FRACTÜE.ES DE JAMBE
rise-t-elle pas à présumer que plusieurs avaient eu lieu par contre-coup, et dans un point tout autre que celui qui a reçu le choc ? On concevrait mal, en effet, le hasard qui ferait passer si souvent une roue de voiture juste sur le milieu de la jambe.
Les fractures indirectes ont un tout autre lieu d’élection. Sur mes 31 observations, il y en a une où le siège de la fracture n’est point indiqué ; 21 fois elle divisait le tibia dans son quart inférieur, en se rapprochant plus ou moins des malléoles; 3 fois elle montait au tiers inférieur, 6 fois à la partie moyenne.
D’après ces chiffres, les fractures du tiers supérieur, à beaucoup près les plus rares de toutes, seraient uniquement produites par des causes directes ; celles de la partie moyenne, beaucoup plus fréquentes, reconnaîtraient pour causes prin-. cipales des chocs ou de fortes pressions ; et enfin, celles du tiers inférieur, plus communes que toutes les autres, seraient dues plus spécialement à des causes indirectes. Il y a ainsi un rapprochement fort remarquable entre les fractures de l’extrémité inférieure de la jambe, suite de chutes sur le pied, et les fractures de l’extrémité inférieure du radius, suite de chutes sur la main.
Chaque ordre de causes amène aussi des complications en nombre variable. Sur mes 31 fractures indirectes, 9 seulement étaient compliquées de plaies pénétrant dans le foyer de la fracture, tandis que, des 36 fractures directes, 1 8 offraient des complications de ce genre. Dans celles-ci, la plaie est l’effet de la violence extérieure, et a lieu généralement de dehors en dedans; dans les autres, au contraire, c’est pour l’drdinaire l’un des fragments du tibia, et presque, constamment le fragment supérieur qui se fait jour à travers les téguments, et produit la plaie de dedans en dehors. La hauteur de la chute est bien pour quelque chose dans cette fâcheuse complication; mais il ne faudrait pas cependant lui attribuer une influence exagérée. Trois hommes, tombés sur les pieds de 25 à 30 pieds d’élévation, n’eurent que des fractures sans plaie ; quatre autres, par suite de simples chutes de la hauteur du corps, eurent des fractures compliquées, et si graves, que deux d’entre eux y succombèrent.
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A part les différences qui résultent des causes, du siège et des complications, les fractures de jambe diffèrent encore selon la disposition des fragments. D’abord, il est assez rare que les deux os soient divisés au même niveau ; et cela ne se voit que dans les fractures directes. Une bonne partie même des causes directes fracturent le péroné, soit au-dessus, soit au-dessous du tibia, ou.même dans les deux points à la fois. Quant aux fractures indirectes, presque constamment elles rompent le péroné à 6 ou 8 centimètres au-dessus de l’os voisin.
J’ai dit ailleurs (page 66) ce qui avait pu induire en erreur quelques chirurgiens au sujet des fractures en rave du tibia, et je n’ai pas besoin d’y revenir. Les fractures de la jambe se présentent donc à l’état de fractures dentelées, fractures obliques, fractures à esquilles, fractures comminutives, et enfin fractures rnultiples ; il n’en est pas autrement sur le péroné que sur le tibia ; seulement ce dernier os étant plus superficiel et le plus important par son volume, c’est à peu près surluiseul que peut porter l’observation.
Les fractures obliques du tibia varient beaucoup par le degré d’obliquité. Quelques-unes divisent l’os dans une direction très-rapprochée de la transversale ; d’autres se rapprochent de la verticale, et aiguisent les fragments, comme on dit, en bec de flûte extrêmement aigu et allongé. Pour l’ordinaire, l’os est coupé obliquement en bas et en dedans (Voy. ]pl. XV, fig. 4, 5 et 6) ; souvent encore en bas et en avant {ihid., fig. 2); très-rarement dans les sens opposés; cependant j’ai représenté, pl. XV, fig. 3, une fracture oblique de haut en bas et d’avant en arrière ; et l’on en a vu d’obliques en bas et en dehors. Il faut bien ajouter que ces désignations ne sont qu’approximatives ; que l’obliquité la plus marquée en un sens empiète presque toujours plus ou moins sur une autre face de l’os; et à vouloir exprimer rigoureusement les choses, la fracture oblique la plus fréquente de toutes est dirigée en bas, en dedans, et un peu en avant.
Les fractures à esquilles offrent encore des variétés déformé beaucoup plus nombreuses. La plus commune est celle dont j’ai déjà parlé ailleurs (voy. page 74), et dont j’ai figuré un exemple, pl. T, fig- 7. On y voit une esquille cunéiforme, dé-