‹ Traité des fractures et des luxations (volume 3)Chapitre 77 sur 98 · FRACTURES INTRA-CAPSULAIRES DU COL DD FÉMUR · texte numérisé non relu

FRACTURES INTRA-CAPSULAIRES DU COL DD FÉMUR

une pièce da musée Dupytren (n° 184), le fragment interne, taillé en cône, sTésrcrêusé une cavité au centre du fragment externe ; tandis que le rebord tranchant de cette cavité improvisée a entamé la circonférence de la tête fémorale, de la même manière que je l’ai montré pour la tête humérale {PL V, fig, 1).

Les fractures intrà-capsulaires sont plus communes chez les femmes que cfiez les hommes, et se rencontrent presque exclusivement dans la^ieilles^e. A. Coôpéf T'vôülü'fairé "dë"^^ d6uW“pre3Fp"ôsi tion un caractère à elles propre; et à son compte la majeure partie des fractures du col fémoral, passé l’âge de cinquante ans, seraient intrà-capsulaires. On a cherché récemment à faire prévaloir une opinion toute contraire;

M. Bonnet, de Lyon, a été jusqu’à dire que les fractures extràcapsülaires forment V immense majorité et sont presque les seules qu’on observe *; et sans aller si loin, M. Nélaton professe cependant qu’elles sont de beaucoup les plus fréquentes.

Ni l’une ni l’autre de ces opinions ne saurait tenir contre les faits. A. Cooper s’appuyait sur sa longue expérience pratique, source de preuves trop équivoque à raison de l’obscurité du diagnostic différentiel. M. Bonnet atteste à la fois et l’observation clinique , et l’expérimentation sur le cadavre, et les inductions tirées de la structure anatomique, et enfin les autopsies. Les trois premiers ordres d’arguments peuvent bien fournir dès présomptions , mais non des preuves ; et, quant au dernier, il suffira de dire que M. Bonnet, lorsqu’il publiait son Mémoire, n’avait été témoin en tout que de quatre autopsies de fractures du col, qui s’étaient trouvées par hasard extrà-capsulaires.

Il fallait, pour résoudre une question pareille, un assez grand nombre de pièces anatomiques, rassemblées sans choix et sans idée préconçue. Or, en réunissant toutes les fractures du col fémoral conservées dans le musée Dupuytren, dans le musée de rhôpital Saint-Barthélemy à Londres , dans les deux musées du Collège des chirurgiens de Dublin, dans le musée de l’hôpital Eichmond de la même ville, je suis arrivé aux résultats suivants ;

* Bonnet, Mém. sur les fract. du fémur, etc.; Gaz. médicale, août et septembre 1839.

Musée Dupuytren - - - - -

32 fractures, 20 intrà-capsulaires.

Hôpital Saint-Èarthélemy.

.Müsée dé Dublin .

- éT

Môpitàl tticHniond .

il — 23

La proportion est donc environ comme 3 à 2, ou d’un tièfs ên sük pbür les fractures intrâ-Capsulàires ; encore û’ai-je pas èbiriptê déüs piêdës dii musée Du^uytreh et de l’hôpital RicBttiôhd^ qui présentent là réunion fort rare d’une fracture éti dedans et d’urië àùtre ëii dehors de la capsulé. Devarit dès chiffres âüsSi cohSidérahlés tombent les arguments tirés de petites Séries dë disséctions , qui d’ailleurs donhent les résultats les plus éoritradietoirèS. Ainsi; apres M. Bonnet dë Lyorii trdüvëhtde suite quatre fractures en dèllorsdela capsulé, est vend M. Rôdet; son élève, qui, dans deux autopsies lîüdvelles, est tombé sur deux fractures ëh dedans. Ainsi, M. Meréiër aVait rencontré à Bicêtrë, Sur 8 autopsiés, 3ft*àctdres intrà-capsdlaireSj 4 extrâ-capsulaires, et uùe sous-

' Qiiei(|ues détails sur les sources Où j’ai puisé cès chiffres üe seront pas ici Sans utilité. Le musée Dupuytren contient 35 pièces relatives aux fractures du col ; mais deux, les n»» 177 et 189, me paraissent d’une nature fort êqüivoqùé; une autre, n° ^00, est une fracture pat coup de feu, en dehors dë cëiièS dbiit il èst qüéstibfa ici. M. Nélâton a avancé qüé là présence dé tant dé fracturés iiilrà-Capsülairës dans cë fliüsée jirOvîent de ce que ces pièces ont été recueillies à l’époqué où Dupuytren avait pris part à la discussion soulevée par A. Cooper sur le mode de consolidation des fractures intrà-câpsuiaires, et où celles-ci étaient conservées de préférence. C’est une ërfeür. Sur 35 p'iècês, il h’ÿ efl â qUë 3 fiüi vièniiënt dé Ddpüytfëû ; et près 3ëS dëux Hërs sbfat 3üès à là Société anatohiiqùë ; si Bieii qu’âÿaht fait le relevé des fractures présentées à cette Société pendant lés onze dernières années,- j’ai dû m’abstenir d’en faire usage, de peur de commettre un double emploi.

