‹ Traité des fractures et des luxations (volume 3)Chapitre 69 sur 98 · I ES · texte numérisé non relu

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cependant de lui imprimer quelques mouvements de temps à autre, pour prévenir la trop grande raideur de ses articulations.

s II. ' — Fracturef des os métacarpiens.

Ces fractures sont peu communes ; on peut en juger par leur petit nombre, 16, sur le chiffre total de nos fractures de l’Hôtel-Dieu.

Elles affectent presque exclusivement le sexe masculin : sur les seize cas de l’Hôtel-Dieu, on ne comptait qu’une femme ; j’en ai vu moi-même cinq exemples sur des hommes, un seul sur une femme ; et l’on remarquera que tous les faits mentionnés dans c6t article et empruntés à d’autres sources ont été de même, sauf un seul, observés sur des hommes.

^ L’âge adulte y paraît aussi plus spécialement prédisposé ; les seize sujets de l’Hôtel-Dieu étaient compris dans une période de dix-sept à cinquante-trois ans. Cependant il n’y a pas d’exclusion pour les autres âges; j’ai traité deux de ces fractures sur des vieillards de soixante-trois et soixante-dix ans ; et j’en ai observé une autre qui s’était produite sur une petite fille de cinq ans ; mais, pour le dire par avance, il s’agissait là très-probablement d’une disjonction épiphysaire.

Boyer a écrit qu’elles affectent le plus souvent plusieurs os du métacarpe à la fois. C^fepst tout à fait contraire à mon expérience personnelle ; et^^outerai que, sur les seize fractures de l’Hôtel-Dieu, dix seulement portant une désignation précise, il y en avait neuf limitées à un seul os ; la dixième affectait le deuxième et le troisième os à la fois. Il convient cependant d’établir une distinction entre les grands écrasements de la main, où communément il y a plusieurs os broyés, et les fractures ordinaires, qui n’occupent guère que l’un des os du métacarpe-:

Les cinq métacarpiens sont-ils également exposés aux fractures ? Boyer, Delpech, Chélius, disent que le cinquième est celui qui se casse le plus fréquemment; S. Cooper met le premier sur le même rang, tandis que BI. A. Bérard avance qu’i est le plus rarement affecté de tous. La question est assez diffcile à résoudre, vu le petit nombre des faits. Sur les 9 fractucs simples de l’Hôtel-Dieu, le premier métacarpien en comptai 5

FKACTL'RES DES OS MÉTACARfîENS.

pour sa part ; le deuxième, 2 ; le troisième, 1 ; et le cinquième aussi seulement une. En revanche, j’ai vu trois fois la fracture du quatrième métacarpien. Des deux pièces représentées pi.X, fig. 8 et 9, l’une appartient au deuxième, et l’autre au troisième.

Les causes de ces fractures sont directes ou indirectes. Les causes directes sont d’abord toutes celles des grands délabrements de la main dont il était question tout à l’heure ; mais bon nombre de fractures simples et sans plaie peuvent être directement produites ; et l’étude de ces causes ne manque pas d’un certain intérêt. Tantôt, c’est un corps étranger qui vient heurter les os. Dupuy tren racontait dans ses cours l’histoire d’un étudiant qui, assistant à un feu d’artifice, reçut la baguette d’une fusée sur la main, et eut ainsi l’un des métacarpiens fracturé. Tantôt, c’est une pression directe : comme chez un homme qui eut la main prise entre un mur et un timon de voiture, et qui la retira avec fracture des deuxième et troisième métacarpiens. Plus souvent, c’est la main qui se précipite au-devant du choc ; Murat avait observé chez une femme une fracture du cinquième os causée par une chute sur le bord cubital de la main ; et M. J. Cloquet a vu un charretier qui s'était brisé le quatrième et le cinquième à la fois en appliquant un coup du revers de sa main sur la tête de son cheval. Enfin - quelquefois il y a une double impulsion en sens contraire de la main et du corps extérieur, comme quand la main reçoit le choc renvoyé par le bout d’un bâton dont elle a frappé durement le sol ou tout autre plan résistant -, Sanson dit avoir vu plusieurs fractures de ce genre*.

