaispn s’opère dans un autre sens, et les deux fragments du radins se rapprochent de ceux du cubitus en rétrécissant ou même effaçant l’espace interosseux. Il est rare alors que les surfaces fracturées ne se disjoignent pas plus ou moins ; et de là un déplacement selon l’épaisseur en vertu duquel les fragments se débordent en divers sens. Le déplacement par rotation peut aussi se produire lorsqu’on porte la main dans la pronation ou la supination complète, sans avoir assuré la coaptation ; mais surtout il accompagne presque toujours le chefauchement, en vertu d’un mécanisme qui sera exposé tout à l’heure. Enfin, le chevauchement se fait ici, pomme ailleurs, dans deux conditions ; ou bien quand les fragments taillés obliquement, sont attirés par l’action musculaire, ou bien quand, dans une fracture dentelée à peu près transversale, les fragments ont été totalement disjoints; le chevauchement est alors, d’après ce que j’ai vu, porté plus loin que dans le premier cas; j’ai disséqué une fracture récente où il avait déterminé un raccourcissement de