Le chiffré des fractures du miisèe de l’hôpital Saint-Èarthélemy a été commùhiqoé à A. Cbdper par Stanley; céldî dèà fnusées dès chirurgiens de Dublin par èbllès. Colles, dans son Mémoire déjà cité, rapportait une série dé 11 autopsies faites par lui en trois années; et dans lesquelles il avait trouvé 8 fractures intrà-capsulaires. Je n’ai fait usage que des chiffres communiqués à A. Cooper, également par crainte de double emploi.

Edflh , léî cîüffî-és dé rhôpîtâl Richmond sbiit empruntés âù Mémoire de R. W. Smith, déjà cité. On y trouve 42 observations; mais M dernière, donnée comme exemple d’une fracture intrà-Hapsulaire consolidée, pourrait être rapportée à une tout autre lésion.

FEACTOBES INTBA-GAPSTILAIRES DO COL DO FÉMOE. 663

trochantérienne * ; tandis qu’à mon tour, dans ce même hôpital, dans une série nouvelle de 8 autopsies, j’en ai compté 1 sous les trochanters, 5 en dedans de la capsule, et 2 seulement en dehors.

Au total, les fractures intrà- capsulaires, sans être aussi fréquentes que le veut A. Cooper, sont plus nombreuses que les autres. Une erreur plus grave du même auteur consiste à dire qu’elles se rencontrent presque constamment chez, les sujets âgés de plus de cinquante ans, par opposition aux fractures extrà-capsulaires , qui se produiraient surtout avant cet âge. Déjà Morgagni avait disséqué une fracture intrà-capsulaire chez une femme de quarante ans, qui la portait depuis sa jeunesse “ ; Stanley en a trouvé une autre sur un jeune homme de dix-huit ans ; et il serait aisé d’allonger cette liste de faits isolés. Mais sur les 23 cas de l’hôpital Richmond , 3 appartenaient à des sujets n’ayant pas plus de cinquante ans , et 4 autres à des sujets au-dessous de cet âge ; tandis que sur 17 fractures extrà-capsulaires où l’âge des malades a été également noté, il n’y en avait qu’une seule au-dessous de cinquante ans.

Les causes déterminantes sont toutes indirectes , hormis pour les fractures par coup de feu , dont je ne veux pas traiter ici. A. Cooper dit que la cause la plus fréquente, à Londres , est un faux pas dans lequel le sujet marchant sur le bord d’un trottoir, porte inopinément le pied sur le pavé , à un niveau inférieur de quelques pouces. Le col du fémur se rompt , et le blessé tombe ; la chute est alors le résultat , non la cause de la fracture. Celle-ci peut, toutefois, être également produite par une chute sur le grand trochanter. Mais A. Cooper insiste surtout sur la fragilité que l’atrophie sénile communique au col du fémur et qui le rend susceptible d’être fracturé par les causes les plus légères ; il cite pour exemple l’histoire d’une femme qui, étant à son comptoir, et se tournant brusquement vers un tiroir placé derrière elle, rencontra une saillie du plancher qui empêcha lé pied de suivre le mou-

‘ Mercier, Mém. sur qudq. particul. de l’hist. des fract, de l’extrém. sup. du fémur; Gaz. médicale, 1835, page 561. ^

■ Morgagni, De sedibus, etc. ; Epist. LVI, art. 10.

vement du tronc ; ce simple arrêt de mouvement suffît pour rompre le col du fémur.

Tout cela est parfaitement observé, mais sur le vivant; et la question est toujours de savoir si cela s’applique véritablement à la fracture intrà-capsulaire. M, Rodet a cherché récemment à résoudre cette question par des expériences* ; il a soumis à des chocs variés , d’abord des fémurs en plâtre moulés sur nature , puis des os naturels ; et il rattache toutes les causes des fractures intrà-capsulaires à trois catégories, savoir :

1® Les chocs verticaux, comprenant les chutes sur les pieds ou sur les genoux , et les faux pas en dehors d’un trottoir, signalés par A. Cooper ; la fracture se produit d’autant plus facilement alors que la cuisse est dans l’abduction , ou que le choc agit sur la tête fémorale de haut en bas et de dehors en dedans, relativement à l’axe de la diaphyse. M. Rodet rapporte en effet le cas d’un homme qui , tombant d’une soupente , la jambe fléchie et la cuisse en abduction , heurta par le côté interne du genou une barre horizontale ; l’autopsie fit voir une fracture intrà-çapsulaire.

2° Les chocs portés sur le trochanter d’avant en arrière , ou toute rotation forcée du fémur en ce sens ; la fracture est alors au milieu du col et toute en dedans de la capsule.

3“ Les chocs portés sur le trochanter d’arrière en avant , ou toute rotation du fémur en ce sens ; à cette cause se rattacherait la fracture de cette femme de comptoir citée par A. Cooper. M. Rodet rapporte aussi l’observation d’un homme qui, dans une chute en arrière, heurta contre un corps anguleux par la partie postérieure du trochanter et se fit une fracture presque toute intrà-capsulaire, sauf un petit point en arrière qui se trouvait à l’extérieur.

De ses observations et de ses expériences , M. Rodet conclut qu’en général, les fractures du col du fémur offrent une situation et une direction en rapport avec le sens dans lequel a agi la violence qui l’a produite; et il met ainsi en regard les trois ordres de causes avec leurs résultats :

’ Rodet, Thèse muug., Paris, 20 janvier 18i4.

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