‹ Traité des fractures et des luxations (volume 3)Chapitre 65 sur 98 · DES FRAGTÜEES DE L'AVANT-BRAS · texte numérisé non relu

DES FRAGTÜEES DE L'AVANT-BRAS

près de 2 eenlimètres, et il existe au Musée Dupuytren une pièce où il ne peut être évalué à moins de 8 centimètres.

Ces divers déplacements se combinent entre eux de plusieurs manières ; les fig.QetJ de. lapZ. IX en donnent une idée assez exacte.

La fracture représentée fig. 7 occupe à peu près la partie moyenne et siège au même niveau sur les deux os. Autant que le cal permettait d’en juger, elle avait été oblique en bas et en arrière pour le radius, en bas et en dehors pour le cubitus. En conséquence, le fragment radial inférieur était remonté de quelques millimètres en ayant de l’autre, dont on voit saillir la pointe en arrière, et le fragment cubital inférieur était remonté de même au côté interne du supérieur. Ce fragment supérieur du cubitus se trouvait donc interposé, en quelque sorte, entre les deux fragments inférieurs, et les avait maintenus écartés; si bien que l’espace interosseux n’a rien perdu entre eux de sa largeur ; tandis que pins haut il a été fort réduit et même effacé en un point par le rapprochement des fragments supérieurs. Il n’y avait cependant pas de soudure des deux os, et les mouvements de pronation et de supination pouvaient se faire encore, bien que très-iimifés. Enfin, sur la pièce, les deux fragments d’en bas forment, avec ceux d’en haut, un angle saillant en arrière que le dessin n’a pas pu rendre.

Voilà le chevauchement léger delà fracture oblique -, la. /îg. 6 nous montre un déplacenient plus considérable dans une frac-, ture à peu près transversale, et avec des partieularités tout à fait dignes d- attention.

La fracture a eu lieu ici au tiers inférieur du radius, et au quart inférieur du cubitus. Le fragment cubital inférieur est remonté en arrière, et le fragment radial en avant; ce qui n’a pu se faire sans un déplacement très-marqué par rotation ; la portion inférieure de i’avant-bras se rapprochant de la pronation, tandis que rautre restaihplus voisine de la supination. Il est résulté de cette rotation que le fragment radial inférieur, porté en avant du fragment cubital supérieur, s’est trouvé séparé par celui-ci du fragment inférieur du cubitus ; de telle sorte que l’espace interosseux s’est à peu près conservé tout entier en bas; tandis que plus haut, il a été considérablement

réduit par le rapprochement des deux fragments supérieurs.

Par quel mécanisme les deux fragments inférieurs sont-ils jetés ainsi, l’un en avant, l’autre en arrière? Probablement parce que la violence extérieure atteint l’avant-bras dans la demi-pronation, et, après la fracture opérée, fait achever aux fragments inférieurs le mouvement de pronation qui a poureffet de porter celui du radius en avant, celui du cubitus en arrière. J’ai eu occasion de constater, sur une fracture récente de ce genre, la cause qui retient essentiellement les fragments dans leurs nouveaux rapports, et qui en même temps empêche, dans la plupart des cas, le déplacement d’être bien considérable ; ce sont les deux portions du ligament interosseux qui sont à cheval l’une sur l’autre, et qui servent à séparer tous les fragments collatéraux; le fragment cubital supérieur glissant en avant de la portion inférieure de ce ligament, et le fragment radial supérieur en arrière.

Mais quelquefois la rotation se fait en sens contraire, comme si la cause fracturante avait repoussé le bas de l’avant-bras dans la supination ; et alors, c’est le fragment inférieur du cubitus qui est porté en avant, tandis que celui du radius est porté en arrière. Tel était le cas de cet aliéné , chez qui la fracture semblait avoir eu lieu par effort musculaire ; et lorsque le gonflement disparu m’eut permis de constater les rapports des fragments, je les trouvai d’abord déplacés comme je viens de dire; mais, de plus, chose curieuse, les deux fragments supérieurs rapprochés semblaients’être interposés ensemble entre les deux autres, et les avoir écartés au delà des'iimites naturelles. Pour en donner une idée, la largeur de l’avant-bras, prise entre les deux os, au-dessus de la fracture, avec un compas d’épaisseur, ne donnait pas tout à fait 6 centimètres, et au-dessous, elle en offrait plus de 7. Un déplacement tout pareil, hormis que le chevauchement est beaucoup plus considérable, se voit au Musée Dupuytren, sous le n° 93, et a été dessiné dans l’atlas de ce Musée ; ce qui m’a empêché de le reproduire.

