DE LA DOUBLE FRACTURE VERTICALE DU BASSIIV
quefois, en même temps que le bord antérieur du fragment moyen s’enfonce dans le bassin, le bord postérieur, par une sorte de bascule, fait saillie au contraire en dehors ; Larrey semble avoir vu un cas de ce genre. Enfin on a vu également le fragment moyen enfoncé dans sa partie inférieure, et au contraire écarté en dehors dans sa portion supérieure, par une bascule d’un autre genre, ce qui tend à élargir le détroit supérieur du bassin, mais en rétrécissant notablement le détroit inférieur. Tous ces déplacements existaient à la fois chez une malade dont M. Papavoine a publié l’histoire, et qui périt même, assez longtemps après la guérison de sa fracture, par suite du rétrécissement du détroit inférieur * .
C’était une femme de trente-quatre ans, qui avait reçu un coup de pied de cheval au côté droit du bassin, et avait eu ainsi deux fractures verticales, l’antérieure à l’endroit accoutumé, la postérieure siégeant sur l’ilium, un peu en avant de la symphyse sacro-iliaque. Elle entra à rhôpital Saint-Louis, et en sortit au bout de quatre mois avec une consolidation Vicieuse. Le fragment était d’abord un peu remonté; de plus il avait subi un mouvement de bascule horizontal, en vertu duquel il s’enfoncait en avant dans le bassin, tandis qu’en arrière il était porté en dehors et chevauchait de plus d’un pouce sur le fragment postérieur et jusque sur le bord supérieur du sacrum. Un autre mouvement de bascule vertical avait écarté en dehors la crête iliaque, et ramené au contraire la tubérosité sciatique en dedans, de telle sorte que le diamètre transverse au détroit supérieur avait cinq pouces et demi d’étendue, et au détroit inférieur seulement deux pouces huit lignes. Je laisse de côté les autres détails; ceux-ci suffisent bien pour faire comprendre la suite de cette histoire.
La femme revint deux ans après à Saint-Louis, enceinte et près d’accoucher. Elle avait eu auparavant cinq accouchements heureux, mais celui-ci fut terrible ; elle ne fut délivrée que le quatrième jour, à l’aide du forceps, et moyennant des tractions si violentes que, sans compter d’autres désordres des plus graves, elle eut une fracture de l’ischion du côté droit. Elle succomba deux jours après.
1 Papavoine, Journal des progrès, tome X, page 234.
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Le diagnostic est assez facile quand on sent de prime abord le fragment moyen vaciller sous les doigts; sinon la rareté même de la fracture détourne ailleurs l’idée du chirurgien, et les erreurs de diagnostic sont assez fréquentes. Ainsi Richerand avait cru avoir affaire à une luxation sacro-iliaque ; l’élongation du membre, dans le cas de Larrey, donnait l’idée d’une luxation du fémur en avant. Mais, dans les cas ordi^ naires, c’est surtout la fracture du col du fémur qui présente avec celle-ci une grande ressemblance de symptêmes ; raccourcissement du membre, rotation du pied en dehors, la crépitation obtenue en remuant la cuisse et en pressant sur le grand trochanter, tout, jusqu’à la nature de la cause fracturante, favorise une erreur dans laquelle M. Gerdy déclare être tombé lui-même. Un excellent moyen de l’éviter consiste dans la mensuration méthodique du membre, qui apprendra tout à la fois que le raccourcissement ne porte pas sur la cuisse, et que l’épine iliaque antérieure et supérieure est plus élevée que de coutume. Ainsi remis sur la voie, le chirurgien complétera son diagnostic en recherchant les traces de la fracture antérieure au pli de l’aioe et au périnée, de la fracture postérieure en arrière du trochauter, et eu s’assurant des divers déplacements à l’aide du doigt introduit dans le yagin ou le rectum-
Le pronostic tire sa principale gravité des lésions des organes internes ; cependant , quand tout péril de ce côté semblerait disparu, il ne faut pas oublier le danger de la suppuration qui emporta le blessé de Richerand et celui de M. Gerdy. Enfin, le péril de mort écarté, la claudication est fortement à craindre, et de plus, le rétrécissement du bassin, dont nous venons de voir de si terribles conséquences.
Le traitement est resté fort négligé jusqu’à présent, sans doute à cause de la rareté de cette fracture. Larrey, dans son cas d’élongation , dit -«qu’à l’aide de manipulations graduées, il parvint à rétablir les pièces dans leurs rapports respectifs; mais cela est d’autant plus douteux , que le blessé avait conservé un allongement du membre de 4 centimètres, et ne pouvait marcher qu’à l’aide de béquilles.
On n’a guère été plus heureux à combattre le raccourcissement. Richerand dit qu’il était très-facile, chez son malade, de redonner au membre sa longueur naturelle , en tirant sur le