‹ Traité des fractures et des luxationsChapitre 6 sur 88 · DES RÉDUCTIONS SPONTANÉES · texte numérisé non relu

DES RÉDUCTIONS SPONTANÉES

aiguë, un bruit se fit entendre ; toute douleur cessa à l’instant; la luxation avait disparu

M. Yelpeau cite, dans ses leçons cliniques, l’histoire d’un homme qui, étant tombé aux Champs-Elysées, s’était luxé le bras; tandis qu’on le soulevait par l’autre bras, l’os se remit en place. Le même chirurgien a été témoin, à la Charité, de deux cas de ce genre. Une femme était entrée pour une luxation du bras; en sautant de son lit pour aller à l’amphithéâtre, elle tomba sur le coude du côté luxé, et M. Yelpeau, cherchant sa luxation, n’en trouva plus de traces. L’autre fait, plus curieux encore, a trait à une luxation datant de 10 jours, et dans laquelle la tête humérale était portée très-haut sous la clavicule. L’avant-bras était soutenu par un bandage. Dans la nuit, la réduction s’opéra spontanément, sans que le bandage eût été défait, sans même que le malade eût fait de grands efforts ; il raconta seulement qu’il avait souffert une partie de la nuit et qu’il avait senti craquer son épaule 9.

Pour la cuisse, j’ai communiqué, en 1846, à la Société de chirurgie, l’histoire d’un jeune homme de 18 ans, qui, étant tombé les jambes écartées, avait senti à l’aine droite un craquement accompagné d’une vive douleur, et n’avait pu se relever. La jambe droite était allongée et écartée de l’autre d’environ 50 centimètres 5 en voulant la rapprocher, la douleur lui fit porter la main dans l’aine, où il sentit une forte tumeur. Instinctivement, il pressa sur cette tumeur de dedans en dehors avec la main gauche, tandis que de la droite il cherchait à reporter la cuisse en dedans. Un nouveau craquement se fit entendre ; le membre avait repris sa forme normale. Le malade put se relever et retourner chez lui 5 et il vint le surlendemain à Saint-Louis, où je n’eus plus qu’à traiter la luxation réduite.

Déjà le Rust Magazin avait publié une observation presque semblable. Un ouvrier âgé de 24 ans s’était luxé le fémur droit en bas et en avant. Il était tard, la réduction fut remise au lendemain. Cependant le malade, couché d’abord sur le côté droit, fit un effort pour se tourner à gauche ; et comme il

1 Nouveau Journ. de médecine, 1819, t. V, p. 37.

2 Bulletin de' Thérapeutique, t. XX.IV? p. 380.

cherchait à soulever la cuisse malade pour lui faire suivre le mouvement, la douleur lui fît subitement lâcher prise. En même temps un craquement se fit entendre 5 la luxation et la douleur avaient à la fois disparu1.

Enfin, Monteggia a vu une luxation incomplète en dehors de la rotule se réduire spontanément, tandis que la malade s’appuyait un moment sur sa jambe pour gagner son lit.

Cette première catégorie de faits apporte déjà ce grand enseignement, savoir, combien certaines luxations exigent peu de force pour se réduire. La suivante montrera combien cependant, dans ces luxations si faciles, on.p.eut dépenser d’efforts impuissants en usant de mauvais procédés.

Lorsque j’étais chargé de l’hôpital des Cliniques, en 1840, une jeune fille de 22 ans s’y présenta avec une luxation bilatérale de la mâchoire qui datait de huit jours. L’interne de garde s’efforça de la réduire, et ne réussitpas. Le lendemain, je trouvai la mâchoire en place ; elle s’était réduite pendant la nuit, dans un mouvement de la malade pour se retourner dans son lit. Un fait analogue s’était déjà offert à Adams. Une femme de 30 ans était entrée à l'hôpital de Londres pour une luxation de la mâchoire à sa sixième récidive. Après divers essais infructueux, on envoya chercher Adams, qui employa lui-même vainement tous les moyens. Tandis qu’il conférait avec les assistants sur la difficulté du cas, une brusque et involontaire contraction des muscles amena subitement la réduction2. J’en pourrais citer d’autres exemples; mais comme ils ont reçu une interprétation différente, j’y reviendrai en traitant spécialement de ces luxations.

Les luxations de l’humérus ont aussi offert des cas du même genre. H. Thomson racontait, dès 1761, l’histoire d’un homme entré dans un hôpital de Londres pour une luxation du bras; les chirurgiens avaient inutilement tenté, à plusieurs reprises, des extensions en divers sens, et enfin, un matin, le bras se trouva spontanément réduit s. Palletta raconte que , par deux fois, pour des luxations du bras dans l’aisselle, après

1 Archives générales de médecine, 1827, t. XIII, p. 419.

2 The Lancet, 17 august 1833.

5 Medical observ. and Inquiries, t. II, p. 357.

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