Il semble donc, d’abord, que quand le chevauchement porte sur les deux os à la fois, les deux fragments supérieurs sont constamment rapprochés l’un de l’autre; et de plus que, selon que les fragments inférieurs ont été renversés dans le sens de la pronation ou de la supination, ils gardent seulement leur

SES FRACTtiRES DE l’aVANT-BÊAS. o89

écartement normal, ou subissent au contraire un écartement plus considérable.

J’ai dit , quand le chevauchement porte sur les deux os ; en effet, le radius peut être fracturé avec chevauchement dans une chute sur la main, et le reste de l’effort s’épuise à rompre le cubitus qui alors ne subit que peu ou point de chevauchement.- J’ai fait dessiq.er une fracture de ce genre, planche X,

^gi. 1 ; la fracture siégeait àfenviron ^ centimètres de l’articulation ; le fragment inférieur du radius était porté un peu en arrière, mais très-fortement en dedans, et le cubitus s’était infléchi pour aller à sa rencontre. De là , une ascension de la portion articulaire du radius, et une déviation de la main en dehors extrêmement considérable. Le cubitus faisait une trèsforte saillie au-dessus des os du poignet , et son apophyse styloïde, plus éloignée de l’os pisiforme que de coutume, en était séparée par un os sésamoïde développé dans l’épaisseur de son ligament.

Quand il y a peu ou point de déplacement, la marche de la fracture est fort simple, et le cal se fait en trente jours. Mais quand le déplacement est considérable, ou bien encore lorsque la violence extérieure a été excessive, on voit fréquemment survenir un gonflement inflammatoire très-intense, et il n’y a pas de fracture qui se complique aussi facilement de gangrène sous la pression des appareils. Tantôt alors ce sont les points directement comprimés qui se mortifient; quelquefois les phlyctènes commencent à apparaître entre les doigts ou sur la main ; et Bichat confesse que cet accident est assez souvent arrivé à Desault. Si l’on y porte remède iramédiatemehrt, la gangrène se borne aux parties primitivement attaquées; mais on a vu plus d’une fois, sous un bandage qui recouvrait trop complètement le membre, la gangrène poursuivre sa marche insidieuse, et ne laisser d’autre ressource que l’amputation.

A part même ce danger, toute fracture de l’avant-bras avec déplacement est une lésion grave par ses conséquences. Trop souvent elle entraîne la perte des mouvements de pronation et de supination ; j’ai vu plusieurs exemples de cette terminaison fâcheuse, qui est surtout à redouter quand les deux fragments se trouvent au même niveau. Il n’est même pas nécessaire pour cela que les fragments d’un os soient en contact

ms FRACTURES,

avec l’autre; les colleetions dé la Faculté offraient autrefois deux exemples de soudure des deux os à distance, par des prolongements osseux qui traversaient l’espace interosseux conservé K Dans des cas déjà plus favorables, les os né sont pas soudés, mais les mouvements de pronation et de supination demeurent plus ou moins limités 5 ce qui s’explique et par le rétrécissement de l’espace interosseux., et par le croisement des fragments. Enfin, j’^i été deux fois témoin d’une terminaison plus déplorable encore : les mouvements de pronation et de supination étant détruits,, sans doute par l’adhérence des fragments correspondants du cubitus et du radius, et l’avantbras ayant perdu sa solidité par la non-consolidation des fragments inférieurs avec les supérieurs.

