‹ Traité des fractures et des luxationsChapitre 5 sur 88 · DES LUXATIONS NON REDUITES · texte numérisé non relu

DES LUXATIONS NON REDUITES

la jambe est inclinée en dehors, la diminution des os du pied serait encore moins considérable.

« Mais à ceux qui ont la hanche luxée, c’est le fémur, plus proche de la lésion, qui ne prend point son accroissement régulier, et qui devient plus court que celui de l’autre côté. Toutefois, ni les os de la jambe, ni les os du pied ne sont empêchés dans leur développement ; ce qui provient de ce que les jointures du genou et du pied ont gardé leurs rapports naturels ; seulement, les chairs de tout le membre sont moins développées. Et si les blessés pouvaient se servir de leur membre, les os prendraient plus d’accroissement encore , ainsi que j’ai dit tout à l’heure (à l’exception du fémur), et les chairs seraient mieux nourries, bien que toujours beaucoup moins qu’au membre sain. Nous en avons un exemple dans ceux qui, dès la naissance, ou avant d’avoir atteint leur développement complet, ont eu le bras luxé, et en gardent ce que l’on appelle le coude de belette. A ceux-là, l’os du bras est fort court, mais l’avant-bras et la main sont seulement un peu plus grêles que ceux du côté sain ; et la cause est celle que nous avons dite, savoir, que l’humérus est le plus proche de la lésion, ce qui entraîne son raccourcissement ; l’avant-bras, au contraire, souffre moins,- parce que la jointure du coude est intacte, et la main est plus éloignée encore du siège du mal que l’avant-bras ; et voilà pourquoi certains os sont beaucoup arrêtés dans leur accroissement, et d’autres ne le sont pas à un égal degré. Du reste, l’exercice fait beaucoup pour restituer à la main et au bras un développement plus complet. Ainsi, ceux qui ont le coude de belette font le plus souvent du membre luxé les mêmes œuvres manuelles que du membre sain, et tout aussi bien de fun que de l’autre. Le bras, en effet, n’a pas à supporter le poids du corps comme la jambe , et il s’emploie à des travaux plus légers. L’exercice fait donc que, chez ceux qui ont le coude' de belette, les chairs ne perdent rien, ni à la main, ni à l’avant-bras , et le bras même ne va pas sans en retirer quelque chose pour un plus complet développement ; tandis que chez ceux où, dès la naissance, ou même dans la première enfance, la hanche a souffert une luxation en dedans, par exemple, les chairs s’amaigrissent davantage qu’au bras, parce que la cuisse ne saurait servir de même. »

Il n’y aurait rien à reprendre ni à ajouter, si Hippocrate avait également aperçu l’arrêt de développement de la portion du membre supérieure à la luxation. Rien de plus frappant, par exemple, que l’atrophie de l’os iliaque dans les luxations du fémur; mais il faut se souvenir que nous devons la connaissance de ce phénomène surtout à l’anatomie pathologique, et qu’Hippocrate en était réduit à l’observation extérieure. Ce sera donc à l’anatomie pathologique que nous demanderons le complément de ses belles recherches.

§ II, — Des réductions spontanées.

J’entends sous ce nom une réduction opérée sans le secours de l’art, tantôt par le simple jeu des muscles dans un mouvement involontaire, tantôt par l’action musculaire aidée d’une - pression fortuite, ou qui du moins n’avait pas la réduction pour objet; tantôt enfin par un choc accidentel qui, frappant sur une articulation saine, aurait été assez puissant pour la luxer, et qui, tombant sur une articulation luxée, opère un déplacement nouveau qui remet les os en leur place.

Ce phénomène a été observé pour des luxations de la ma*-, choire, de l’humérus, du coude et du fémur, et dans des conditions fort diverses.

Quelquefois la réduction s’opère avant qu’on ait fait toute tentative. Dans le premier cas de luxation de la mâchoire qui s’offrit à M. Nélaton, il cherchait à s’assurer de la position de l’apophyse coronoïde; quand tout à coup, soit que la simple, pression de ses doigts eût réussi à la dégager, soit par toute autre cause, il sentit la mâchoire fuir et rentrer à sa place, avant même d’avoir pu procéder à son examen *.

M. Ségalas avait été appelé près d’une jeune dame retenue au lit par suites de couches, et qui, en s’appuyant sur le coude écarté du tronc, pour se mouvoir dans son lit, s’était luxél’humérus dans l’aisselle. 11 disposait l’appareil pour la réduction, quand, au milieu des expressions de la douleur la plus

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