UES LUXATIONS DES COTES ET DE LEURS CARTILAGES
Enfin M. de Kimpe en a rapporté récemment un dernier exemple. Un commis-voyageur, précipité de son cheval, alla heurter contre l’angle d’une borne kilométrique ; de là une vive douleur avec ecchymose ; et M. de Kimpe, appelé une heure après, trouva le 5e cartilage du côté gauche enfoncé sous la côte qui chevauchait sur lui et faisait une saillie assez prononcée sous les téguments. Les mouvements respiratoires agissaient sur les deux fragments de manière à les mettre en rapport dans une forte dilatation du thorax. Le chirurgien profita de cette circonstance, et la réduction ainsi faite, il essaya de la maintenir à l’aide d’un bandage fortement serré, renforcé par des tours de bandes amidonnées. L’appareil fut enlevé au bout de trois semaines ; le cartilage paraissait réuni avec les deux tiers inférieurs de la facette articulaire de la côte ; et il n’y avait plus aucune gêne de la respiration *.
Quelle est maintenant la signification réelle de ces faits ? M. Bouisson a bien pris ses précautions pour ne pas être induit en erreur par une fracture de la côte, mais il ne paraît pas avoir soupçonné qu’il aurait pu avoir affaire à une simple fracture du cartilage. M. de Kimpe, plus en garde, s’est assuré que le fragment qui adhérait au sternum avait la même longueur que les cartilages voisins. Cela suffit-il ? Cette mensuration est-elle bien exacte ; et que prouverait-elle si le cartilage s’était rompu à quelques millimètres de la côte, ce qui est beaucoup plus facile que la disjonction? Du reste, cette disjonction eût-elle réellement lieu, elle se comporterait encore absolument comme une fracture. Je renverrai donc au chapitre des fractures des cartilages pour compléter l’histoire de ces prétendues luxations.
g III, — Luxation des cartilages l’un sur l’autre.
Les cartilages des 6e, 7e et 8e côtes s’articulent d’ordinaire entre eux par leurs bords correspondants, à l’aide d’une surface oblongue, lisse, supportée par un renflement spécial du cartilage ; véritable arthrodie, avec une synoviale et des ligaments extérieurs. Quelquefois on trouve aussi une pareille articulation entre la 5e et la 6e, comme entre la 8e et la 9e.
1 Annales de la chirurgie, t. IX, p. 316.
Martin, de Bordeaux, a observé une luxation de cette articulation dans les circonstances suivantes. Un vieillard de 70açs9 badinant avec un de ses petits-fils, fut renversé en arrière sur le dos d’une chaise, les jambes pendantes sur le siège, la tête renversée et soutenue ainsi par un mur voisin. Dans un efforf qu’il fît pour se dégager, de celte position, il sentit à la poitrine un craquement très-douloureux, et Martin fi»t appelé peu de temps après. — « Malgré le gonflement alors existant des t@* guments qui recouvrent les cartilages des trois dernières vraies côtes du côté droit, je vis distinctement, dit-il, qu’une élévation de ces cartilages rendait ce côté de la poitrine beaucoup plus saillant que l’autre, et qu’on pouvait avec la plus grqride jqçilitè passer la main par-dessous ces cartilages ainsi élevés. » II se borna à appliquer sur les cartilages saillants des copipresses soutenues par un bandage de corps; un mois après, l’appareil fut levé ; il restait bien une saillie, mais moindre qq’avant l’application du bandage, et qui n’empêcha pas le malade de reprendre son métier de menuisier \
D’après la description de Martin, il semblerait que la luxation portait sur les cartilages saillants ; Boyer, qui a vu un fait semblable dans des circonstances analogues, a été frappé aussi de la saillie du cartilage supérieur, mais il à bien vu que c’était l’inférieur qui se luxait en arrière. J’ai observé moi-même une luxation de ce genre ; en voie! les principaux détails.
Un contre-maître d’une usine à gaz, dirigeant les réparations d’une chaudière à vapeur, en soulevait la calotte avec un levier sur lequel il pesait de la main gauche, le tronc incliné de ce côté. Dans un effort violent, il sentit sous le sein gauche un claquement avec une vive douleur qui l’empêcha d’abord de se redresser ; la luxation fut d’ailleurs méconnue ; et ce ne fut que neuf ans après qu’elle frappa l’attention de M. le docteur Léger, qui désira avoir mon avis. Les cartilages des 7e, 8e et 9e côtes étaient déprimés au-dessous du niveau du cartilage de la 6e qui faisait une saillie considérable -, et plus bas la 10e côte un peu relevée figurait le rebord inférieur d’une gouttière dont ils occupaient le fond. La peau formait un pli très-prononcé dans cette gouttière. Les trois côtes déprimées
1 Journal de médecine de Vandermonde, 1780, t. LIV/p. 328.
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étaient rapprochées et comme imbriquées l’une sur l’autre, leurs espaces intercostaux ayant presque disparu en avant ; et comme dernière preuve qu’elles étaient bien enfoncées, c’est que l’intervalle de la ligne blanche au rebord libre des cartilages, au niveau de la 6e côte, allait à 5 centimètres et demi à droite, et seulement à 4 centimètres à gauche. La poitrine, se dilatait moins à gauche dans l’inspiration ; et bien que le sujet ne ressentît plus aucune douleur, il avait la démarche un peu cassée et le tronc incliné en ayant de ce côté.
Ôn voit là les conséquences de la luxation abandonnée à elle-même. Lorsqu’elle est récente} il suffit, selon Boyer, de presser sur le cartilage saillant pour le remettre en place, et du repos et de compresses trempées dans une liqueur résolutive pour l’y consolider. Le fait de Martin montre pourtant que la contention n’est pas toujours si facile ; et l’on .voit que de nouvelles observations ne seront pas inutiles pour éclairer un peu mieux l’histoire de cette curieuse luxation.
§ IV. — taxation des cartilages sur le sternum.
Je n’en connais que quatre exemples. Ravalon, le premier, a vu le. cartilage de la 4e côte gauche luxé en avant, chez un vieillard de 72 ans, probablement tombé étant ivre. Il le repoussa en arrière et le maintint avec des compresses graduées et un bandage roulé. Il y eut de vives douleurs, du crachement de sang, de la fièvre ; le cartilage se déplaçait souvent avec un bruit assez sensible 5 enfin ce déplacement cessa vers le 15e jour; et au bout d’un mois, le malade roulait sa brouette. Manzotti en a publié un autre cas en 1790 ; les cartilages des 4e, 5eet 6e vraies côtes étaient luxés en avant et faisaient saillie sur le sternum. Il les réduisit en plaçant sous Je dos des oreillers qui soulevaient la poitrine et courbaient le tronc en arc; la guérison demanda un mois. Monteggia dit avoir vu aussi iui-même la luxation d’un cartilage d’une vraie côte en ayant; la pression le faisait rentrer à sa place avec un craquement sensible.
Enfin, Ch. Bell rapporte *e fait suivant : — « Un jeune homme s’exerçant avec les dumb bells, et jetant ses bras en arrière, sentit quelque chose se rompre dans sa poitrine ; c’était un des cartilages des côtes qui s’était luxé et faisait saillie en avant.
Pour le réduire, nous fîmes faire au patient une inspiration profonde, et avec les doigts nous refoulâmes le cartilage à sa place. Nous appliquâmes une compresse et un bandage; mais la réduction est difficile à maintenir. »
Cette luxation serait facilement maintenue par l’application d’un bandage herniaire , ainsi que j’ai fait pour une fracture d’un de ces cartilages. Yoir 1. 1, p. 446.