‹ Traité des fractures et des luxationsChapitre 41 sur 88 · DES LUXATIONS “SCAPULO-HD MER A LES · texte numérisé non relu

DES LUXATIONS “SCAPULO-HD MER A LES

tielle en haut , sans luxation traumatique préalable, et par le seul effet d’une scapulalgie mal traitée. Serait-ce aussi une scapulalgie qui aurait amené les mêmes phénomènes après la réduction de luxations antérieures ? Dans le cas de J. G. Smith que je viens de citer, de nombreuses bandes de tissu fîbroligamenteux organisé traversaient en divers sens la cavité articulaire; il y avait donc eu là une inflammation évidente. Mais le problème est trop ardu pour le résoudre avec des faits si incomplets et si rares : je le signale seulement à l’attention des observateurs futurs.

L’arrachêment du trochiter n’influe pas d’ailleurs sur les procédés à suivre pour la réduction, et accroît peu la difficulté de la réduction, au moins pour les luxations récentes. Peutêtre pour les anciennes en serait-il autrement; mais les faits manquent pour en dire plus. Après la réduction, il n’y a pas non plus d’indication spéciale5; et la seule chose à faire est de combattre l’inflammation, et de pourvoir, comme dans les luxations simples, au rétablissement des mouvements du bras.

2° L'écrasement du trochiter ou d'une portion de la tête humérale est plus rare ; j’en ai cité quelques exemples à l’occâsion des luxations sous-coracoïdiennes incomplètes et intràcoracoïdiennes. Il me paraît d’ailleurs impossible de le constater sur le vivant, sauf peut-être dans des circonstances exceptionnelles, et j’ignore également quelles en peuvent être les conséquences après la réduction.

3° Fracture du col anatomique ou séparation de la tête humérale. — Cette lésion, fort rare, mérite une mention spéciale,, attendu que la tête de l’humérus, isolée ou à peu çrès de toutes les parties molles, semble ne pouvoir plus être considérée que comme un corps étranger. Il n’en est cependant pas ainsi, et elle continue à vivre, au moins dans la majorité' des cas.

La cause de l’accident a toujours été une chute, probablement sur l’épaule ; mais les renseignements sont générale-

1 A. Cooper, qui n’a vu cette lésion que sur une pièce anatomique, allègue hardiment que la séparation du trochiter rend la réduction plus facile, parce que les muscles sus et sous-épineux ne font plus de résistance ; mais qu’elle est plus difficile à maintenir. Tout cela est de pare imagination.

ment fort obscurs à cet égard ; et une fois même la chute paraît avoir eu lieu sur le coude écarté du tronc *.

Sur huit cas à moi connus, deux, fois la tête s’était échappée en arrière -, quatre fois dans l’aisselle, au côté interne ou en arrière de l’apophyse coracoïde ; deux fois sous la clavicule. Nous allons d’abord étudier la manière dont elle se comporte au sein des tissus.

Houzelot a disséqué une luxation de ce genre, datant de 12 jours. La tête, exactement séparée au col anatomique, s’était échappée par une déchirure de la portion postérieure de la capsule ; la surface fracturée reposait sur la fosse sous-épineuse, la calotte articulaire recouverte par le sous-épineux ; aucun muscle n’était rompu ; le sous-scapulaire, les sus et sous-épineux et petit rond se rendaient à l’ordinaire aux deux tubérosités restées intactes et continues avec le corps de l’os,et la surface fracturée de celui-ci répondait à la cavité glénoïde. Le long tendon du biceps même était intact ; seulement il était flasque , comme ayant un excès de longueur. Il n’y avait encore aucun travail de réunion ; loin de là, on apercevait déjà quelques foyers purulents épars 2.

• M. Lallemand en a vu une autre au 38e jour. La tête s’était logée au-dessous de la clavicule, vis-à-vis le bord supérieur du petit pectoral 5 déjà l’on apercevait sur cette tête une fausse membrane qui commençait à prendre l’aspect d’une synoviale. Ici le tendon du biceps était rompu ; le trochiter brisé en deux avait été arraché par ses muscles ; et le corps de l’os surmonté seulement de sa petite tubérosité était en conséquence remonté à une grande hauteur s.

Un troisième cas, datant de deux mois, fut montré par Travers à Amesbury. La tète était logée dans l’aisselle ; les deux tubérosités arrachées et tirées dans des directions opposées, et l’os raccourci d’autant était remonté jusqu’au contact del’acromion. Il n’y avait nulle trace d’un travail réparateur.

J’ai vu moi-même un cas terminé par la suppuration et la mort au bout de deux mois. Le sujet, d’une intelligence trèsaffaiblie, ne pouvait dire comment l’accident était survenu , le

1 Lenoir, Gazette des hôpitaux, 1851, p. 291.

2 Delpech, Chin clinique de Montpellier, 1. 1, p. 234.

3 Èphém. méd. de Montpellier, et Clinique des hôpitaux, 19 mai 1827.

