‹ Traité des fractures et des luxationsChapitre 33 sur 88 · DES LUXATIONS DES COTES ET DE LEURS CARTILAGES · texte numérisé non relu

DES LUXATIONS DES COTES ET DE LEURS CARTILAGES

Les côtes se luxent sur les vertèbres ; et l’on admet aussi des luxations de leur extrémité antérieure sur leur cartilage, ce qui demande à être examiné. Puis les cartilages inférieurs se luxent l’un sur l’autre ; et enfin ils peuvent aussi se détacher du sternum.

g I. — Luxations vertébro-costales.

A. Paré, le premier, a parlé des luxations de ce genre, dont il admettait trois espèces : en haut, en bas et en dedans. Buttet, au dix-huitième siècle, rejeta d’abord les luxations en haut et en bas ; et, d’après des considérations théoriques, conclut qu’il n’y avait guère de sujettes à se luxer que les quatre ou cinq dernières des vraies côtes et les deux ou trois premières des faussés *. Il avait cru cependant observer une luxation de la 6e côte; Boyer, plus sévère que de coutume, pensa qu’il s’agissait là d’une fracture simple, et raya de son livre toute luxation de ce genre. Des faits précis sont venus depuis en démontrer la réalité. On compte jusqu’à présent six de ces observations.

La première en date est de Henkel. Un jeune homme, par suite d’une chute dans une fosse d’argile, resta paralysé des membres inférieurs, avec une tumeur du volume du poing vers la 12e vertèbre dorsale. II alla d’abord assez bien ; et le 14e jour, la tumeur ayant diminué, on reconnut un déplacement latéral d’une vertèbre et une luxation de la 11e côte. Il mourut le lendemain. A l’autopsie, outre des fractures de la IIe vertèbre et de la 12e côte de chaque côté, on trouva en effet la 1 Ie côte gauche luxée a.

Un second cas fut communiqué en 1839 par M. Boudet à la Société anatomique. Un homme de 32 ans était tombé d’une

* Buttet, Mém. sur la luxât, des côtes; Acad, royale de chir., t. IV, p. 573.

* Gazette médicale, 1834, p. 187.

DES LUXATIONS DES CÔTES ET DE tJORS JC&KTILAGËS. - 393

hauteur de 90 pieds et mort sur le coup. Entre autres lésions découvertes à l’autopsie, — « la 4e côte gauche avait basculé d’arrière en avant et de dehors en dedans; et sa tête, sans aucune trace de fracture, avait déchiré la plèvre et le poumon. C’était une véritable luxation ; seulement, il y avait fracture de l’apophyse transverse correspondante1. »

Presque en même temps, Alcocken rencontrait un troisième en Angleterre, sur un ouvrier tombé du haut d’une maison et mort le 15e jour. Il y avait fracture des apophyses épineuses des 6e et 7e vertèbres dorsales ; de plus , les 6e, 7e et 8e côtes étaient fracturées et luxées à la fois, leurs têtes se trouvant entièrement expulsées de leurs cavités articulaires Enfin, en 1841, deux autres cas furent communiqués à la Société chirurgicale de Dublin. Dans le premier, il s’agit d’un enfant de 11 ans, atteint dans le dos par une motte de terre violemment lancée. Il put se relever et marcher; mais, au 7e jour, il était paraplégique ; et le 9e il fut porté à l’hôpital. A gauche du rachis, se voyait une tumeur d’un pouce de large, de trois quarts de pouce de saillie, et étendue dans la direction de la tête et du col des trois ou quatre dernières côtes. Les 10e et 1 Ie côtes paraissaient déprimées, ce qui fit soupçonner une luxation ou une fracture. Un abcès survint et fut ouvert ; le sujet succomba le 15e jour. En mettant à nu le foyer, on reconnut qu’une sonde pouvait glisser entre les têtes des côtes et les vertèbres. Les 10e et 11e côtes étaient effectivement luxées en avant: la première d’une manière complète, la seconde à un moindre degré. Les ligaments costo- transversaires de la 10e côte étaient complètement déchirés, et son déplacement tel qu’on pouvait porter le bout du doigt entre sa surface articulaire et la cavité de réception de la vertèbre.

Dans le dernier cas, une jeune fille avait été écrasée sous l’écroulement d’un toit. Au bas du rachis existait une tumeur, et à côté, une dépression correspondant à l’articulation des deux dernières côtes gauches. On les trouva en effet complètement luxées, les ligaments costo-vertébraux et costo-transversaires rompus, et les deux têtes costales reposant sur la partie anté-

! Bullet. de la Soc. anatomique, 1839, p. 104. s Gazette des hôpitaux, 1839, p. 390.

ricure des vertèbres. Il n’y avait pas de fracture concomitante1.

De ces observations, présentées avec une pénurie de détails bien regrettable, il semble résulter du moins que, contre les prévisions théoriques de Buttet, ce sont les dernières fausses côtes qui sont le plus exposées à se luxer. Les causes sont toujours directes, chutes ou chocs extérieurs ; les phénomènes observés se bornent à une dépression au niveau des articulations luxées ; dans le dernier cas, on ajoute qu’en agissant sur l’extrémité antérieure des deux dernières côtes, on imprimait aisément à leurs têtes un mouvement de quelque étendue en dedans.

Maintenant, est-il possible de reconnaître sur le vivant uiie luxation des côtes? Deux chirurgiens ont osé porter ce diagnostic: Buttet dans le dernier siècle, et Kennedy dans celui-ci.

Le malade de Buttet était un voiturier qui avait été renversé avec violence sur la roue d’une voiture. Deux jours après, Buttet le trouva avec une fièvre, une toux et une oppression considérables. Entre le rachis et l’angle inférieur de l’omoplate droite, existait une contusion dont le centre répondait à l’angle de la 6e vraie côte. Le gonflement rendait l’exploration très-difficile; cependant, à la fin, en comprimant avec la main droite l’extrémité antérieure des côtes, tandis que la gauche appuyait sur les vertèbres dorsales, la sixième côte fît un mouvement accompagné d’un bruit très-distinct et sensible à l’ouïe. Ce mouvement et ce bruit se répétèrent plusieurs fois au moyen du même procédé. Buttet crut d’abord à une fracture, et appliqua un bandage qui pressait sur la côte. Ce bandage exaspéra les accidents, au point que le blessé fut forcé de l’enlever. Buttet, rappelé de nouveau, constata que le mouvement et le bruit de la côte se reproduisaient , soit quand lé sujet faisait effort pour se mettre sur son séant, soit quand il toussait. Il se décida alors pour la luxation, appliqua un bandage qui pressait spécialement cette fois d’une part sur le bout antérieur de la côte, d’autre part sur les apophyses transverses des vertèbres au même niveau ; dès lors il n’y eut plus ni mouvement de la côte, ni bruit ; tous les accidents diminuèrent,

1 Arch. gèn. de mèd., 1841, t. XI, p. 99 ; — et Gaz. médicale, 1841, p. 409. — Dublin med. Press., fév. et mars 1841.

Page 1