‹ Traité des fractures et des luxations (volume 3)Chapitre 93 sur 98 · FR4CTURES DE JAMBE · texte numérisé non relu

FR4CTURES DE JAMBE

Le malade ressent une douleur assez modérée au moment de la piqûre ; mais cette douleur ne tarde pas à s’apaiser. S’il garde docilement le repos , la pointe demeure en place quinze, vingt et jusqu’à trente-six jours et plus, sans déterminer ni suppuration ni inflammation, pas même de rougeur ; et si la pointe même n’a pas glissé par suite d’une implantation trop oblique sur la face interne de l’os, la petite plaie qu’elle laisse après l’enlèvement de l’app^eil ne demande que vingt-quatre heures pour se cicatriser^^ai publié d’abord deux cas de succès ; M. Bavasse en a donné depuis plusieurs autres ‘ ; et toujours l’appareil s’est montré d’une innocuité égale à son efficacité. Dans la plupart des cas, il ne reste pas la moindre saillie à la surface de l’os. Chez un sujet dont M. Bavasse a rapporté l’histoire, la pointe avait déterminé la formation d’un petit tubercule osseux à peine sensible au toucher, d’ailleurs complètement indolore, et qui n’avait pas disparu dixhuit mois après.

J’ai dit que l’indocilité du sujet peut faire glisser la pointe ; c’est qu’en effet elle ne pénètre nullement dans le tissu osseux, quelle que soit la pression exercée. En glissant, elle éraillé les téguments, et produit une petite plaie qui demande quelquefois 10 à 12 jours pour se cicatriser 5 mais alors même il n’en est jamais résulté d’autre accident. Quelquefois, au bout de cinq à six jours, l’affais-sement des coussins et des chairs fait que la pointe vacille; il faut alors ou resserrer la courroie, ou donner un tour de vis. Enfin, quand le pas de vis est trop allongé, la réaction des muscles suffit fréquemment pour faire rétrograder la vis et diminuer la pression ; on s’y oppose en fixant à l’aide d’un fil la tête de la vis.

Tel est le moyen, nouveau assurément, que j’ai mis en usage assez souvent pour ne conserver aucun doute sur sa manière d’agir. Il maintient les fragments en contact étroit, au point qu’on peut mouvoir le pied sûr la jambe sans les déranger, et qu’il n’est besoin ni d’attelles latérales ni d’extension permanente 5 il faut seulement soutenir le pied pour l’empêcher de

1 Malgaigne, Nouvelle méthode de trait, pour les fract. très-obliques de la jaml)e; Journal de chir., sept. 1843; — Davasse, Obs. sur VempMdeV appareil à vis dans le trait, des fract. oUiq. de la jambe: Archiv. gén. de médecine, juillet 1846.

DES ERAÇTimES.

se renverser en dehors. La consolidation se fait aussi rapidement dans les fractures les plus obliques que dans les fractures . . ordinaires ; en sorte qu’après avoir imaginé ce moyen pour les ' ' cas où le fragment menaçait de perforer la peau, je l’applique "* aujourd’hui à la plupart des fractures obliques, uniquement pour assurer la consolidation- C’est surtout dans les fractures compliquées que cet appareil m’a procuré des avantages inappréciables; en assurant l’immobilité absolue des fragments, on apaise toute inflammation, on diminue la suppuration ; et j’ai réussi à consolider en quarante jours des fractures avec esquilles, malgré la complication d’une plaie déchirée pénétrant jusqu’au foyer de la fracture. Dans un cas même, il y avait une large esquille flottante dans l’intervalle du tibia et du péroné ; cette esquille est restée mobile ; et la consolidation s’est faite rapidement, sans être troublée par aucune suppuration de ee côté.

Il y a cependant des fractures compliquées qui ne sauraient être maintenues, même par ee moyen. La plaie estai large, les fragments tellement dénudés et flottants, qu’il faut les maintenir tous les deux à la fois. J’ai eu recours deux fois à deux ap-

/ pareils à vis, l’un pressant sur le fragment supérieur, l’autre /sur l’inférieur. Dans un cas plus diflîciie encore, les, deux vis même ne suflîsaient pas à maintenir les fragments; j’essayai de passer autour d’eux un lien de fit, puis un il métallique pour les serrer l’un contre l’antre : ressources presque désespérées; et en effet j’ai échoué dans la plupart de ces tentatives; mais du moins j’ai réussi une fois déjà à conserver une jambe qui, sans ces moyens extrêmes , était dévolue à l’amputation.

Je n’ajouterai plus qu’un mot, relatif à certaines difformités résultant de fractures de jambe toutà fait négligées. Dans un cas

j où les fragments faisaient ensemble un angle aigu saillant en / avant, M. Josse, d’Amiens,, a réséqué à la fois le tibia et le pé- / roné, et rendu au malade un membre raccourci , mais bien 1 conformé et apte à toutes, ses fonetions. J’ai eu à pratiquer

moi-même une résection analogue pour un cas presque sem¬

blable; raalbeureusement la pourriture d’hôpital s’empara de

la plaie et fit périr mon opéré ; mais rantopsie fit voir qu’il n’y avait eu ni décollement ni fusées purulentes dans le membre,

Page 1