DO TRAITEMENT CONSÉCUTIF
M. Morel-Lavallée mentionne en peu de mots une observation analogue empruntée à M. Velpeau. Presque tous les orteils tombèrent successivement en gangrène ; des escarres se formèrent au talon et à la jambe, avec plusieurs abcès. Le sujet eut pourtant le bonheur d’en réchapper '.
Enfin M. Rognetta a rapporté l’histoire d’une luxation avec renversement de l’astragale, que tous les efforts de Dupuytren ne parvinrent pas à réduire. La gangrène s’empara du membre ; l’amputation de la jambe fut pratiquée et le malade guérit 2.
Autant qu’il est permis d’en juger par ce petit nombre de faits, quelquefois la gangrène succède. à une inflammation générale; d’autrefois, elle semble la conséquence d’une inflammation localisée, probablement dans les vaisseaux. Houston présume que, dans ses deux cas, il y avait eu inflammation de l’artère poplitée , déterminée par la distension ou la torsion de ce vaisseau lors de la luxation. Il est à regretter que ce point n’ait pas été vérifié par la dissection.
§ XII. — Bu traitement consécutif.
Pour la plupart des chirurgiens, le traitement d’une luxation se borne à peu près uniquement à la réduire ; tout au plus applique-t-on un bandage pour maintenir les os en contact; et les journaux fourmillent d’observations dans lesquelles le sujet est renvoyé guéri immédiatement après la réduction.
Cette négligence remonte aux premiers temps de l’art. Hippocrate, par exemple, après la réduction des luxations du bras, appliquait un bandage, prescrivant ensuite vaguement le massage et les mouvements communiqués. Celse est un peu plus précis ; il recommande le repos tant que la douleur persiste, et les mouvements dès qu’elle est dissipée. Paul d’Egine, pour le bras, enlevait le bandage au plus tôt le septième jour. Albucasis le laissait sept jours pour le bras, trois ou quatre jours seulement pour la cuisse. A cet égard, les chirurgiens du moyen-âge avaient fait un véritable progrès. Ainsi, Guy de
1 Thèse citée, p. 66.
* Archives générales de médecine , 18S3, t. III, p. 506.
Chauliac maintenait le bandage 20 jours pour l’épaule, 15 jours pour le coude, 30 jours pour la cuisse, avec la précaution de le renouveler et d’imprimer des mouvements au membre tous les quatre, cinq ou neuf jours. A. Paré suivait encore en partie ces préceptes; mais dans la rénovation du dix-huitième siècle, la chirurgie fit un pas en arrière. J.-L. Petit admit bien la nécessité de maintenir l’os réduit par le bandage et la position; mais dans les luxations traumatiques, les muscles, disait-il, maintenaient mieux que tous les bandages , et, dans la plupart des cas, ceux-ci ne servaient qu’à contenir les médicaments. Du reste, oubli complet du temps nécessaire pour la consolidation de l’article, et de l’époque où il faut commencer les mouvements. Duverney n’en dit pas davantage.
Les chirurgiens du dix-neuvième siècle ont senti cette lacune; malheureusement, pour la réparer, on diraitqu’ils n’ontconsülté que le hasard. Boyer, en général, attend, pour imprimer des mouvements, que la douleur soit dissipée, ce qui arrive plus tôt ou plus tard. Par exemple, après la luxation du fémur, il ne veut pas que le malade se lève avant 25 ou 30 jours. Monteggia veut qu’avant d’essayer les mouvements, on tienne l’articulation immobile une ou deux semaines ; et, le premier, il fait observer que ce repos est nécessaire pour réunir la déchirure capsulaire. A. Cooper a fait la même remarque; mais il réclame seulement le repos quelque temps ; et si l’on se reporte aux luxations du fémur, on voit qu’il laisse marcher ses malades après 5 ou 6 jours.
En 1835, frappé des incertitudes de la pratique et des conséquences fâcheuses qui en résultent pour un bon nombre de luxations, j’avais essayé d’asseoir le traitement consécutif sur des bases plus rationnelles, en considérant la réunion des ligaments déchirés comme le but et le terme d’une guérison complète. Quel temps fallait-il pour cette réunion ? Les faits directs manquaient alors encore plus qu’aujourd’hui; mais, en considérant le temps nécessaire pour la consolidation des luxations de la clavicule et pour la réunion des tendons faisant office des ligaments, comme le tendon et le ligament de la rotule, j’en déduisais la nécessité de tenir les articulations en repos, au membre supérieur, pendant 40 jours, et pendant deux mois au membre inférieur. Les luxations ancien-