A. CORPS ÉTRANGERS
La greffe des os vivants date à peine de quinze à vingt ans et encore les premières tentatives n’enregistraient guère que des insuceès. C’est aux corps étrangers qu’on à eu d’abord recours : tubes métalliques (Payr), ébonite (Pean), ivoire (Cluton). |
Malgré quelques succès, comme celui de Cluton,qui remplaça par une tige d'ivoire le tiers inférieur d’un radius réséqué pour néoplasme, ces corps étrangers ne sont pas à conseiller. Ils sont presque toujours mal supportés et doivent être enlevés ou sont éliminés spontanément par suppuration.
En supposant même qu’ils puissent être tolérés, grâce à une stérilisation et une asepsie rigoureuses, telles qu’on peut les réaliser aujourd’hui, ils seraient encore bien inférieurs aux greffes d’os vivants, puisqu'ils ne sauraient comme ces derniers se souder par un cal solide aux extrémités résé-
quées et augmenter d'épaisseur, proportionnellement au travail nouveau qui leur est imposé.
B. GREFFES HÉTÉROPLASTIQUES (HÉrÉROGREFFES)
La greffe hétéroplastique qui offrirait le double avantage d’avoir toujours sous la main un greffon, et un greffon bien vivant, avec son périoste et la moelle, a donné jusqu’à présent beaucoup de mécomptes et peu de bons résultats. Les différences de propriétés des sérums entre les individus d’espèce différente et les aetions hémolitiques réciproques de ces sérums expliquent assez les difficultés rencontrées par tous les auteurs. On à bien enregistré quelques succès, tel le cas de Mac Gill qui a obtenu une consolidation et une fonction parfaites, en comblant la pseudarthrose du radius par 15 petits fragments pris au fémur d’un jeune lapin; tel aussi le cas de Tomita qui à greffé avec succès 15 centimètres du tibia d’un veau à la jambe d’un jeune soldat dont le tibia fut fracturé et a nécessité une large résection.
Tomita a obtenu également un excellent résultat dans une fracture comminutive de l’humérus droit chez un jeune soldat blessé à Moukden en mars 1904, en lui greffant, en mai 1906, entre les fragments libérés un segment de 7 centimètres de fémur de lapin, fixé aux deux bouts par des fls d'argent.
La consolidation a eu lieu en 6 mois et la radiographie montra un cal qui, partant des deux fragments et plus large à ses extrémités, engainant le oreffon.
Nous avons eu également à enregistrer un succès en greffant, en mai 1905, un disque osseux de 8 centimètres sur D, emprunté à l’omoplate d’un mouton pour combler la perte de substance de l’os occipital, à la suite de lablation d’un sarcome. Et, dans notre cas, nous avons eu à observer le même phénomène qui s’est manifesté dans le cas de Tomita et que sa radiographie a si bien montré.
L’ossification nouvelle était due non pas au greffon, mais à l’organisme récepteur, à l’activité persistante de son propre périoste. Tout au plus, peut-on admettre une action d’excitation du greffon sur ce périoste (V. observ. I).
On peut donc conclure à peu près sûrement que le greffon hétéroplastique se comporte comme un corps étranger, soutien temporaire bien toléré s'il est aseptique, permettant à l'os récepteur de reprendre son activité ostéogénétique, mais, dans ces conditions, ü n'y a point de grejje véritable.
Peut-être dans l’échelle animale faudra t-il faire une exception pour les singes supérieurs, les anthropoïdes : chimpanzé, gorille, dont la parenté avec l’homme permettrait d’assimiler à une homogreffe la transplantation faite
avec leurs os.
En effet, on fait invoquer cette parenté é actuellement, encore avec plus d'assurance, depuis que Metschnikoff, Nicolle, Guénot et Blaret ont démontré les affinités pathologiques entre les deux espèces et depuis que Uhlenhut, Nuttal et Bruch de Batavia ont découvert une véritable parenté de sang, en traitant le sérum du singe et de l’homme par les méthodes différentes, inspirées par les recherches récentes des bactériologistes sur les propriétés des sérums. Ainsi le sérum de lapin préparé avec le sang de l’homme ne précipite aucun sérum animal, sauf celui des singes (précipité léger) et celui des anthropoïdes — précipité presque aussi abondant qu’avec le sérum humain. D'autre part, Bruch de Batavia, par la méthode de la déviation du complément, est arrivé au même résultat.
La similitude ainsi confirmée des sérums de l’homme et des singes supérieurs autorise donc l'espoir d’un échange possible entre leurs organes et ceux des anthropoïdes. Nous avons bien projeté de greffer aux blessés militaires les os de ces singes, mais les six chimpanzés que le gouverneur du Gabon nous avait adressés, sur la demande obligeante du ministre des Colonies, sont tous morts en route. Nous ne saurions donc nous prononcer.
Pourtant, la condamnation a priori de cette méthode serait d'autant moins permise qu’il existe déjà un fait qui lui est favorable. C’est l’observation que Küttner a présenté au Congrès de Chirurgie en avril 1913. Elle concerne un enfant atteint d'absence congénitale du péroné et chez lequel Küttner transplanta un péroné de singe. L'opération datait de dix-huit mois. La radiographie montre que l’os transplanté reste en place, sans trace de résorption, la ligne épiphysaire est conservée.
La question reste done ouverte et ne pourra être résolue que par de nouvelles tentatives dans cette voie. |