INDICATIONS
Lexer, qui a le plus contribué à la greffe des articulations, détermine ainsi ces indications : Partout où les graves destructions d’un appareil articulaire résultant de la tuberculose, de suppuration ou de traumatisme, ont amené une ankylose osseuse, ou dans les cas où les lésions de jointures importantes ont provoqué l'articulation de polichinelle, enfin dans les cas où, à cause de tumeurs des articulations ou des extrémités articulaires osseuses, il faut faire de vastes résections avec suppression de la moitié ou de toute l’articulation, On pourra tenter de rétablir des articulations utiles et mobiles.
GREFFES PRATIQUÉES A L'OCCASION D’ANKYLOSES. — En effet, le souci de la cure des ankyloses à été le premier mobile des tentatives de greffes articulaires. C’est, en particulier, le désir de vouloir rétablir la mobilité d’un genou rigide, qui à poussé expérimentateurs et chirurgiens à tenter la greffe des articulations. Malgré les progrès de la chirurgie, l’ankylose osseuse du genou est incurable à l’heure actuelle. Nous ne possédons pas de procédé opératoire permettant de restituer à un genou ankylosé sa mobilité, tout en lui conservant sa solidité indispensable pour la marche.
Lexer trouva également les premières indications opératoires et la première idée d’une greffe articulaire dans des cas d’ankylose osseuse : « C’est en mobilisant, dit-il, des jointures ankylosées que j’ai eu l’idée de les oser. » Tous les chirurgiens qui ont tenté de mobiliser une ankylose savent, en effet, les difficultés que l’on éprouve à maintenir l’article mobile, comme il convient. Aussi essaya-t-on, après avoir pratiqué des résections de types différents, d’imiter la nature lorsqu'elle crée une pseudarthrose, et d’intercaler entre les surfaces osseuses séparées un tissu quelconque ou un corps étranger. Mais l’interposition de corps étrangers variés, baudruche, caout- chouc, plaques de celluloïd, lamelle d’or, d’étain, etc., n’a pas donné de bons résultats. Par contre, l’interposition musculo-tendineuse empêche bien là soudure osseuse, mais les résultats sont très différents, suivant la grandeur des résections et les articulations au niveau desquelles on les pratique. Si l’on résèque beaucoup, on obtient une articulation de polichinelle, si l’on a réséqué trop peu on n’obtient que des mouvements limités. Les deux choses peuvent, du reste, suffire, tout dépend du rôle de la jointure intéressée. Il est des articulations pour lesquelles une grande mobilité suffit, mais il en est d’autres qui demandent, pour être utiles, la possibilité de pouvoir exécuter des mouvements étendus dans un seul sens et une grande mobilité, le genou,
par exemple. Il est évident que dans ces cas l’interposition musculo-tendineuse, voire cartilagineuse, après résection articulaire ne peut donner de très bons résultats. Rochet, Nélaton ont pourtant ainsi obtenu. des résultats appréciables à la hanche, mais pour le genou, les tentatives de Murphy sont restées à peu près infructueuses. Ilest certain qu’à la rigueur, on peut respecter au genou une ankylose rectiligne et solide, surtout si le raccourcissement du membre est assez faible, mais si Pankylose du genou est en position vicieuse, une intervention osseuse devient nécessaire et la transplantation d’un article trouvera son indication. Par ce procédé, on rendra au malade la mobilité de son membre tout en lui laissant sa solidité, sa longueur et sa forme.
Pour le membre supérieur, où la mobilité joue un rôle bien plus orand que la solidité, on sera naturellement plus circonspect à proposer une greffe articulaire pour remédier à une ankylose, la simple résection donnant dans ces cas de très bons résultats.
GREFFES PRATIQUÉES A L'OCCASION DE TUMEURS ARTICULAIRES OÙ JUXTA- ARTICULAIRES. — Presque la moitié des observations des greffes articulaires publiées à ce jour se rapportent à la résection de la moitié de l’article, que ces tumeurs ont nécessitées. Huit fois, il s'agissait de sarcomes, deux fois sur l’extrémité supérieure du tibia (Lexer), deux fois sur l'extrémité inférieure du fémur (Lexer), une fois sur l'extrémité supérieure du fémur (Kuttner), une fois sur la moitié inférieure du cubitus (Lexer),, une fois sur le tiers inférieur du radius (Walther) et une fois à la phalange de lannulaire (Springer). te
Trois fois, la résection et la greffe de la demi-articulation ont été faites à l’occasion des chondromes: une fois au tiers supérieur du fémur (Kuttner), une fois au tiers supérieur du tibia (Kuttner) et une fois à la phalange de l’annulaire gauche (Lexer).
Léonté fils a réséqué un métacarpien et l’a remplacé par un métatarsien dans un cas de spina ventosa.
GREFFES PRATIQUÉES A L'OCCASION D’ARTHRITES SUPPURÉES. — Les arthrites tuberculeuses du genou ont donné à Lexer l’occasion de pratiquer quatre fois la greffe articulaire. Hinz et Waughan l’ont faite, chacun une fois. L’arthrite tuberculeuse du coude fut traitée ainsi par Buchmann, et Lexer a appliqué le même procédé à une arthrite ostéomyélitique du genou. Gœbel a eu un succès dans un cas d’arthrite blennorrhagique du petit doigt, dont il à remplacé l'articulation métacarpo-phalangienne par Particulation métatarso-phalangienne du petit orteil.
La plupart du temps ces interventions ont eu lieu pour ankylose consécutive à une lésion infectieuse. Ilest certain qu’il n’y aurait pas lieu de tenter la greffe articulaire si le processus suppuratif métait pas arrêté, s’il y avait encore des fistules. Une greffe dans un milieu septique est naturellement vouée à un échec complet.
Pourtant la tumeur blanche non fistulisée qui ne s'améliore pas malgré limmobilisation et les injections intra-articulaires serait justiciable d’une transplantation articulaire. C’est là l’indication habituelle d’une résection,
et, Comme en extirpant largement l’article sans l'ouvrir on peut opérer aseptiquement, on peut dans ce cas tenter une transplantation articulaire (Ducuing). |
GREFFES PRATIQUÉES A L'OCCASION D’AFFECTIONS TRAUMATIQUES DES ARTICULATIONS. — Tuffier, dans un eas de traumatisme, à coiffé la diaphyse réséquée par un copeau ostéo-cartilagineux prélevé à la tête de l’humérus et à obtenu un excellent résultat fonctionnel. Ce cas se prôtait également à la greffe mi-articulaire de tout un fragment de la diaphyse de l’humérus avec sa tête articulaire pour éviter le raccourcissement du bras. En somme, {ous les traumatismes nécessitant la résection articulaire sont des indications à la greffe, car la résection simple peut assurer dans certains cas la solidité, dans d’autres la mobilité, maïs elle assure rarement l’une et l’autre et occasionne toujours le raccoureissement du membre.
Au membre supérieur, où les articulations n’ont besoin que de mobilité, lPindication de la greffe articulaire pour affection traumatique est naturellement moins précise et peut, comme nous l’avons déjà dit, être remplacée, à moins de frais, par une résection articulaire avee ou sans interposition museulaire.
Si la portion à extirpér était cependant trop volumineuse, et que le malade ne veuille pas se contenter d’un membre mobile, mais court et déformé, on pourrait lui proposer une greffe articulaire qui aurait des chances de donner à la fois la solidité, la mobilité et de conserver au membre malade sa forme et sa longueur.