‹ Traité des greffes humainesChapitre 161 sur 188 · OBSERVATION CLXV · texte numérisé non relu

OBSERVATION CLXV

Turrier. — Greffe de cartilage. (Idem.)

Un homme de vingt-trois ans était entré dans mon service il y a deux ans, le 3 janvier 1909, pour une fracture comminutive du coude, compliquée et infectée, et d'une gravité toute particulière, puisque pendant dix mois il eut de nombreux trajets fistuleux qui.enfin se fermèrent, laissant une ankylose osseuse énorme à angle obtus. Ce malade avait été dans un état si grave, et la région avait été infectée si profondément, que je ne voulus pas intervenir à nouveau avant dix mois. Il présentait alors une atrophie complète des muscles péri-articulaires, une ankylose hypertrophique du coude du volume du poing. | - Le 4 février 1911, Je fis une résection ñe ce massif osseux énorme. [ncision en baïonnette à la partie postérieure, peau adhérente, tendue, se confondant intimement avec le périoste et le tissu fibreux qui remplace les muscles sur une longue étendue. Résection large de Phumérus, du cubitus et du radius. Malgré l'étendue de cette, résection, il existe encore une hypertrophie osseuse diffuse sur la face antérieure de l'humérus, qui remonte jusqu'au tiers inférieur du bras et qu'il est impossible d'enlever complètement. Sur les faces cruentées très larges de l’humérus et des os sectionnés de l’avant-bras et dans lesquels il n'existe plus aucun aspect normal de l'architecture osseuse, j’applique une surface cartilagineuse de la façon que voici :

J'avais ce même jour pratiqué une amputation de jambe au tiers inférieur chez une femme de vingt-huit ans, pour une arthrite médiotarsienne fistuleuse avec infiltration des gaines synoviales. L’articulation tibio-tarsienne était indemne, ainsi que l’articula-

tion du scaphoïde et des cunéiformes. On avait eu soin avant l’amputation de faire tenir

toute la région, et tout le membre, en état d’asepsie aussi-complète que possible. Le membre amputé avait été placé dans des compresses aseptiques.

Je reprendsl’histoire de ma résection du coude. Dès que j’eus réséqué un massif osseux j'abandonnai la plaie sous des compresses, et, passant à la jambe amputée de la femme, j'enlevai aseptiquement l'articulation tibio-tarsienne en sectionnant l’os immédiatement au ras de l'articulation, y compris les malléoles dont je conservai juste la surface cartilagineuse et une faible lame d'os sous-jacent, puis cette mortaise tibio-tarsienne ainsi constituée et réduite à son minimum, est placée la face osseuse sur la surface humérale

sectionnée de mon réséqué du coude. Je m'aperçus immédiatement que la mortaise était:

trop étroite pour recouvrir transversalement toute la section humérale ; j'enlevai alors la malléole externe et je laissai en place la surface ostéocartilagineuse du tibia et la sur-

face ostéocartilagineuse de la malléole interne, formant un tout placé de façon que la

malléole interne fasse saillie à la partie interne de l'humérus. Cela fait, toute la face cruentée de l’humérus n'était recouverte de cartilage que dans sa partie interne ; il restait en dehors une partie qui n’était pas complètement recouverte de cartilage, je retournai au pied amputé et, prenant sur la face antérieure du scaphoïde une lame ostéo-cartilagineuse, je la transplantai sur l'humérus de mon homme et je l'ajustai de facon à recouvrir complètement la surface cruentée de l’humérus et à parfaire ainsi une surface cartilagineuse complète, qui, en somme, était recouverte des cartilages tibial et scaphoïdien. Le tout fut fixé par une série de points au catgut passant dans le bord libre des surfaces cartilagineuses et le périgste voisin.

Restaient les sections osseuses du cubitus et du radius. Pour ne pas avoir une épaisseur trop considérable de tissu à ce niveau, il fallait placer là une simple lame de cartilage. Pour ce faire, nous reprenons sur le pied amputé une feuille de cartilage taillée aussi épaisse que possible au bistouri sur la poulie astragalienne ; nous la divisons en deux pour la greffer sur le cubitus et le radius. Elles sont fixées au calgut comme leur congénère. Cette greffe terminée et toutes les surfaces sectionnées étant recouvertes de cartilage, on applique directement les surfaces cubito-radiales sur l'humérus, ct je m'assure qu'elles jouent facilement sans déplacement. Une suture très exacte des parties musculaires et fibreuses autour de l'articulation assura cette coaptation. Réunion complète de la peau sans drainage. Immobilisation en extension pendant huit jours,

puis flexion progressive du bras, qui actuellement atteint l'angle droit. L'étendue des mouvements est de 90 degrés.

Quel que soit l'avenir des tissus greffés il est certain qu’actuellement les mouvements du coude de cet homme se font sur le cartilage de la tibio-tarsienne de la femme que

j'avais amputée.

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