Le pronostic se base sur ces notions , sans négliger toutefois l’influence d’un traitement bien ou mal dirigé. Le diagnostic est assuré par la crépitation, la difformité, le raccourcisse^ ment, et dans tous les cas, parla mobilité du membre à l’endroit de la fracture.

Le traitement est fort simple quand il y a peu ou point de déplacement ; alors, en effet, il n’est pas besoin de réduction. Quand les fragments sont seulement inclinés l’un vers l’autre, l’extension est encore tout à fait inutile; le chirurgien les ramène à une direction meilleure s’ils sont coudés à angle; quand ils se sont rapprochés de manière à diminuer l’espace interosseux, il cherche à les reporter en dehors, comme je le dirai tout à l’heure ; et en un mot, il ne faut faire d’extension que quand il y a un grand déplacement latéral et surtout un chevauchement.

Dans ces derniers cas, l’avant-bras et les doigts doivent être demi-fléchis ; un aide, embrassant le bras près du coude, fait la contre-extension ; un autre s’empare du poignet pour faire l’extension. Ces deux aides suffisent si l’on est appelé quelques heures au plus après l’accident ; sinon il faut en mettre plusieurs, les faire agir à l’aide de cravates assujetties autour du coude et du poignet, et ne pas craindre des tractions énergiques. Hippocrate reprochait déjà aux chirurgiens de son temps de ne pas tirer assez ; et ce serait une grande erreur de croire

‘ J. Cloquet, art. Avant-bras du Dict. eu trente volumes.

DES FRACTDRÈS DE l’ AVANT-BRAS.

avec Boyer que la réduetion est toujours facile. La position du membre n’est pas indifférente ; il faut tirer d’abord dans la direction où l’a mis la fracture; et lorsque les surfaces fracturées sont ramenées au même niveau, et même un peu écartées en longueur, ramener les fragments inférieurs en supination, lorsqu’ils ont été jetés en pronation, et vice versâ.

Après qu’on les a mis ainsi bout à bout, il faut encore songer à rétablir l’espace interosseux. Pour cela, on recommande de tenir l’avant-bras dans la demi-pronation, et le chirurgien, appliquant les pouces sur la face dorsale du membre, porte l’extrémité des quatre derniers doigts de chaque main Sur la face palmaire, les enfonce entre les deux os, et cherche par des pressions ménagées à y refouler les muscles et à éloigner ainsi les fragments du radius de ceux du cubitus.

Je doute qu’on ait jamais pleinement réussi de cette manière, et j’ai presque toujours vu complètement échouer. Dès que l’avant-bras quitte la supination, le radius tend à croiser le cubitus, et les doigts ne pénètrent pas suffisamment dans l’espace interosseux. La supination est donc ici préférable.

La même question se représente pour l’application de l’appareil; et elle avait été soulevée dès la plus haute antiquité. Hippocrate rapporte que des médecins de son temps tenaient le membre en supination ; et il désapprouve cette pratique. L’autorité d’Hippocrate prévalut ; à ce point qu’au seizième siècle, A. Paré, après avoir blâmé la demi-pronation, et établi les avantages de la supination, changea de doctrine dès qu’il sut qu’il était en contradiction avec Hippocrate. Je pensais avoir été le premier, depuis A. Paré, à revenir à la supination ; mais j’ai trouvé encore que j’avais été devancé par Lonsdale, qui l’a recommandée dès 1832; et plus récemment enfin M. Bidart l’a vivement défendue * .

Les seules raisons qui militent en faveur de la demi-pronation, c’est qu’elle tient tous les muscles dans un égal relâchement, et qu’elle est plus commode pour le malade ; et du reste ce sont là les motifs très-suffisants qui ont fait préférer en thèse générale la position moyenne des membres dans le traitement

• Lonsdale, London rned. Gazette, vol. IX, page 910 ; — Malgaîgne, Ânat. chirurgicale, tome II; et Gazette des hôpitaux, 1839, page -437; — Bidart, Journal de chirurgie, 1845, page 199.

