FRACTDEES TRANSVERSALES DE LA ROTULE
C’est surtout la flexion de la jambe qu’il ne faut tenter qu’avec une extrême réserve, pour éviter les déchirures et les accidents qui peuvent s’ensuivre. J. -L. Petit parle d’un rebouteur, qui, pour une lésion traumatique du genou, se mit en devoir de fléchir et d’étendre la jambe tour à tour le plus possible ; le premier essai fit tomber le blessé en syncope; au deuxième, il était mort.
Le pronostic est déjà dicté en grande partie par les considérations qui précèdent; mais il varie encore, et surtout d’après le traitement employé.
Le traitement a donné naissance à une foule de procédés et d’appareils, qui se rallient cependant à trois méthodes capitales. La première a pour objet d’obtenir la réunion la plus solide, et consiste essentiellement dans l’immobilité du membre ; la seconde cherche à éviter la raideur, et s’occupe par-dessus tout d’imprimer au genou des mouvements étendus, longtemps avant que le travail de réunion soit terminé ; la troisième, qui cherche à réunir les deux a^ntages, peut être appelée méthode mixte. ^
Première méthode. — Celle-ci paraît la plus naturelle, et a été aussi la plus anciennement employée. Elle se divise ellemême en deux méthodes secondaires, selon qu’on se borne à la position, ou qu’on y joint des appareils destinés à rapprocher directement les deux fragments.
Paul d’Egine et A. Paré se contentaient de tenir la jambe étendue, à l’aide d’attelles, de fanons ou de gouttières. J. -L. Petit avait bien conseillé, en outre, de mettre la Jambe sur un oreiller élevé du côté du pied ; mais sans autre idée que d’assurer mieux l’extension et de favoriser la circulation de retour. En 1 772, Yalentin fit remarquer que la simple extension de la jambe ne Relâche pas suffisamment le muscle droit antérieur, et prescrivit d’élever le talon le plus possible. En conséquence, il étageait des oreillers sous la cuisse et la jambe, et, de plus, il chaussait le pied d’une pantoufle munie de trois liens, qui venaient se rattacher à un bandage de corps, ceignant la poitrine du malade. Richerand conserva les coussins , mais rejeta la pantoufle. Sabatier, ayant vu l’extension absolue déterminer sous le jarret une douleur insupportable, en conclut qu’il fallait accorder au genou une flexion très -légère ; mais pour pro-
curer néanmoins un relâchement égal au muscle droit antérieur, il voulait que la cuisse fût un peu plus fortement fléchie sur le bassin. Afin aussi de prévenir l’affaissement des oreillers, il faisait coudre aux quatre coins de l’oreiller de la jam.be quatre rubans qui le tenaient suspendu aux tringles du lit: premier essai dans l’histoire de l’art de la suspension pratiquée sans machines
Enfin, en 1789, Sheldon fit voir mieux encore que Valentin, le vice de la simple position étendue. Sur un sujet de 6 pieds 1 pouce (anglais), il avait trouvé que la distance entre les deux attaches du muscle droit antérieur, la jambe et le tronc également étendus, était de 20 pouces et demi, et se réduisait à 18 pouces quand le tronc était relevé à angle droit sur la cuisse. De là le conseil, suivi par la plupart des chirurgiens anglais, de tenir le sujet assis dans son lit, le tronc vertical ou même penché ‘un peu en avant; sauf, quand cette attitude devient trop fatigante, à incliner le tronc en arrière, en relevant d’autant le membre 2. /
Quelle que soit la position que l’on préfère, il est trop évident qu’elle peut bien servir à diminuer l’écartement des fragments, mais non à le détruire. II y a ici deux muscles à relâcher ; le triceps crural et le droit antérieur. Le triceps crural, dont on s’occupe à peine, est de beaucoup le plus puissant des deux; l’unique moyen de le relâcher est de tenir la jambe dans l’extension forcée sur la cuisse ; encore l’observation clinique et les expériences sur les aniniaux montrent que l’extension ne suffît pas pour affronter les fibres du triceps transversalement divisées®. Dès lors, il est à peu près inutile d’imposer au malade la position fatigante de Sheldon, qui n’agit en rien sur le triceps, et nous préférons celle de Valentin, non comme plus efficace, mais comme plus facile à supporter. Seulement, il faut, pour l’assurer, des moyens un peu plus
' Valentin, Recherches crû. sur la chir. moderne; Anisterd., 1772.— Richerand, Mém. sur les fract. de la rotule, dans les Mém. de la Société médicale d’ Emulation, tome 111 ; — Sabatier, Mém. sur la fract. en travers de la rotule; Mém. de l’Acad. des sciences, 1786. — J’ignore où Boyer a vu que Sabatier couchait ses malades sur le côté.
- Sheldon, Essay on ihe Fract. of the Patella, London, 1789. — Je n’ai pu me procurer ce Mémoire, et je le cite d’après Camper et Monleggîa.
^ Voir mon AvM. chirurgicale, toniel, page 107.