IV. —Luxations des os cunéiformes
La luxation du premier os cunéiforme se présente sous deux formes, comme celle du Scaphoïde ; tantôt il est luxé sur ce dernier os, en compagnie du premier métatarsien auquel il demeure uni ; j’en parlerai à l’occasion des luxations tarsométatarsiennes ; tantôt il se sépare de toutes ses articulations, et s’échappe en dedans ou en haut.
A. Cooperl’avu deux fois ainsi luxé en dedans; la première fois, à la suite d’une chute d’une grande hauteur ; la seconde, par une chute de cheval , dans laquelle le pied s’était trouvé pris entre le cheval et le rebord du trottoir. Dans les deux cas, l’os faisait une forte saillie en dedans, et était en même temps légèrement tiré en haut par l’action du jambier antérieur. La réduction ne fut point obtenue. L’un de ces malades, observé quelques semaines après l’accident, offrait une très-légère claudication, qui ne semblait pas devoir persister.
On a vu aussi quelques des os cunéiformes luxés ensemble, et ils s’étaient échappés alors vers la face dorsale. Monteggia paraît en avoir observé quelques cas, à la suite de chutes de haut sur les pieds. « Ces os, dit-il, s’étaient élevés presqu’en totalité sur le dos du pied, où ils faisaient une saillie distincte et considérable, laquelle disparut en repoussant les os à leur place, avec un bruit sec, à l’aide de la compression, avec et même sans extension préalable sur le pied. Une compresse et un bandage suffirent à les maintenir, et quelquefois le blessé fut en état d’appuyer sur le pied quelques jours après. »
Un cas du même genre s’est présenté à l’hôpital de Londres, en 1830. Les trois cunéiformes étaient incomplètement luxés
1 R.-W. Smith, Dublin Hospital Gazette , 1855, vol. II, p. 76.
en haut ; l’interne principalement, séparé du scaphoïde, faisait saillie en haut et en dedans. On fit l’extension sur les orteils, et on pressa sur les os luxés, qui rentrèrent en place avec un bruit manifeste. Il survint une inflammation fort intense, que l’on calma par les sangsues et les lotions froides. La force ne revint dans le pied que lentement, et le malade fut six semaines avant de pouvoir s’appuyer dessus et marcher1.
On voit que la luxation simple des cunéiformes n’est pas bien grave. Nous possédons même deux cas où la complication de plaie des téguments n’a pas empêché le blessé de guérir. A. Key a vu, par suite du passage sur le pied d’un lourd truk de chemin de fer, le 2e et le 3e cunéiforme à demi luxés en haut, avec une énorme déchirure extérieure. Il en opéra la réduction ; plus tard la peau du dos du pied se gangréna, des abcès se formèrent ; mais en définitive, au bout de deux mois la cicatrice était faite, et trois semaines après le sujet reprenait ses occupations, gardant seulement un peu de claudication qui diminuait de jour en jour2.
M. Nélaton a observé un cas de luxation complète du premier cunéiforme en haut et un peu en dehors, causée aussi par la pression d’une roue de voiture. A travers une plaie située vis-à-vis l’articulation cunéo-scaphoïdienne sortait l’angle postérieur et inférieur du premier cunéiforme, qui avait subi un déplacement tel qu’il était couché transversalement sur le second. La réduction ayant été impossible, on enleva l’os luxé, et le sujet guérit.
§ V. — Luxations du cuboïde.
Je ne sache pas qu’on ait vu leeuboïdeluxé isolément. J’ai cité trois cas où sa luxation accompagnait celle del’aslragale ou du calcanéum ; il était alors ou déprimé fortement en bas, ou légèrement dévié en dehors, ou projeté en masse dans le même sens ; et dans ce dernier cas, la luxation étant récente, la simple pression fit rentrer l’os à sa place. Il n’y a rien à en dire de plus.
1 London Medical Gazette, 1831, vol. VII, p. 704.
1 A. Key, Guy' s Hospital Reports, 1836, vol. I, p. 244.
DES LUXATIONS TARSO-MÉTATARSIENNES .