HISTORIQUE
La greffe des cartilages et surtout des articulations est une acquisition toute récente, et le nombre d’observations publiées à ce jour est très restreint. Pourtant, les quelques tentatives faites dans cette voie ont donné des résultats tellement encourageants, qu’il est bon de les faire connaître, afin que les chirurgiens, enhardis par ces résultats, entreprennent de nouvelles Opérations, d’où résultera une méthode définitive des greffes des articulations.
Déjà Paul Bert, Ollier, Léopold, Fischer, Seggel ont tenté des greffes cartilagineuses, mais personne, à notre connaissance, avant Tuffier n’eut l’idée d'adapter des fragments cartilagineux sur des extrémités osseuses à l’intérieur même d’une cavité articulaire.
C’est le 20 décembre 1900 que Tuffier, ayant réséqué la tête de l’humérus à la suite d’une fracture comminutive chez un vieillard, à revêtu l’extrémité supérieure de la diaphyse humérale avec le cartilage doublé d’une partie dos sous-jacente emprunté à cette même tête. Le cartilage fut fixé avec trois points au catgut. La greffe a donné un résultat excellent, et le malade présenté à la Société de Chirurgie, le 17 mai 1901, pouvait exécuter avee son bras tous les mouvements.
Malheureusement ce fait reste isolé et il faut arriver à l’année 1908 pour prendre connaissance des belles expériences de Judet sur la greffe des articulations que cet auteur à déjà commencées en 1906, mais qu’il n'avait fait connaître que le 27 janvier 1907, par une communication de Dastre à lP’Ins- titut.
Ces expériences ont porté sur les lapins et il n’a pas eu l’occasion de réaliser une greffe articulaire chez l’homme. C’est Lexer qui le premier a donné, le 30 mars 1908, la relation d’une observation de résection d’un genou ankylosé chez une jeune fille de vingt ans, à laquelle il à transplanté avec plein succès une articulation homologue empruntée à un membre fraîchement amputé. Deux ans et demi après, en avril 1910, au Congrès de, Chirurgie, il a présenté la malade qui marchait avec son articulation d'emprunt et les mouvements du genou, quoique limités, étaient possibles. En janvier de la même année Lexer pratiquait une opération analogue sur un jeune homme.
En février 1910, Kuttner réséqua à son tour pour ostéo-sarcome toute l'extrémité supérieure d’un fémur et transplanta avec succès un segment analogue emprunté à un cadavre. Le 25 mars de la même année, ce chiruroien fit avee un égal suceès une opération analogue. Le 5 avril MOTS Walther réséqua l’extrémité inférieure du radius et l’a remplacée par lextrémité supérieure du péroné. Il a obtenu ainsi un excellent résultat fonctionnel. Enfin, dans le courant des années 1911, 1912 et 1913, d’autres oreffes articulaires ou semi-articulaires furent faites avec plus ou moins de succès par divers chirurgiens, Springer, Hinz, Waughan, etc.
A la même époque, en 1911 et 1912, Impallomeni, de Venise, Dalla Vedova, de Modène et de Wrede, ont publié leurs expériences de greffes articulaires sur des lapins et des poulets en apportant des données précises sur l’évolution de la greffe et les méthodes opératoires qui ont assuré les meilleurs résultats.
Enfin, Ducuing publia, en 1912, sa thèse magistrale « Contribution expérimentale à l'étude des greffes articulaires totales », qui embrasse toute là question et présente un nombre considérable d’expériences personnelles qui tranchent divers points restés encore obscurs. Cette thèse, complétée par des articles publiés par l’auteur dans les Revues de Chirurgie présente une excellente documentation sur les greffes articulaires.
Nos propres expériences, que nous poursuivons au Collège de France, nous ont également permis d'apporter une contribution à cette question Si passionnante et si nouvelle et nous espérons que les greffes articulaires ne tarderont pas à rentrer dans la pratique courante de la chirurgie.
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