‹ Traité des fractures et des luxations (volume 3)Chapitre 8 sur 98 · DES FRACTTJBES COMPLÈTES SIMPLES · texte numérisé non relu

DES FRACTTJBES COMPLÈTES SIMPLES

ches me permettent aujourd’hui d’en faire une histoire bien plus complète.

En essayant de briser les os d’un cadavre par un choc direct, au lieu des fractures transversales que je cherchais à produire, je n’obtins, dans l’immense majorité des cas, que des fractures dentelées, c’est-à-dire dont les surfaces étaient hérissées de saillies irrégulières, anguleuses, pointues , s’engrenant réciproquement, de telle sorte que le plus souvent il n’y avait ni déplacement ni crépitation, et que là lésion se reconnaissait seulement à une flexion insolite dans l’endroit fracturé. Si la force du choc avait produit un déplacement incomplet en travers, je trouvais que ce déplacement avait été facilité par la rupture d’un certain nombre de ces denticules , constituant dès lors autant de petites esquilles ; mais il en restait assez encore pour retenir les deux fragments en rapport; mais, à raison de leur engrenage anormal dans les angles de chaque fragment , il était presque également difficile, ou de compléter le déplacement, ou de le réduire, même sur le cadavre. Quand le déplacement était complet, la réduction était plus pénible encore, attendu la difficulté de replacer exactement chaque denticule dans son angle correspondant.

Ces phénomènes étaient trop étranges pour que je ne cherchasse pas à les vérifier sur des fractures produites pendant la vie ; j’examinai donc avec plus de soin que je n’avais fait jusque-là les signes et les conditions anatomiques des fractures récentes, et je ne tardai pas à constater leur conformité avec les résultats de mes expériences. Je crois donc pouvoir établir en quelque sorte comme une loi générale , que la plupart des fractures simples produites par un choc direct sont des fractures dentelées, se comportant sur le vivant comme sur le cadavre, c’est-à-dire sans déplacement , avec un déplacement incomplet ou complet; mais, dans ces deux derniers cas, avec des difficultés de réduction considérablement accrues par la résistance musculaire. Je dirai plus loin que les fractures obliques offrent elles-mêmes très-souvent des dentelures, et que certaines fractures multiples ne sont autre chose que des fractures dentelées , dont une grosse dent a été brisée du même coup et est devenue ainsi un fragment séparé.

Les causes indirectes donnent-elles lieu aussi à ces sortes

BES FfiACTUSES.

de fractures ? Ici , l’expérimentation est presque muette , les fractures indirectes n’étant nullement faciles à produire sur le cadavre; mais, d’après ce que j’ai observé sur le vivant et dans les autopsies, il me paraît qu’elles fournissent beaucoup plus de fractures obliques , et qu’ainsi chaque ordre de causes a ses résultats propres et en quelque façon privilégiés.

J’ai observé ces fractures sur la clavicule , l’humérus, le radius seul ou joint au cubitus , sur le fémur et sur le tibia , et d’ailleurs à tous les âges. Quand je pris, par exemple, le service de M. J. Cloquet, en 1842, il n’y avait que deux fractures , toutes deux par causes directes; l’une chez un jeune garçon, l’autre chez un adulte; la première à l’humérus, la deuxième au radius ; toutes deux , sans déplacement , sans crépitation , avaient seulement été reconnues à la flexibilité de l’os ; exemples frappants de fractures dentelées de la plus grande simplicité.

Les fractures dentelées avec déplacement incomplet sont surtout faciles à reconnaître sur le vivant, au cubitus et au tibia. Il n’est nullement rare , en parcourant des services de chirurgie, de rencontrer de ces fractures du tibia avec une saillie légère de l’un des fragments, laquelle ne tend nullement n s’accroître , mais aussi résiste à tous les efforts du chirurgien : j’en pourrais citer bon nombre d’exemples. On comprend qu’au fémur, et partout où la fracture se cache dans l’épaisseur des chairs, ces déplacements légers sont moins faciles à reconnaître ; j’en ai cependant figuré un très-bel exemple que possède le Musée des hôpitaux. (Voyez pL XIII, fig. 4 et 5.)

Quant aux déplacements complets que l’on n’a pu réduire, il est passé en usage de les attribuer à des fractures obliques ou multiples ; je dois dire que fort souvent ils appartiennent à ces fractures dentelées. On peut voir, pl. I, ^fig. 6, une très-belle fracture du fémur produite par une chute de haut sur un vieillard qui succomba, quelques jours plus tard, à une contusion cérébrale ; il y avait eu un déplacement complet avec chevauchement , que tous mes efforts avaient été impuissants à réduire. A l’autopsie , je trouvai les fragments configurés comme ils sont dessinés ici ; sauf la perte de deux petites esquilles, qui furent trouvées dans les chairs.

Les fractures dentelées étant si communes, et véritablement

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