Ï)ES FRACTUKES.

des fractures. Mais ces motifs généraux doivent céder ici comme ailleurs devant les indications spéciales. Or, pour l’avant-bras, lorsque les deux os se rapprochent l’un de l’autre de manière à rétrécir l’espace interosseüx, il importe essentiellement de rétablir cet espace pour conserver les mouvements de pronation et de supination -, et la commodité du malade doit céder le pas à Futilité. Lonsdale a ajouté un antre argument : il pense que fréquemment le fragment supérieur du radius demeure en supination; et que même en ramenant l’inférieur au contact, si l’on tient l’avant-bras en position moyenne, on ne fera que perpétuer le déplacement par rotation de l’un des fragments sur l’autre, ce qui explique pourquoi, après le traitement par la méthode ordinaire, c’est surtout le mouvement de supination qui est limité. Cela ne me paraît pas déduit de faits positifs, et aurait besoin d’une vérification ultérieure. En conséquence, je restreins l’utilité de la supination aux cas seulement où l’espace interosseux est compromis; autrement, la demipronation offre autant d’avantages avec moins d’inconvénients.

Les appareils ont eu aussi leurs variations. Depuis Hippocrate jusqu’au dix-huitième siècle, on se contentait de simples attelles , sans essayer seuleinent de rétablir l’écartement des deux os. J.-L. Petit, le premier, imagina de disposer deux compresses épaisses, l’une en avant, l’autre en arrière, dans l’entre-deux des os , pour déprimer les muscles dans l’espace interosseux, et écarter les fragments; malheureusement, il commençait par entourer le membre d’un bandage roulé, et il n’assujettissait ses compresses qu’avec un second bandage roulé, en sorte que leur action était tout à fait illusoire.

Il y avait là toutefois une idée qui fut comprise et perfectionnée par Pouteau. L’appareil de celui-ci consiste en deux rouleaux de linge ou d’étoupes de la longueur de l’avant-bras, et d’un pouce au moins de diamètre. Ces deux rouleaux sont placés à nu sur la peau, fixés par un bandage circulaire trèspeu serré, et sur chacun d’eux on applique une petite planchette ou attelle en bois, un peu plus large que l’avant-bras. On remplit avec du linge ou des étoupes les vides que ces deux attelles laissent entre leurs bords, et l’on fait sur le tout des circulaires beaucoup plus serrés que les premiers L

* Pouteau, Œuvres posthumes, tome II, page 261.

DES FRACTURES DE u’aVAKT-BRAS.

DesauU, qui ne paraît pas avoir eu connaissance du travail de Pouteau, se servait d’un appareil presque semblable, dans lequel les rouleaux étaient remplacés par des compresses graduées, et les deux attelles principales secondées par deux attelles plus étroites placées le long du bord externe et du bord interne deTavant-bras. Boyer, en rejetant ces deux attelles latérales comme inutiles, était ainsi revenu absolument à l’appareil de Pouteau, sauf la préférence qu’il donnait aux compresses graduées; encore voulait-il que celles-ci eussent assez d’épaisseur pour rendre le diamètre dorso-palmaire du membre plus grand que le diamètre radio-cubital. Tel est encore l’appareil le plus généralement usité en France , sauf une légère simplification qui consiste à retrancher la première bande, et à appliquer immédiatement les attelles sur les compresses graduées.

Best inutile de décrire tous les appareils qui ont été calqués sur celui-là, et qui n’en diffèrent que parce qu’on a modifié la nature ou la forme des attelles, employé le carton ou le cuir, serré l’appareil avec des courroies, ou solidifié le bandage avec l’amidon ou la dextrine. Les deux seules modifications assez tranchées pour mériter une mention spéciale sont celle d’Amesbury, qui cherche à tenir les deux os écartés à l’aide de deux attelles convexes, et celle de M. Nélaton, qui a remplacé les compresses graduées par des bouchons, de la manière suivante.