Telles sont les causes directes, agissant tantôt sur un os seul, et tantôt sur plusieurs à la fois. Les causes indirectes n’atteignent guère qu’un os isolé ; et elles semblent exercer leur action de préférence sur le troisième métacarpien, dont la longueur dépasse celle des autres. Elles offrent aussi une assez grande variété. Le plus ordinairement la fracture se produit dans une chute , le poing fermé , sur la tête saillante de l’os ; il y en a une observation rapportée dans le Dictionnaire des

Voir Tarlicle Métacarpe {fractures), dans le Dictionnaire des sciences médicales; et l’art. Maik {fractures), par M. A. Bérard, dans le Dîct. de médecine en trente volumes.

Sciènceè medicatès; M, J. Cloquèt, M; SâB^üên* ëri otil âlissi vu chacun un exemple ; dané les trois ëas, lé trbisièràe métacarpien était cassé à sa partie moyenne. 11 est bien plus raré que la fracture soit le résultat d’une chute sur le bout du doigt médius étendu; Lonsdale, cependant, en a cité une dé ce genre. D’autres fois, la cauSeést un violent coup dë poing asséné par le blessé, la main en supination et la tête du métacarpien portant la première ; Lohsdale en a vü àusSi ütt éâs : le mécanisttie est d’âillëurs le même qüe dànS les chutèS, l’os se trouvant pressé par deux forces qüi tendent à rapprocher ses deux extrémités, et COnséquëmment à lé plier dànS son centre. Le mécanisme était tout différent dans le fait unique rapporté par M. Yelpeaü, et concernant ün portéür d’éau à qui un charretier avait tiré les doigts indicateur et médius aSséz violemment pour lui càssér le Iroisième métacarpien. Enfin, én opposition avec toüs ces cas où la fleiion dé l’os était sollicitée eu avant , ét devait presque héceSsâirément ëmeUer un angle saillant sür lé dos de la main, se présenté, séülë jUsqu’à présent, fobServâtiOn de DüpUÿtrën, dans laquelle la fracture fut déterminée pâf ünë flexion fOrcéê de Î’OS eh affiêfè. Déüx individus lUttaiént à qüi renverserait lë pOignët dé rautré ; lës doigts sont alors entrelacés; les têtes des înètâCafpiéns Érëëtement opposées, lës phalanges répliéés prëssent Ivéë forcé Sur lë dos dë la main ; lé plus vigoürëui dés dëüx champions ëàssâ le troisième métacarpien à sOii adversaire.

Mais les autres Os né sOht-ils eepéndarit jamais éxpOsêsà dés fracturés indirectes? On n’oSerâit l’affirmer en théorië, et j’âi vu pour mon compte trois fracturés indirectés, portant toutes, ce qui est péut-être à noter; surlë quatrième métaCarpiën. Dans deux de ceS cas, lés sujets étaient tombés sur la main formée, et conséquemment sur la tête du qUatrièmé métacarpien ; dans le dernier cas, la Cause était un peu différente. Ün tonUeliér déchargeait uUe pièCfrdë vin sürlë port dé Bercy ; â cause du froid, il avait mis un gant à sa main droite. Ce gaUt fut acëroéhé par l’onglét d’un cercle, et le tonneau continuant à rouler, la main se trouva prise un moment par-dessous en süpinatioii, de telle sorte que la tête du quatrième métacarpien appuyait

^ Journal complémmUiire, tome XL, page 188,

FRÂCTüBSâ Î0˧ OS ?<l«f.4CAItPlE3S-S.

eoritre le rëbôirâ §âiilàflt d’un pavé, tandis que le tennèau roulait sur le dos dû jpouee. Le quatrième métacarpien se rompit vers son tiers supérieur^ en vertu d’une flexion forcée qui fit faire aux deux fragments Un angle saillant en arrière L ces fractures peuvent être dentelées, ou obliques, ou ëonlpliqüéès d’esquilles. Il est probable que la fracture obliqué peut afîeeter toutes les directions ; cependant je n’ai rencontré jusqu’à présent que l’obliquité en bas et en avant.

