‹ Traité des fractures et des luxations (volume 3)Chapitre 76 sur 98 · DES ■ FRACTURES DU FÉMUR · texte numérisé non relu

DES ■ FRACTURES DU FÉMUR

Le fémur est l’un des os qui se brisent le plus souvent ; sur les 2,328 fractures simples de l’Hôtel-Dieu, il en comptait environ 308. Mais toutes les parties del’ossüntloin d’y être également prédisposées; ainsi, de ces 308 fractures, 104 revenaient au col du fémur, 207 à la diaphyse, et 5 seulement, sous le titre de fractures du genou, à l’extrémité inférieure. Le petit nombre de celles-ci ne permet pas d’en établir par la statistique les grandes causes prédisposantes ; mais les fractures du col et du corps se prêtent mieux à ces recherches, et nous allons y rencontrer des différences caractéristiques.

Les fractures du corps de l’os sont plus fréquentes chez les hommes que chez les femmes ; la proportion était de 145 contre 62. Les fractures du col sont au contraire un peu plus communes chez les femmes; sur le chiffre total de 104, il n’y avait que 48 hommes,

La^iversité n’est pas moindre sous le rapport des âges. Les fractures-.du corps se produisent à peu près indifféremment à tous les âgés ; il y en avait 130 avant 40 ans , et seulement 77 après. Les fractures du col sont presque l’apanage ex-| clusif de la vieillesse ; avant 50 ans, on n’en comptait que 14 ; •

DES FEAeTUEES.

passé 50 ans , le chiffre était de 90. Et l’antagonisme est bien autrement tranché si l’on compare les deux fractures dans la première enfance; ainsi pour l’âge de 2 à 10 ans, je ne trouve qu’une seule fracture de l’extrémité supérieure du fémur, contre 12 fractures du corps de l’os. On pourrait presque dire qu’à cet âge la fracture du col fémoral est de toutes la plus rare ; mais il est au moins permis d’affirmer que celle du corps est de toutes la plus commune. Il y avait parmi nos chiffres de l’Hôtel-Dieu 63 fractures en tout appartenant à des enfants de cet âge, et j’ai déjà dit que le corps du fémur seul en offrait 2 1 , j uste le tiers ; de même à l’hôpital des Enfants, et pour le même âge, sur un total de 60 fractures spécifiées, 22 revenaient au corps du fémur ; la proportion est à très-peu près la même.

La prédisposition des sexes varie beaucoup dans les divers âges. Pour les fractures du corps, on comptait :

De 2 à 20 ans 35 garçons, 12 filles; = 3 à 1

20 à 4.0 — 47 hommes, 6 femmes ; = 8 à 1

Et pour les fractures de l’extrémité supérieure :

De 4 à, 50 ans 9 hommes, 5 femmes ; == 2 à 1 De 50 à 60 — 9 — 10 — = 1 à 1

Au-dessus de 60 — 30 — 41 — = 3 à 4

L’influence des saisons n’est pas extrêmement marquée ; cependant, tandis que pour le corps du fémur le semestre d’hiver n’offrait qu’un accroissement d’un douzième, pour les fractures du col l’augmentation allait à 1/.5.

Bien que toutes les fractures se trouvent ainsi rangées par avance en trois catégories, cette division ne suffit pas cependant pour en bien élucider l’histoire. A l’extrémité supérieure, nous aurons donc à étudier quatre fractures fort diverses; les fractures du col, intrà-capsulaires et extrà-capsulaire.s; tes fractures du grand trochanter, et les fractures sous-trüchantériennes. Puis viendront celles de la diaphyse ; et enfin, à l’extrémité inférieure , les fractures sus-condyliennes, et celles des condyles pénétrant dans l’articulation.

fractüeis intra-capsülaibes du cot. dü fémuk.

§ I. — Fractures intrà-capsulaires du col du fémur.

