‹ Traité des fractures et des luxationsChapitre 67 sur 88 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

DES LUXATIONS DE l’aSTRAGALE.

Les subluxations de l’astragale sur le scaphoïde et le calcanéum jouent un rôle capital dans la production du pied-bot varus, soit congénial, soit accidentel, et, dès lors, on peut

1 Journal * de chirurgie, 184-1, p. 58 et 342. #

2 Traité des maladies des articulations, t. II, p. 440.

juger de leur fréquence; mais l’usage ayant rattaché l’histoire du pied-bot à l’orthopédie, je me contenterai de ce. qui en a été dit dans les généralités, et il ne sera ici question que des luxations traumatiques de l’astragale.

L’étude de ces luxations est toute moderne. A peine en rencontre-t-on dans Hippocrate quelques traces confuses, qui disparaissent même dans ses successeurs ; et il faut descendre au seizième siècle pour en retrouver dans Fabrice de Hilden une mention précise, appuyée sur un fait. Ce fait avait trait à une disjonction complète de toutes les articulations de l’astragale, avec expulsion de cet os ; et pendant longtemps on ne parut pas connaître d’autre mode de déplacement. Cependant, vers 1803, Hey citait un cas déjà ancien dans lequel l’astragale était sorti à travers les téguments sans perdre ses connexions avec les os de la jambe ; et Boyer racontait qu’il avait vu la tête de l’astragale luxée sur le scaphoïde, sans dérangement de ses articulations avec les os de la jambe et le calcanéum. La luxation de Boyer, admise en France, ne le fut pas ailleurs ; quant à celle de Hey, bien qu’elle eût été retrouvée, dès 1811, par Dufaurest et par d’autres, A. Cooper ne la distingue pas encore de la luxation double. M. Rognetta, en 1833, regardait celle-ci comme la seule luxation véritable de l’astragale, réservant aux autres déplacements le nom de luxations du calcanéum, ou du scaphoïde. Dix ans plus tard, Turner, dans un mémoire fort étendu, admettait des luxations complètes et incomplètes de l’astragale dans huit directions, sans distinguer s’il était luxé par ses deux faces ou par une seule. Enfin, ce déplacement si négligé fut remis au jour, en 1835, par M. Nélaton, plus tard par Macdonnell et Hancock ; mais ils n’avaient aussi apporté que des matériaux isolés et sans vue d’ensemble, lorsque, en 1852, M. Broca, dans un travail d’un ordre supérieur, a essayé d’étafilir sur des bases positives l’histoire de ces luxations, auxquelles il a donné le nom assez heureux de sous-astragaliennes, en y ralliant les luxations du scaphoïde et du calcanéum, qu’il déclarait à peu près impossibles 1.

1 Fabrit. Hildani, Ois. chir. Centur. II, obs. 67; — Hey, Ouvr. cité, p. 382; — Boyer, Leçons sur les mal. des os, 1803 ; — Rognetta, Archiv. ‘ gén. de méd., 1833, t. III, p. 4-85; — Turner, Transactions of the provincial Med. and Surg. Association?, 1843, vol. XI, p. 367 ; —Nélaton, Bulletin

Malgré tous ces travaux, ôn est si loin d’être fixé sur les luxations de l’astragale, qu’il n’existe pas peut-être de question plus obscure en chirurgie. Les faits ne manquent pas; Turner en avait rassemblé près de 50* ; M. Broca en a analysé plus de 160 ; mais la plupart sont incomplets, insuffisants, et il est bien difficile de dire à quel déplacement les observateurs ont eu affaire, lorsqu’ils ne le savent pas eux-mêmes. Une autre cause de confusion tient à la nomenclature adoptée. Il y a d’abord les luxations sous-astragaliennes , C’est-à-dire celles dans lesquelles l’astragale est déplacé sur le calcanéum et le scaphoïde. Mais M. Broca attribue alors la luxation à cês derniers os ; et quand la tête astragalienne, par exemple, est portée en avant, c’est pour lui une luxation en arrière. Au point de vue pratique, cela ne peut pas se supporter 5 c’est l’astragale qui quitte sa cavité, c’est l’astragale qui fait saillie, c’est l’astragale qui déchire les téguments et se fait jour au travers. Les luxations sous-astragaliennes sont donc pour moi les vraies et pures luxations de l’astragale, et je les dénommerai selon le sens dans lequel cet os se' portera. Quant aux déplacements de cet os par sa face inférieure et sa face supérieure , déjà Boyer avait trouvé le nom qui leur convenait ; ce sont des luxations doubles , comme nous en avons cité pour d’autres os. Je traiterai donc séparément des luxations sous-astragaliennes et dés luxations doubles, et je réserverai un troisième article aüx luxa fions co mpliq nées .

Jle ne veux ajouter ici qu’un mot; toutes ces luxations se rencontrent presque exclusivement chez l’homme, et particulièrement eneore dans l’âge adulte ; les femmes, lès jeunes gens-, les vieillards n’y figurent que pour une infime minorité.

Page 1