‹ Traité des fractures et des luxationsChapitre 37 sur 88 · ART. II. — LUXATIONS DU CARTILAGE XIPHQÏDE · texte numérisé non relu

ART. II. — LUXATIONS DU CARTILAGE XIPHQÏDE

L’histoire de cette affection remonte assez avant dans le seizième siècle. Dès 1575, A. Paré en parlait comme d’une lésion vulgairement admise, et après l’avoir niée d’abord, il avait fini par concédèr que le cartilage était parfois relasché et avachi de manière à simuler la disjonction, au point même qu’il pouvait être redressé avec la main2 3. En 1603, Codronchi se fit l’historien de cette luxation, sans l’avoir jamais vue5; en sorte que jusqu’alors elle pouvait encore être révoquée en doute. Mais si l’on en croit des observations ultérieures, le déplacement du cartilage xiphoïde aurait été rencontré dans les trois conditions des luxations les plus communes, traumatique, pathologique et congéniale.

1° Luxations traumatiques. — J’en ai trouvé deux cas. Le premier, communiqué en 1737 par Martin à l’Académie des

1 The London Med. and Surg. Journal, 1835, vol. VII, part, il, p. 577.

2 A. Paré, édit. Malgaigne, t. I, p. 175.

3 De morbo nom, prolapsu nempe cartil. mucronatœ libellas ; Bon,, 1603.

sciences, concerne un jeune homme de 18 ans, sujet à de fréquents vomissements depuis qu’il avait reçu un coup qui lui avait enfoncé le cartilage xiphoïde. Tous les remèdes avaient été inutiles, lorsque Martin s’avisa de saisir ce cartilage entre deux doigts et de le ramener à sa place ; la réduction se fît même avec une sorte de petit craquement1.

Le second ne remonte pas plus haut que 1804. Un matelot de 19 ans tomba sur le banc d’un canot, dont le bord porta sur l’épigastre. De là une violente douleur à l’estomac, avec dyspnée et vomissements ; et pendant vingt-cinq jours, il ne put avaler la moindre quantité de liquide sans la vomir aussitôt. Enfin, un examen minutieux fît apercevoir une légère dépression à l’épigastre, et reconnaître que l’appendice xiphoïde était renversé en dedans. Toutefois, comme on ignorait si cette disposition n’était pas congéniale, on resta encore neuf jours sans rien faire \ mais la continuation dés accidents menaçant d’une mort prochaine et inévitable, Billard, chirurgien en chef de la marine, proposa de redresser le cartilage par une opération. Quatre consultants y adhérèrent 5 en conséquence, il fit au côté droit de l’appendice une incision qui pénétra dans le péritoine, et glissa sous le cartilage un crochet plat et mousse, à l’aide duquel il le ramena à sa direction naturelle. A l’instant, le malade se déclara soulagé, les vomissements cessèrent ; le 30e jour après l’opération, la plaie était cicatrisée, et le malade reprit son embonpoint et la santé la plus parfaite 2.

2° Luxations 'pathologiques. — Admises déjà par A. Paré, c’est de celles-ci également que Codronchi entendait parler, quand il les disait plus communes chez les femmes que chez les hommes. Les symptômes étaient : de la pesanteur à l’épigastre, de la dyspnée, de vives douleurs après le repas, et souvent des vomissements, etc. Il est permis de croire que plus d’une fois l’appendice xiphoïde a été accusé sans cause; ainsi, Olaüs Borrichius dit avoir vu trois femmes atteintes d’incurvation de ce cartilage, et il se loue particulièrement en pareil cas des émétiques, de l’emplâtre de soufre, etc. 3- Assurément,

1 Acad, des sciences, 1737, histoire, p. 48.

2 Journal gén. de médecine, t. XXII, p. 263.

5 Acta hafniensia, • —

de tels remèdes n’auraient rien pu contre une pression mécanique.

Ajoutez que l’incurvation peut provenir d’un vice de conformation sans luxation d’aucune espèce. Tout récemment, M. Linoli a prétendu avoir constaté par l’autopsie, que la déviation de l’appendice avait été la cause, chez deux sujets, d’une ulcération de l’estomac, chez un troisième, d’une dépression du foie; et finalement, s. 1 jeune homme de 22 ans qui souffrait depuis longtemps une cardialgie rebelle, il tenta la résection de l'appendice , qui en effet guérit le malade. Dans ce dernier cas du moins, il n’y avait pas de déplacement articulaire, mais une simple flexion de l’appendice résultant d’un vice de conformation *.

Il résulte de ce qui précède que la luxation pathologique, seule admise par Paré, est précisément celle dont la réalité est le plus douteuse.

3° Luxation congéniale . — Observation unique rapportée par Seger. Une femme, enceinte de 5 mois accomplis, fit une chute qui lui luxa l’épaule. Elle accoucha juste quatre mois après, d’un enfant bien conformé ; mais, en l’examinant un peu après avec plus de soin, elle remarqua une mobilité anormale du cartilage xiphoïde, surtout quand l’enfant avait le hoquet, auquel il était fort sujet. Seger,. appelé, reconnut en effet que le cartilage était séparé du sternum de la largeur du petit doigt. Il prescrivit des topiques qu’on n’appliqua point; et, au bout d’une année, le cartilage était revenu peu à peu à sa place, et s’était solidement réuni au sternum2.

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