On donne ce nom aux fractures qui divisent le col fémoral en dedans des limites de la synoviale , de telle sorte que si la synoviale était divisée au même niveau, la fracture serait en communication directe avec Tarticulation même. Mais comme, par-dessous la synoviale, le col de Vos est encore tapissé par le périoste dense et solide qui semble être une portion réfléchie de la capsule fibreuse, on jcomprend qu^ ce |^rioste peut demeurer intact, ou être xQmfiu partie , ou être déchiré ’ "

ëîrïoSïité , ce qui constitue déjà, pour une même fracture, trois conditions très-différentes. Stanley a vu deux fractures intrà-capsulaires sans rupture du périoste et de la synoviale ; deux autres exemples en ont été rapportés par M. Rlayor et par B. Coopéré Les cas de rupture complète sont presque aussi rares; et ce qu’ily a de plus commun sans contredit est de trouver le périôsîè" et la synoviale partièllëmènTdê- /' cfiirés. . . . . .

Ce ne sont pas seulement les parties molles qui échappent à la rupture complète ; dans quelques cas, le col osseux luimême n e^ qu’jmparfaitement divisé. Colles a décrit trois fractures de ce genre, dans lesquelles le col étant rompu en travers, près de la tête fémorale, sa lame corticale était demeurée intact en arrière dans une assez grande largeur. Dans un autre cas, «décrit par Wilkinson King, la couche corticale était demeur^pntacte en haut et en avant -.

Mais ce 'i||Dril^a ae rares exceptions ; dans l’immense majorité des cas3ia fracture est complète, offrant cependant quelques variétés selon son siège, sa direction et la disposition de ses surfaces.

Le plus ordinairement elle divise le col à quelques millimètres de la tête fémorale , là où il est le plus rétréci ; assez sou-

^ Stanley, Medico-chir. Transactions, vol. XIII, page 504; et vol. XVIIï, part. 1; — Mayor, Gaz. médicale, 1834, page 612; — B. Cooper, VEayférience, tome I, page 505.

® Colles, Fracture oftJw Néckof the Fémur, illustrated by Dissections: Du- Uin hospital Reports, 1818, tome II, page 334; — W. King, Guy’s hospital Reports, oct. 1844, page 347. - :

vent même elle entame une petite portion de la tête ellemême. D’autres fois elle s’en écartedavantage, en se rapprochant des trochanters. Béclard avait présenté à la Faculté une pièce sur laquelle il croyait voir une fracture de la tête fémorale divisée en quatre fragments, tous parfaitement consolidés*. Mais l’état des parties voisines, et notamment de la cavité cotyloide, laisse douter s’il ne s’agit pas là seulement d’une déformation sénile ; et ie ne connais pas d’exemple bien . avéré d’une fracture limitée à la tête du fémur. ’ •

Quant à sa dîrëctîdn,’^^^^^ la fracture divise le col perpendiculairement à son axe, fracture transversale; tantôt elle est oblique, et dans les directions les plus variées. La fracture représentée PZ. XI, fi-g- 1 , est oblique en bas et en dehors ; direction peut-être la plus commune. R. W. Smith a décrit des fractures obliques en bas et en arrière^ obliques en bas et en avant, etc. enfin, A. Cooper parle, sur la foi de Brodie, d’une fracture oblique dans laquelle le fragment supérieur empêchait l’ascension de l’autre ; ce qui semble indiquer une obliquité en bas et en dedans, il est à noter que plusieurs de ces fractures obliques se prolongent en dehors au delà des limites de la synoviale, et constituent en quelque sorte des fractures mixtes, à la fois intrà et extrà-capsulaires. Mais , comme elles ne diffèrent pas sensiblement des fractures intràcapsulaires avec conservation d’une partie du périoste, je les comprendrai dans la même étude.

/ Toutes ces fractures sont généralement dentelées ; et sou- ; vent les dentelures sont assez larges et solides pour retenir I les fragments en rapport parfait, ou pour limiter leur dépla- \ cernent. Le déplacement même ne s’opère guère alors sans rompre quelqu’une de ces dentelures, qui devient une véritable esquille ; il n’est pas rare de voir une dfè ces esquilles enfoncée dans le tissu spongieux de la tête du fémur Quelquefois le rebord dentelé du fragment externe s’implante, sans esquilles, dans l’épaisseur du fragment interne ou de la tête ; enfin, il peut y avoir une pénétration réciproque ; ainsi, sur

* BüUetîns de la Faculté, 1816, page 86.

® R. W. Smith, Obs. on the Diagnosis and Pathology of Fract. of the neck of the Fémur -, Dublin Journ. of med. Science, sept. 18i0.

3 "Voir au musée Dupuytren les pièces 178 et 179.

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