Il avait à traiter une fracture de l’avant-bras dans laquelle le radius présentait un fragment moyen très-difficile à maintenir. Il commença par envelopper la main et l’avant-bras d’un bandage dextriné peu serré, après quoi deux longs bouchons furent couchés dans l’espace interosseux à la face dorsale et à la face palmaire, au niveau du fragment moyen du radius, et fixés en ce point à l’aide de quelques tours de bande qui les enfonçaient dans l’espace interosseux ; quand l’appareil fut desséché, il enleva les bouchons, et l’appareil conserva en avant et en arrière une dépression longitudinale qui suffit pour maintenir une réduction exacte. M. Nélaton remarque d’ailleurs qu’au lieu de mettre les bouchons au-dessus de l’appareil dextriné, on pourrait peut-elre, avec plus d’avantage, les placer immédiatement sur la peau, et les recouvrir avec une bande roulée.

DES FEACTÜEES.

Le premier reproche que j’ai à faire à tous ces appareils, c’est qu’ils s’appliquent dans une position peu favorable à l’objet qu’ils se proposent. Je le répète, et j’engage tous les chirurgiens à s’en assurer sur le, squelette ; îa supination est indispensable pour obtenir un écartement complet des fragments, La plupart méritent un autre reproche, qui tient à la longueur des rouleaux ou des compresses graduées. En leur donnant une longueur égale à celle de l’avant-bras, on leur fournit en haut et en bas deux points d’appui sur les extrémités rapprochées des deux os, qui les empêchent de s’enfoncer convenablement au milieu dans l’espace interosseux. Un autre inconvénient encore résulte du défaut de parallélisme des deux os, l’extrémité supérieure du radius se trouvant sur un plan antérieur au cubitus 5 de telle sorte que les compresses, appuyant également sur tous les points, tendent à repousser le fragment supérieur du radius en arrière et le fragment supérieur du cubitus en avant.

Ce ne serait même pas assez de les réduire juste à la longueur exacte de l’espace interosseux ; car cet espace est fort étroit en haut et en bas, et dès lors, ou bien les compresses s’enfonceront également partout dans l’espace interosseux, et l’on aura un écartement trop considérable au centre; ou bien, ce qui est plus probable , elles ne s’y enfonceront ni en haut ni en bas , et conséquemment que bien peu à la partie moyenne. Aussi depuis longtemps j’ai établi que les compresses graduées ne devaient être appliquées- qu’au lieu même de la fracture, et je ne leur donne qu’une longueur de 4 à 6 centimètres. L’appareil de M. Nélaton est le seul dans lequel cette idée ait prévalu. Outre les avantages que je viens de signaler, elle en a cependant encore un autre qui n’est pas à dédaigner; M. Lenoir, recherchant la cause de la fréquence de la gangrène dans ces fractures , l’attribue à la pression des appareils sur les deux artères radiale et cubitale qui reposent presque immédiatement sur les os à la partie inférieure du membre ' ; et celte pression est évitée autant que possible en limitant l’application des compresses au voisinage de la fracture.

Enfin, il faut aussi ménager la largeur des compresses selon

' Leuoir, Thèse imug.. Paris, 1833, numéro 315, page 19.

DES FE.ACTDEES DE l’ AV ANT-ERAS ,

la largeur de l’espace interosseux ; vers le milieu du membre, cet espace est le plus large possible ; en haut et en bas il se rétrécit beaucoup , et des compresses un peu trop larges appuyeraient de chaque côté sur les deux os et ne pénétreraient jwint dans leur intervalle.

Je n’ai parlé jusqu’ici que des compresses graduées, que je mets de préférence en usage. Les rouleaux de Pouteau auraient sans doute la même utilité*, q.uant aux bouchons de M. Nélaton, je craindrais qu’ils n’exerçassent une pression trop dure sur les téguments.

Les attelles doivent avoir à peu près la largeur de l’avantbras, pour empêcher les liens de presser sur les os ; en haut elles ne doivent pas dépasser l’olécrane et le pli du coude *, en bas elles doivent s’arrêter vers le milieu du poignet. Pour les fixer, je préfère à tous les autres moyens trois bandelettes de diachylon, qui ne sont point sujettes à se desserrer, et qui laissent les téguments à nu dans leurs intervalles. L’avantbras est enfin supporté par une écharpe qui embrasse le coude et soutient doucement la main ; au lieu de s’appliquer sur le devant de la poitrine, il est porté tout simplement sur le côté du tronc, le coude un peu en arrière et la main en avant; et les chefs de l’écharpe, remontant derrière le dos et devant la poitrine , vont se nouer alors sur l’épaule saine.

