FRACTURES CES PHALANGES
fâcheuse que la fracture même. Aussi B. Bell recommandait de lever l’appareil du dixième au douzième jour, pour imprimer des mouvements aux phalanges, et de répéter ensuite cette manœuvre tous les jours. Ce serait proprement pécher par excès de précaution; et il suffit bien de faire exécuter ces mouvements trois ou quatre fois durant le cours de la consolidation. Mais au moins est-il sage d’éviter l’une des causes les plus puissantes de cette raideur , c’est-à-dire, l’extension du doigt, et de revenir, avec A. Paré, à la demi-flexion.
Pour mon compte, je dispose à la face palmaire du doigt une petite compresse longuette, puis une attelle en carton solide qui ne remonte pas plus haut que le creux de la main, et j’imprime à l’attelle une flexion légère correspondant à la position moyenne du doigt ; une ou deux bandelettes de diachylon rattachent le doigt à son attelle et complètent l’appareil. On peut encore, si on le juge nécessaire, réunir au doigt blessé les doigts voisins ; mais il faut prendre garde que les doigts s’effilent en s’éloignant du métacarpe , et qu’en rapprochant trop près les dernières phalanges, on risque d’opérer un déplacement latéral angulaire de la fracture; ce qui avait eu lieu, en effet, chez le blessé dont j’ai parlé tout à l’heure.
Quandily a du chevauchement, si les téguments sont sains, il suffit de comprimer l’un contre l’autre les fragments réduits pour le corriger. M. Baudens, dans un cas d’écrasement, a essayé d’un autre moyen : la main placée sur une planchette, des liens fixés d’une part à l’extrémité des doigts, et d’autre part à la planchette, exerçaient une véritable extension permanente. Cette traction n’empêcha pas un certain degré de raccourcissement des doigts *.
La complication d’une plaie simple est ici d’assez peu d’importance ; Hippocrate avait déjà remarqué qu’on peut sans péril réduire la fracture, l’un des fragments fût-il sorti à travers les téguments ; et la guérison s’en opère même avec assez de rapidité. Mais le péril est tout autre quand les chairs sont meurtries et l’os écrasé, et la question est de savoir s’il faut amputer tout de suite ou tenter de conserver le doigt. Boyer veut qu’on ampute, quand il s’agit de la phalangette ; pour les
^ Gazette des hôpitauiæ, 1846, p£^e 193.
autres phalanges, il conseille de temporiser. J’ai essayé ainsi de conserver bon nombre de doigts, et j’ai échoué dans le plus grand nombre des cas. Cependant, comme on réussit quelquefois, il ne faut pas se bâter sans raison majeure; et si, quand le dégât est tel que la guérison paraît impossible, l’amputation immédiate sauve au malade un temps précieux et des douleiîrs inutiles ; d’un autre côté, pour peu qu’on ait l’espoir de conserver, même la dernière phalange, il faut se rappeler, avec Boyer, qu’il sera toujours temps d’en venir à l’amputation, quand la nécessité en sera entièrement démontrée.