‹ Traité des fractures et des luxationsChapitre 23 sur 88 · LUXATIONS COMPLIQUÉES DE LÉSIONS DES VAISSEAUX ET DES NERFS · texte numérisé non relu

LUXATIONS COMPLIQUÉES DE LÉSIONS DES VAISSEAUX ET DES NERFS

Que si cependant le fragment détaché est d’une importance moindre pour la solidité et les mouvements de l’article, comme le trochiter, j’avoue que je m’inquiète fort peu qu’il se réunisse par un cal osseux ou fibreux, et je me comporte absolument comme dans les luxations simples. Je n’ai pas suivi mes blessés assez longtemps pour déterminer d’une manière positive ce que l’articulation peut y perdre de force ; je crois pouvoir dire au moins qu’elle n’y perd rien en mobilité. M. Maisonneuve ayant observé que le trochiter, après la réduction, reste fort éloigné de son point d’arrachement, et ne revient au contact que si l’on élève le bras à angle droit, en avait conclu que cette attitude devrait être maintenue tout le temps nécessaire à la consolidation de la fracture. Cela serait fort difficile,, et, d’après ce que je viens de dire, n’aurait pas grande utilité.

§ XVII. — Des luxations compliquées de lésions des vaisseaux et des nerfs.

Je ne m’occuperai pas ici des lésions des viscères qui se rattachent à certaines luxations déterminées du tronc, et trou-, veront leur place dans l’histoire de ces luxations. Quant aux lésions des vaisseaux et des nerfs, il est bien entendu qu’il ne s’agira plus des accidents déterminés par les efforts de réduction, mais seulement des complications primitives, ou directement produites par la cause vulnérante, ou qui sont le fait de la luxation même.

Dans ces conditions, les lésions des vaisseaux sont fort rares. En général, il y a en même temps une rupture des téguments. Cependant A. Cooper rapporte un cas où l’artère poplitée était tellement comprimée par une luxation des condyles du fémur en arrière , que les pulsations manquaient à la pédieuse ; elles reparurent après la réduction. J’ai vu moi-même une légère lésion de cette artère, reconnue à l’autopsie. Dans une luxation sous-coracoïdienne observée par A. Bérard, l’absence du pouls, fut pareillement constatée avant toute tentative de réduction ; mais le résultat fut moins heureux ; le

DES UüXATlOflS.

vaisseau demeura oblitéré; la gangrène envahit plusieurs doigts, et finalement le sujet succomba *.

Partout ailleurs, la luxation était compliquée de plaie. Boyer en cite un exemple pour le coude, et S. Cooper un autre, d’après Abernethy ; au genou, Turner en a disséqué deux cas*; enfin, pour le coude-pied, A. Cooper a rapporté un cas de rupture de la tibiale postérieure, et, un autre de la tibiale antérieure, où la ligature pratiquée sur le bout supérieur ne saurait laisser aucun doute; il en a quatre ou cinq autres où de pareilles lésions semblent attestées par l’hémorrhagie.

Comment se produisent ces ruptures ? Quelquefois c’est l’os luxé qui, poussant l’artère devant lui, la distend assez fortement pour la rompre ; et ce mécanisme paraît manifeste, surtout dans les luxations du coude et du genou. D’autres fois, l’artère semble bien avoir été tiraillée, mais uniquement à raison de la position forcée du membre, et sans action directe de l’os luxé ; ainsi, dans le cas de Sandfort, rapporté par A. Cooper, le tibia s’était luxé en dedans de l’astragale , et l’artère tibiale antérieure avait été rompue ; dans un autre de Green, communiqué au même auteur , la tête de l’astragale était luxée en dedans du scaphoïde, et l’artère tibiale postérieure s’était déchirée. Peut-être ce mécanisme est-jl aussi applicable aux ruptures de l’artère axillaire dans les luxations scapulo-humérales ; du moins est-il certain que la distension du membre est la cause la plus fréquente de cet accident dans les manœuvres de réduction. Mais il se peut aussi que la simple commotion sur une artère moins résistante en détermine la rupture; Syme a bien eu à lier la sous-clavière pour un anévrisme faux primitif de l’axillaire, produit par une chute sur l’épaule, sans fracture ni luxation 3.

Les lésions artérielles sont loin d’être uniformes. Quelquefois la rupture ne porte que sur les tuniques internes, l’externe demeurant intacte. Dans un cas de luxation du genou avec plaie, pour laquelle on avait pratiqué l’amputation immédiate trois heures après l’accident, Turner trouva l’artère poplitée

* Nélaton, Pathol, chir. , t. II, p. 368; — Morel-La vallée, thèse citée, p. 27.

s Turner, Ediriburgh medico-chir. Society' s Transactions, vol. III, p. 308.

5 Morel-Lavallée, loc. citât .

Page 1