Tel est l’appareil que je préfère quand il y a péril de rétrécissement de l’espace interosseux, et notamment quand la fracture s’est compliquée d’un chevauchement, soit qu’on l’ait réduit, soit qu’on n’ait pu le réduire. Si les fragments ne s’étaient point abandonnés, et s’ils n’avaient que légèrement rétréci l’espace interosseux , la demi-pronation , plus commode, pourrait être préférée sans inconvénient. Il y a un autre cas où elle devrait l’être, savoir, si le dégât des parties molles ou le broiement des fragments, était tel que la soudure des deux os parût inévitable-, il serait en effet beaucoup plus avantageux au malade d’avoir alors l’avant-bras dans la position moyenne que dans la supination.

Lorsque l’avant-bras est mis en demi-pronation, on le soutient également dans une écharpe, et il est alors appliqué par sa face palmaire contre le devant de la poitrine, le pouce demeurant en haut, le petit doigt en bas. Mais cette position amène

DES FEACTOEES.

un danger nouveau , qui avait été parfaitement étudié par Hippocrate, et dont les pièces déposées dans nos Musées ne montrent que trop la réalité. Si l’écharpe est mise de telle façon qu’elle porte plus particulièrement la partie moyenne du membre, le coude et la main s’inclineront en bas, et les fragments feront un angle saillant en haut, c’est-à-dire du côté du radius. Si au contraire la main et le coude appuient plus que la partie moyenne, les fragments feront un angle saillant en bas ou du côté du cubitus. La première déformation est beaucoup plus commune que l’autre ; et il y a au musée Dupuytren trois fractures du cubitus qui ont certainement appartenu à des fractures de l’avant-bras, et où les fragments forment du côté du radius un angle saillant qui varie de 135® à plus de 150 degrés.

Hippocrate recommandait en conséquence de disposer l’écharpe également sur tous les points de l’avant-bras, en y comprenant le poignet. Dans ces conditions , le poids de la main pourrait encore faire basculer les fragments inférieurs ; d’où la nécessité de comprendre la main dans l’écharpe. Desault même ne s’y fiait pas, et ajoutait à l’appareil ordinaire deux attelles latérales. J’avoue que pour mon compte je n’oserais non plus me fier à l’écharpe ; dans les cas les plus simples, je préfère de beaucoup placer l’avant-bras dans une gouttière en carton qui embrasse le coude et se prolonge jusqu’à la racine des doigts; et au besoin je n’hésite pas à mettre une attelle solide sous le cubitus et le métacarpe à la fois.

Quand la fracture est compliquée de plaie ou d’engorgement inflammatoire, le mieux pour le blessé est de garder le lit ; on place alors l’avant-bras sur un oreiller pour y appliquer les topiques convenables. En vertu du poids de la main et du peu de résistance que l’oreilier y oppose , l’avant-bras, mis d’abord en demi-pronation , ne tarde pas à être entraîné dans la pronation cotnplète ; et ce résultat est si constant que beaucoup de chirurgiens n’essayent môme pas de l’éviter, et mettent de prime abord l’avanl-bras eu pronation. C’est une troisième position dont il n’est pas fait mention dans les livres, bien qu’on la trouve fort souvent dans la pratique, et qui ne rachète par aucun avantage ses inconvénients et ses dangers. Il faut dans ces cas assurer au moins la. position moyenne;

KEACïURëS t»D CUBITUS,

j’y réussis en appliquant à la face palmaire de l’avant-bras un épais coussin, pareil à ceux des fractures de jambes; de telle sorte que le bord cubital, doublé par ce coussin, repose assez largement sur l’oreiller pour que le renversement de l’avantbras en pronation soit impossible. L’oreiller doit également être assez solide pour ne pas permettre à la main de s’y enfoncer et d’incliner ainsi à angle les quatre fragments ; le plus prudent est encore de mettre une large planche par-dessous.

