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OBSERVATION XXIX

M. Jorce DE Gouvéa (Chirurgien à Rio-de-Janeiro). — Greffe d'un segment de péroné pour réparer la perte de substance du radius. (In La Presse Médicale, n° 58, 17 juillet 1912, p. 607.)

G. N..., femme de vingt-cinq ans, se présente avec une tumeur un peu plus grosse qu'un œuf de poule dans l’épiphyse inférieure du radius droit; l’apparition de cette

tumeur date de deux ans et demi, et, dès cette époque, la malade éprouve des douleurs semblables à celles du rhumatisme. La palpation de la tumeur n’éveille aucune douleur, sa consistance est dure, sa forme et sa surface sont régulières : les tissus mous sont complètement libres, les mouvements du poignet se font normalement et sans occasionner aucune gêne à la malade.

Pas de glandes lymphatiques infectées, pas de syphilis.

Par l'examen complet de la malade, on ne trouve rien de particulier ; l’état général est très bon.

La radiographie montre que la tumeur est médullaire, bien limitée, n'envahit pas les tissus environnants. C’est donc un cas indiqué pour le traitement conservateur.

L'opération est faite le 17 septembre 1911 : anesthésie par le chloroforme.

Premier temps. — Incision longitudinale de 10 centimètres à la face postérieure du | bras, en partant de la tête du second métacarpien. Résection de l’épiphyse inférieure du radius en sciant l'os en plein tissu sain, après avoir soigneusement disséqué les tendons musculaires ; extirpation de la tumeur avec tous les tissus adhérents, mais en protégeant les nerfs et les vaisseaux de manière à éviter toutes perturbations fonctionnelles pour l'avenir.

Après hémostase soignée de la plaie opératoire, on passe au deuxième temps de l’opération, c’est-à-dire la recherche du matériel propre à combler le vide laissé par la résection du radius.

Deuxième temps. — On se procure ce matériel à la jambe, en retirant toute la partie supérieure du péroné gauche avec une longueur de 4 centimètres en plus que la portion d'os enlevée au bras; on a soin de ne pas traumatiser la surface articulaire et de retirer l’os avec un excès de périoste bien conservé.

La pièce ainsi obtenue est enveloppée dans une compresse sèche, stérilisée, et on suture la plaie de la jambe.

Troisième temps. — Pour adapter cette partie du péroné à sa nouvelle destination, on l’'amincit en pointe, de façon à ce qu’il puisse être aisément introduit dans la cavité médullaire du radius, préalablement curettée.

Après avoir vérifié la bonne hémostase de la plaie du bras, la pointe amincie du péroné est introduite dans le radius et on fait la suture du périoste des deux os avec du catgut. Pour maintenir la surface articulaire du péroné en contact avec le carpe, on les approche avec un fil d'argent. Tout est remis en place et on fait la suture du ligament postérieur et de l’aponévrose avec du catgut. La suture de la peau est faite avec des crins de Florence. Pas de drainage. Pendant toute l'opération, cela va sans dire, l’asepsie a été la plus rigoureuse. :

Après le pansement de la plaie, on immobilise le bras dans un appareil plâtré.

Suites opératoires. — Au bout de douze jours on fait une fenêtre à l'appareil, et, après avoir constaté que la plaie se cicatrisait par première intention on enlève les points de suture.

La malade commence à marcher, sans rien sentir à la jambe, dont la plaie est complètement cicatrisée.

Trente-cinq jours après l'opération, la radiographie du bras, dans l'appareil plâtré, laisse voir la vitalité parfaite de l’os greffé.

Après quarante-sept jours l’appareil est retiré.

La solidité de la greffe est complète et la malade commence à essayer des mouvements avec le poignet; dans cet état, elle quitte l’hôpital.

Trois mois après l'intervention, la malade se présente de nouveau, se disant parfaitement bien ; les mouvements du poignet sont suffisants pour les travaux de la maison et des champs, la malade dit pouvoir se servir de la béche.

Le fil d'argent ne la gêne en rien.

L'examen histologique de la tumeur (sarcome à myéloplaxe) a été pratiqué par M. Gaspar Vianna de l’Institut Oswaldo Cruz.

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