DES LUXATIONS SCÀPULO-HÜMÉR ALES .

gonflement seul donna l’idée d’examiner l’épaule; les uns crurent à une fracture du col huméral, les autres à une luxation qu’on essaya de réduire, et les efforts de réduction déterminèrent un craquement après lequel on crut la luxation réduite. Mais il fallut bientôt reconnaître qu’on s’était trompé ; le gonflement s’accrut, un vaste abcès se forma, et ce fut dans cet état que je le vis 15 jours avant sa mort. Je reconnus pourtant la tête de l’os au-dessous de la clavicule, et le raccourcissement du bras et la mobilité de la diaphyse semblaient accuser clairement une fracture du col chirurgical ; seulement la dépression sous-acromiale, moins profonde que de coutume, me fit penser qu’une partie de la tête occupait encore la cavité glénoïde. L’autopsie montra la tête séparée au col anatomique (voyez pl. XXI, fig. 5 et 6); mais la fracture comminutive avait brisé aussi le col chirurgical, et les fragments, reliés entre eux par un cal exubérant, occupaient en grande partie la cavité glénoïde. Les deux tubérosités avaient disparu 5 les tendons qui s’y insèrent étaient ossifiés et privés de leurs attaches’. Toutefois la tête, fort hypertrophiée, était recouverte de plaques osseuses saillantes et inégales ; on voit même, fig. 6, une bande fibreuse, peut-être un bout de tendon inséré à une saillie osseuse enfoncée dans le tissu spongieux de la surface fracturée, et qui s’y est consolidée. Bien plus, vers le sommet de la tête (fig. 7) s’aperçoit une bride de tissu cellulaire qui y a contracté des adhérences; en sorte qu’au total cette tête isolée avait conservé une vita lité fort énergique. J’ajouterai que l’apophyse coracoïde était brisée en plusieurs fragments.

Il y a cependant quelques lacunes dans l’autopsie telle qu’elle a été donnée par M. Manzini. Un autre cas, observé par M. Lenoir, permet mieux de comprendre comment la tête continue à vivre. Le sujet était une femme de 83 ans qui succomba, plus de trois mois après sa chute, à des accidents cérébraux. La tête humérale, projetée sur la troisième côte, après avoir éprouvé un mouvement de bascule qui avait tourné sa face articulaire en avant, était maintenue dans cette position par une portion de la capsule articulaire qui lui adhé-

5 Bulletin de la- Soc, anatomique, 1840, p. 227.

rait encore ; cependant elle était bien séparée à son col anatomique ; et d’ailleurs, comme dans le cas précédent, il y avait en même temps fracture du coi chirurgical.

Enfin, A. Cooper a donné la description de deux pièces anatomiques se rapportant à des luxations anciennes, mais sans date précise '. Sur l’une de ces pièces, la tête reposait dans l’aisselle sur le muscle sous-scapulaire et la côte de l’omoplate, au-dessous et en dedans de l’apophyse coracoïde ; elle était entourée d’une capsule de formation nouvelle, et réunie par une petite languette osseuse au corps de l’humérus. L’humérus était appliqué sur la cavité glénoïde, avec laquelle il était uni par une pseudarthrose fibreuse ; d’ailleurs nulle autre lésion, à part la rupture du long tendon du biceps. Sur l’autre pièce, la tête placée derrière l’apophyse coracoïde était fermement réunie à la face interne de l’omoplate. Aucun tendon n’avait subi de rupture ; le trochiter était hypertrophié, et l’humérus était retenu par l’ancienne capsule sur la cavité glénoïde, à laquelle il était uni par une substance fibreuse.

A quels signes' reconnaître une semblable lésion P Le gonflement souvent énorme, la rareté d’une lésion à laquelle on ne s’attend point, enfin la nature équivoque des symptômes rendent suffisamment compte des erreurs commises; etM. Lenoir, par exemple, avait diagnostiqué tout simplement une fracture du col chirurgical. L’observation qui suit indiquera cependant les principales données de ce diagnostic.

Un homme de 45 ans tomba de son lit sur l’épaule gauche et ressentit aussitôt une vive douleur. Un médecin appelé reconnut une luxation, fit faire des extensions par trois aides, puis recommanda de garder le lit, l’avant-bras fléchi. Le muscle ne reprit pas ses mouvements, et le malade vint me consulter onze mois après son accident. Le moignon de l’épaule était aplati ; mais, en plongeant les doigts sous l’acromion, on était bientôt arrêté par une saillie osseuse qui recouvrait la cavité glénoïde, et qui faisait suite évidemment au corps de l’humérus. En arrière, à d5 millimètres au-dessous de l’angle postérieur de l’acromion, on sentait une autre saillie demi-sphérique, d’environ 5 centimètres de diamètre, qui semblait appli-

1 Guy’s Hospital Reports, vol. IV, p. 273 et 275.

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