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DES LUXATIONS DES CÔTES ET DE LEURS CARTILAGES

et, te 20e jour, le malade était en état de faire un voyage, en conservant toutefois son appareil.

On est surpris de voir Buttet se décider si légèrement, lorsque, de son propre aveu, il était impossible de s'assurer du déplacement de la côte par la vue ni par le tact; et il y a lieu d'être étonné bien plus encore que l’Académie de chirurgie ait paru sanctionner ce diagnostic. Comme l’a bien dit Boyer, il n’y a pas autre chose là que les phénomènes d’une fracture directe.

Kennedy y a mis au moins plus de rigueur. Un jeune homme de 20 ans assistait à une course de chevaux, quand l’échafaud sur lequel il était placé s’écroula ; il fut renversé, et une portion de l’échafaud tomba sur lui pendant qu’il cherchait à se relever. Visité par Kennedy, avec les docteurs Donnell et Hutton, il se plaignait surtout de la région lombaire. Cette région était le siège d’une vaste ecchymose ; de plus, à l’examen, on trouva un creux bien sensible à la place occupée par la tête des deux dernières côtes, et une pression exercée sur leur extrémité antérieure faisait distinctement mouvoir le bout postérieur, sans crépitation aucune. D’un avis unanime, on diagnostiqua une luxation en bas et en avant des deux dernières côtes, et l’on appliqua un bandage autour du thorax avec une compresse à la partie antérieure pour les remettre et les maintenir en place. Trois semaines suffirent pour les consolider dans leur position naturelle *.

Avec des phénomènes aussi tranchés, le diagnostic semble échapper à toute contestation, à part peut-être la direction en bas de la luxation, qui ne ressort pas nettement des symptômes. Le bandage autour du thorax était pour immobiliser les côtes; mais qu’espérait-on de la compresse placée en avant, lorsque précisément les deux dernières côtes échappent entièrement à son action ?

g IL — ïiuxations des côtes sur leurs cartilages.

Quelques écrivains ont admis ces prétendues luxations, qui consisteraient dans un décollement exact des surfaces d’union de la côte et de son cartilage. Assurément il n’y a rien là d’im-

‘ Gazette médicale, 1841, p. citée.

possible-, mais il serait bon d’en démontrer pourtant la réalité. Je n’en connais jusqu’à présent que quatre exemples.

Le premier a été rapporté par Chaussier, et s’est produit avec des circonstances singulières. Un officier, âgé de 48 ans, atteint d’une toux fatigante revenant par accès, se fit d’abord, dans un effort de toux, une hernie du poumon à gauche, entre les huitième et neuvième côtes; et, un an après, une seconde hernie à droite, entre la 7e et la 8e, au niveau de leurs jointures avec leurs cartilages. Les deux hernies étaient accompagnées d’une solution de continuité que les premiers médecins qui la virent appelaient un diastasis des côtes; c’est-à-dire qu’à gauche, la 8e côte était séparée de son cartilage ; quand on la soulevait ou qu’on lui imprimait des mouvements, on trouvait en ce point une grande mobilité, et l’on y distinguait une sorte de crépitation occasionnée par le frottement des deux surfaces. A droite, c’était la 7e côte qui avait souffert cette disjonction, et le malade y ressentait également une crépitation quand il toussait

S. Cooper a mentionné un second cas, sans dire où il l’avait puisé. Une pression violente sur la poitrine avait séparé toutes les côtes de leurs cartilages. C’est à peine si, dans ces termes, on conçoit la possibilité d’une semblable lésion.

Le troisième appartient à M. Bouisson. Un paysan était monté sur un âne qui le jeta par terre et lui appuya le pied sur la poitrine, du côté droit ; à l’instant même, le blessé eut la sensation d’une déchirure accompagnée d’une douleur assez vive. Le blessé alla immédiatement consulter M. Bouisson, qui trouva le 4e cartilage déprimé en arrière et en bas; l’extrémité correspondante de la côte faisait une légère saillie en dehors, sans aucune inégalité qui permît de supposer une fracture. En faisant faire au malade une forte inspiration, le cartilage remontait#, sa place, et se luxait de nouveau pendant l’expiration. Après l’avoir réduit à l’aide d’une inspiration, M. Bouisson appliqua utf bandage de corps serré pour immobiliser les côtes ; le sujet guérit parfaitement et sans conserver aucune trace de son accident 2.

1 Bulletin de la Faculté, 1814, p. 50.

. * Revue médico-chirurgicale, t. XI, p.47-

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