‹ Traité des fractures et des luxationsChapitre 7 sur 88 · DES RÉDUCTIONS SPONTANÉES · texte numérisé non relu

DES RÉDUCTIONS SPONTANÉES

avoir fait la veille des efforts inutiles, il trouva la réduction opérée le lendemain'. M. Gerdy a vu également celte issue heureuse et inattendue, pour une luxation qu’il avait soumise à des tractions assez violentes en différents sens, sans pouvoir en venir à bout 2.

Il ne faut pas confondre, ainsi qu’a fait Léveillé, ces réductions spontanées avec un phénomène non moins curieux qui se passe dans la réduction de certaines luxations scapulo-humérales plus ou moins anciennes, et qu’il. a appelé réduction consécutive. J’aurai soin d’en traiter avec tout l’intérêt qu’il mérite, en décrivant les phénomènes de la réduction obtenue par l’art.

Mais l’exemple le plus remarquable de réduction spontanée et sans effort est celui d’une luxation du fémur en dedans, observée par Gauthier vers 1767. L’accident était arrivé à Versailles ; les plus habiles chirurgiens de la cour et de la ville furent appelés. On appliqua les machines, même à plusieurs reprises; rien n’y fît ; et dès lors on se borna à envoyer le malade aux eaux. Il en revint dans le même état; lorsque, voulant monter dans un fiacre, il porta d’abord le pied sain sur le marchepied; et, en élevant à son tour l’autre jambe, il entendit un bruit sourd, indice de la rentrée de la tête dans sa cavité. Bien que les dates soient omises, on voit que la luxation était déjà assez ancienne.

Enfin, des luxations qu’on pourrait appeler invétérées, et qu’aucun chirurgien n’aurait osé attaquer, ont du leur réduction à de purs accidents. Bartholin a rapporté l’histoire d’Eric Christiern, qui avait eu une luxation du coude avec gangrène au voisinage. La gangrène était guérie, la plaie cicatrisée et le coude sans mouvement, lorsque, l’année suivante, le sujet tomba de cheval sur le coude luxé, qui se trouva réduit du choc5. Cornish de Falmouth a vu un cas plus merveilleux encore. En 1812, un matelot âgé de 20 ans s’était luxé la cuisse en arrière; et, au bout de quelques mois, s’était adressé à A. Cooper, qui avait vainement essayé la réduction. Cornish

* Léveillé, Nouv. doctrine chir., p. 37.

2 Gazette médicale, 1838, p. 463.

s Obs. et histoires chir. compr. en douze centuries ; Genève. 1670, p. 410.

e vit un an environ après sa chute, et jugea la luxation incurable. Pendant les deux ou trois années suivantes, le sujet resta à Falmouth, porté sur des béquilles; lorsqu’en 1818, Cornish le rencontra de nouveau, marchant cette fois librement et sans appui. Le malade raconta qu’en 1817, cinq ans après Taccideiit , allant sur un petit navire côtier de Falmouth à Plymouth , une embardée du vaisseau l’avait jeté hors de son lit. A l’instant de la chute, il entendit un fort craquement -dans la hanche, et dès lors il avait recouvré le parfait usage dé son membre. À. Cooper, en reproduisant le fait, a élevé quelques doutes sur la véracité du malade ; mais le témoignage direct de Cornish donnerait toujours à la luxation au moins deux ans de date avant sa réduction. J’aurai à rappeler ces observations lorsqu’il s’agira de déterminer jusqu’à quelle époque les luxations sont réductibles ; je remar querai seulement ici par avance, que de tels résultats ne se ; : comprennent que pour des luxations incomplètes.

- ' .Tout n’est pas fini d’ailleurs avec la réduction: et, sans ‘- compter les accidents, il y a encore trois terminaisons possibles *. ou bien la guérison complète avec le rétablissement dé tous les mouvements; ou bien une raideur articulaire, variant dans ses degrés depuis la perte de quelques mouvements juaqu’à l’ankylose absolue-, ou bien enfin la mobilité conservée,; avec une tendance plus ou moins prononcée aux récidives du déplacement. Mais ces terminaisons sont tellement liées à la bonne direction ou aux erreurs de la thérapeutique, qu’il me paraît plus sage d’en renvoyer l’histoire à l’article du traitement.

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