Âsse2 souvent il n’f a pas de déplacement, au moins appréciable, surtout dans les fractures par cause directe, et la fig. 9, pL X, présente une fracture même très-oblique , consolidée avec un déplacement à peine sensible. Le diagnostic n’est pas alors sans quelque difiiculté ; la douleur locale^ le gonflement, la gêne dans les mouvements des doigts correspondants se rencontreraient aussi bien dans une forte contusion ; quelquefois même cës phénomènes sont d’abord â peine marqués : mon tonnelier Continua à travailler dé sa main près d’un quart d’heüre encore après l’acCident, et Un autre de mes blessés ne se douta d’une lésion Un peu sérieuse que le lendemain, en voulant reprendre son travail. La position de l’os, soutenu de chaque côté par les os voisins comme par dés attelles, rend suffisamment compte de ces faits, et expliqué en même temps comment la fracture est si Souvent méconnue. Il n’y a que deux moyens de la reconnaître : la crépitation et là mobilité. On cherche à produire la Crépitation en forçant l’éxtension et la flexion du doigt, tandis qu’on presse entré lés doigts la portion supérieure de l’os ; ou bien encore en imprimant au doigt des mouvements de torsion à droite et à gauche. Quant à la mobilité, la meilleure manœuvre pour la rendre manifeste Consisté à attirer fortement le doigt dans la flexion, tandis qu’avec le pouce on appuyé sur la paumé de la main vis-à-vis la fracture présumée; de manière à obtenir un angle saillant en arrière ; mais cette épreuve demande à être tentée avec quelque prudence, de peur dé déterminer un déplacement Considérable, qU’on aurait peine ensuite à corriger.

L'es déplacements sont de plusieurs sortes. Albucasis, le premier qui ait traité de ces fractures avec quelque étendue,

‘ Voir aussi une semblable fracture par contre-coup du quatrième métacarpien près de son extrémité supérieure. Gaz. des 1833, page 75.

DES FKACTÜRESi

admet deux cas très-différents, l’on dans lequel les fragmenls sont enfoncés vers la face palmaire , tandis que dans l’autre ils font saillie à la face dorsale. Je n’ai jamais vu la première espèce de déplacement; on conçoit pourtant qu’il ait pu exister dans cette fracture, par exemple, qui avait été produite par la pression des doigts d’un robuste lutteur sur le dos du métacarpe. D’ailleurs M. Lisfranc paraît l’avoir observé chez un malade atteint d’une fracture déjà ancienne du deuxième métacarpien, et qui portait, dit-il, à la face palmaire de la main, une difformité très-considérable, résultant d’une vicieuse consolidation commençante des fragments ‘ - Mais le déplacement angulaire en arriérées! beaucoup plus commun, et se rencontre dans la plupart des fractures par cause indirecte. Il importe de se faire une juste idée de la nature de ce déplacement, qui n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire. D’abord, bien que l’angle paraisse formé par la saillie commune des deux fragments, surtout quand on essaye de repousser la tête de i’os en arrière, il suffit de l’examiner attentivement, en laissant la partie en repos, pour reconnaître que le fragment supérieur n’y entre pour rien ; qu’il est maintenu à peu près dans sa direction naturelle par ses ligaments carpiens, et que, s’il éprouve quelque dérangement, ce serait plutôt pour s’incliner un peu vers la face palmaire. C’est le fragment inférieur qui remonte en arrière par-dessus l’autre, tandis que son extrémité plialangienne est fortement attirée en avant ; delà une saillie plus ou moins forte qu’il forme à lui seul à la face dorsale, tout en s’inclinant à angle sur le fragment supérieur; de là la dépression de la tête de l’os, qui ne se trouve plus en arrière sur le même plan que les têtes des os voisins; et enfin, complication la plus grave de toutes, de là un raccourcissement notable de l’os, dû à la fois au chevauchement réel et à l’inclinaison angulaire. Tout cela se voit à merveille sur la fig. 8, pl. X, qui représente, comme je l’ai déjà dit, le deuxième os du métacarpe; et, en outre des déplacements qu’elle révèle, il y en a un autre que le dessin n’a pas pu montrer suffisamment : la tête de l’os avait été entraînée en dedans vers celle du troisième métacarpien, en môme

= Gasette ^médicale,, ÎS32, page 29.

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