§ II. — Fractures du cubitus.

La fracture du cubitus est généralement le résultat d’une cause directe, et notamment d’un coup que l’on a cherché à parer avec l’avant-bras, le membre étant mis alors instinctivement dans la pronation et le cubitus porté directement au-devant du choc. Par sa position et ses rapports éloignés avec le poignet, le cubitus semble devoir échapper à l’action des causes indirectes. M. Voisin a cependant publié un cas, jusqu’à présent unique, d’une fracture du cubitus dans une chute sur la paume de la main ; du reste cette fracture elle-même offrait une disposition aussi extraordinaire que sa cause -, autant qu’on put s’en assurer sur le vivant , elle n’avait fait que détacher une esquille longitudinale de la facette articulaire du cubitus ; il n’y avait pas de déplacement ; et elle était restée depuis plusieurs jours inaperçue, lorsque M. Voisin ayant eu l’idée demettre l’avant-bras en pronation, d’empoigner fortement le radius de la main gauche et de saisir de la main droite l’extrémité inférieure du cubitus, il obtint dès lors avec facilité une crépitation et une mobilité des plus manifestes '.

Le cubitus peut être brisé dans tous les points de sa longueur ; la fracture affecte toutefois de préférence son tiers inférieur ou sa partie moyenne.

Elle existe souvent sans déplacement et sans crépitation ; et alors la circonstance d’un choc extérieur, le gonflement et la douleur locale persistante , sont les seuls indices qui permettent d’asseoir le diagnostic. Quand il y a du déplacement, c’est toujours le fragment inférieur qui, selon l’im-pulsion qu’il a

Gazette médicale, 1833, page 24 .

DES FBACTÜRES.

reçue du choc extérieur , se porte en avant ou en arrière, ou du côté du radius, ou dans deux de ces directions à la fois; le fragment supérieur est trop solidement articulé avec l’humérus pour obéir aux déplacements, à moins de luxation ou d’entorse.

Le déplacement varie en étendue ; tantôt fort léger et à peine perceptible ; ou bien très-facile à reconnaître quoique les fragments ne se soient pas entièrement abandonnés ; ou enfin complet , quand ils ont perdu tout rapport de contiguïté. Dans tous les cas, on trouve toujours le bout du fragment supérieur saillant sous la peau , soit en dedans, soit en arrière , plus rarement en avant , selon le sens dans lequel l’inférieur a été jeté. A ce signe incontestable de la fracture se joignent presque toujours de la mobilité et de la crépitation ; pouri)btenir ces deux phénomènes, il faut assujettir le radius dans la supination par exemple , ou dans la probation ; saisir d’une main le fragment supérieur, et de l’autre chercher à mouvoir d’avant en arrière le fragment inférieur.

Le pronostic de cette fracture est rarement grave ; rarement en effet le déplacement est porté assez loin pour compromettre les mouvements de pronation et de supination. Toutefois, si léger qu’il soit, il est toujours excessivement difficile à réduire, attendu qu’on manque de prise pour l’extension ; et quand le fragment inférieur a été fortement porté vers le radius, si l’on n’y sait pas remédier, les mouvements de rotation de l’avant-bras peuvent être perdus ; M. Bidart en a cité un exemple ‘.

Pour la réduction , on a conseillé de tirer sur la main renversée du côté du radius: ressource plus spécieuse en théorie qu’utile en pratique. Tous les efforts doivent tendre à écarter du radius le fragment inférieur, et la manœuvre est la même que pour la fracture de l’avant-bras. Quant aux autres déplacements, on peut les diminuer par des pressions en sens opposés; mais on perdrait son temps le plus souvent à en poursuivre la réduction complète.

L’appareil est fort simple lorsqu’il y a peu ou point de déplacement ; on tient l’avant-bras en demi-pronation avec deux

Voir mon Journal de chirurgie. 1845, page 200.

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