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DU GREFFON

L’'HÉTÉROGREFFE. — Judet à réussi une greffe articulaire hétéroplastique sur les animaux. Cet auteur a transplanté la trochlée cartilagineuse du fémur d’un chat au lieu et place de la trochlée cartilagineuse du fémur d’un chien. Au bout de cent trente-huit jours, dit-il, la cavité articulaire était normale, le cartilage du chat, parfaitement greffé, remplissait son rôle d’organe de glissement pour la rotule. Ce succès doit probablement être attribué à une parenté assez étroite entre le chien et le chat dont les sérums ne sont pas réciproquement hémolytiques.

Peut-être pourrait-on réussir sur l’homme la greffe d’une articulation d’un singe anthropoide. Nous avons examiné cette question dans le chapitre concernant l’hétérogreffe des os. L’expérience reste à tenter — il est logiquement admissible — la greffe des organes des singes supérieurs pouvant être assimilée à l’homogreffe (voir page 7).

L'HOMOGREFFE. — Les cadavres et les membres amputés constituent la ressource unique des grefions pour les grandes articulations. En effet, pour de pareils transplants on ne peut pas avoir recours à l’autogreffe. Les cadavres ont fourni à Kuttner des pièces articulaires qui ont assuré le succès des greffes dans trois cas, où il s’est agi deux fois de l’extrémité supérieure du fémur et une fois de l’extrémité supérieure du tibia. Les greffons furent prélevés trois et onze heures après la mort et conservés à la glacière dans le liquide de Ringer pendant vingt-quatre heures. Comme pour les greffes osseuses, on doit s’assurer si le sujet n’est pas mort d’une affection contagieuse aiguë ou chronique : fièvre typhoïde, variole, tuberculose, syphilis, cancer, ete.

Le greffon doit être prélevé dans un laps de temps ne dépassant pas douze heures, Impallomeni ayant prouvé que des articulations entières prises sur l’animal douze heures après la mort et transplantées après passage dans une solution physiologique se greffent encore, comme les pièces fraîches prises sur le vivant. Bergeman est arrivé aux mêmes conclusions. Cet auteur ayant expérimenté sur 20 sujets, a constaté que douze heures après la mort, la partie inférieure du fémur était encore suffisamment stérile pour être utilisée, mais au delà de cette limite les pièces deviennent, le plus souvent, septiques et, par conséquent, inutilisables. Du reste, pour s’assurer que le greffon est bien stérile, on peut, à l'exemple de Kuttner, le garder pendant un certain temps dans un milieu de culture convenable et se rendre compte que rien

n’a poussé.

Le greffon ainsi prélevé dans un laps de temps ne dépassant pas douze heures pourra ensuite, si besoin est, être conservé à la glacière à la température de 0 à 1° pendant au moins trois semaines, Bauer et Weil ayant parfaitement réussi à transplanter avec succès des pièces osseuses revêtues de périoste et conservées en glacière pendant trois semaines dans le liquide de Ringer.

Les membres amputés peuvent également fournir d’excellents greffons et c’est ainsi qu’à procédé Lexer, dont les succès ont assuré l’avenir des greffes articulaires. Mais Lexer ayant pratiqué 60 amputations en quelques mois s’est trouvé particulièrement favorisé pour se procurer des greffons articulaires. En réalité, la tendance conservatrice de la chirurgie moderne offre peu de ressources à ce point de vue. On n’ampute guère que pour des lésions infectieuses très graves : tuberculoses fistuleuses, ostéomyélites récidivées, ou des affections néoplasiques: or, les greffons prélevés dans de pareïlles conditions sont inutilisables.

Mais Lexer a profité deux fois — et c’est un exemple à suivre — d’une amputation pour gangrène sèche atteignant l’extrémité du membre. Il à eu de bons résultats, malgré que ces transplants ont l’inconvénient de provenir de sujets vieux, ayant le cartilage aminci, de vitalité diminuée.

Une autre fois, il à usé du greffon articulaire prélevé sur un jeune enfant atteint de paralysie infantile. IL est, en effet, quelquefois nécessaire dans ces sortes d’affections de transformer un membre de polichinelle en un membre ankylosé en bonne attitude. On arrive à ce résultat, en pratiquant une résection articulaire et en soudant entre elles les extrémités osseuses. L’articulation ainsi prélevée peut donc servir à la greffe et'si sa vitalité peut se trouver quelque peu diminuée du fait que ces membres ont une vie ralentie, cette vitalité se trouve encore suffisante, le greffon provenant dans ces cas de sujets jeunes.

Les accidents du travail, de chemins de fer, d'automobiles, peuvent également nécessiter les amputations et fournir des greffons articulaires. Hinz et Lexer ont pu se procurer un greffon articulaire de cette façon. Nous signalons, pour mémoire, que le greffon pourrait être prélevé sur les suppliciés immédiatement après l'exécution. C’est ce sens que nous donnons à la phrase de Carrel : « L'idéal serait de pouvoir enlever immédiatement avant la transplantation un membre à un homme vivant, à un criminel, par exemple. »

AUTOGREFFE. — La creffe autoplastique trouve une application restreinte dans la greffe articulaire. Les artieul ations du pied et l’articulation péronéotibiale pouvant seules être prélevées sur l’individu même, sans grand préjudice pour lui. C’est ainsi que Tietze à remplacé l’extrémité inférieure du radius par la phalance du gros orteil, dont la base pourvue de cartilage était destinée à s’articuler avec le scaphoïde. Walther, dans un cas semblable, a creffé l'extrémité supérieure du péroné. Buchmann, de Pétrograd, à deux fois oreffé toute une articulation métacarpo-phalangienne prélevée, sans ouvrir la capsule, chez les malades eux-mêmes pour remplacer une ankylose osseuse du coude.Goebelaeu un beau résultat,en remplaçant l'articulation métacarpophalangienne du petit doigt, ankylosé à la suite d’une arthrite blennorragique, par l'articulation métatarso-phalangienne du petit orteil chez un violoniste

qui put, six mois après cette greffe articulaire, jouer comme par le passé sur son violon. Léonte fils et Springer ont remplacé avec succès le premier un métacarpien par un métatarsien ; le second une phalarge de doigt par une phalange d’orteil.

Nous gardons à la Station physiologique du Collège de France, six chiens opérés respectivement le 5 mai 1915, le 24 mai, le 2 juin, le 11 juin, le 26 juin et le 23 juillet. Chaque chien à subi la résection de l’une des articulations métacarpo-phalangiennes qui fut remplacée par une autre prise au même chien, sans que la capsule soit ouverte. Au bout de trois mois l’articulation fut toujours trouvée souple, mobile et elle est restée telle jusqu’à présent. Tous les chiens marchent d’une façon parfaite et rien dans leurs allures ne dénote une gêne quelconque pouvant être mise sur le compte de l’articulation greffée. (Voir les six dernières observations des greffes articulaires.)

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