‹ Traité des herniesChapitre 28 sur 45 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

DES HERNIES CONGÉNITALES . (i).

SECTION re.

Hernie congénitale chez V homme .

Ce cas ne diffère de la hernie scrotale ordinaire , que parce que les parties déplacées sont contenues dans la tunique vaginale du testicule, et sont, par conséquent, en rapport immédiat avec cet organe, qui est seulement enveloppé par sa tunique albuginée. Le sac herniaire, par conséquent, est formé par la tunique vaginale du testicule.

(1) Le mot hernia congenita a été donné à cette affection par Haller {de herniis congenitis , Getting, 1749 •> 4°* Opus~ cula patholog . , Lausanne , 1 7 55 , 8°. ) , et l’on en trouve une raison suffisante , si l’on réfléchit que l’état des parties qui favorise son développement, existe à l’instant de la naissance, quoique la hernie elle-même puisse ne se former que plus tard. De ce mot latin on a formé l’épithète congénitale. Je ne puis comprendre pour quelle raison M. Pott et quelques autres ont substitué à ce nom celui de congenial ^ qui, suivant son usage et son acception ordinaires, est évidemment absurde , pour cette hernie aussi bien que pour toutes les autres espèces.

DES HERNIES CONGÉNITALES

Les différences qui existent entre la hernie congénitale et la hernie inguinale ordinaire sont moins importantes en pratique qu’en pathologie, car les symptômes et le traitement sont à peu près les mêmes dans les deux cas.

Les chirurgiens avaient observé qu’on trouvait quelquefois les viscères en contact avec le testicule, long-temps avant que l’on eut découvert et expliqué les circonstances qui déterminent cette .modification particulière de la maladie. Comme le sac de la hernie scrotale se trouve en contact immédiat avec la tunique vaginale, on avait d’abord pensé que la pression des viscères déplacés pouvait causer une communication contre nature entre ces deux cavités; et cest ainsi que l’on expliquait le phénomène en question. La véritable nature de la maladie fut reconnue vers le milieu du siècle dernier, lorsque les travaux de plusieurs chirurgiens et phiiologistes célèbres eurent répandu une grande lumière sur tout ce sujet (i).

(i) Yoy. Haller Programma , liemiarum observations aliquot continens , Goëtting, \ nf\ q, et dans les Opuscul. pathol, Voy. aussi ses Opera minora , t. III, pag. 3n et suiv. t — Account of a particular kind of rupture , frequently attendant on new-born children , and sometimes met with in adultt; par Pott, Londres, i y 65- — Camper , sur les causes nombreuses des hernies chez les enfans nouveau-nés ,

CES HERNIES CONGÉNITALES. 4

Il est maintenant bien reconnu que le testicule est

dans les Harlemische abhandlurigen , vol. VI, pag. 235, et VIT , pag. 58. — Hunter’s medical commentaries , part. 1 , Londres, 1762, chap. IX, of the rupture , in which the testis is in contact with the intestine , pag. 70 f et supplément à la premiere partie des Med. coin., 176/4, pag. 6,

* — Camper, Icônes herniarum , lab. X et XI. — - JNeubauer, Dissertât, de tunicis vaginalihus testis et funiculi spermatid , Giessen, 1767. Lobstein , De hernia congenita dissertatio anatomico -chirurgien , Argentorat. , 177 1 . Elle contient tin exposé excellent de ce sujet , aussi bien sous le rapport historique que sous le point de vue anatomique et chirurgical. - — Girardi dans J. D. Santorini ? tabulas septan™ decim posthumœ , pag. i85 , Gir., tab. II. — .Paletta , Nova gubernaculi testis hunteriani et tunicæ vaginalis descriptio anatomica , Mediolani , 1777. — Wrisberg , Observât. anal, de testiculorum ex abdomine in scrotum des censu , ad illustrandam in chirurgiâ de her mis congenitis utriusque sexus doctrinam ; dans les Commentation.es reg. soeïet. scient. , Gotting , 1778. — Et dans Wrisbergii Commentationes , vol. I. — -De Pancera, Dis s. de testis humani in scrotum des censu , Viennæ, 1778. — Brugnoni, dans les Mém. de Turin y 1784 et 1786. — Pvol. Martin, Commentarius de herniœ , sic diclœ congenitœ , ortu et se de, et de partium corporis fœtus y quœ ad ejus illustrationern pertinent , administratione anatomica y dans les Nov. act. reg. soc. scient ., Upsaliensis , vol. III. — Sandifort, Icônes herniœ congenitœ , [y. Lugd, Bat. 1781. t— " Vicq-d’Azir? Recherches sur la structure et la position des testicules , dans les Mém. de U Acad, des sciences , 1780.

DES HERNIES CONGÉNITALES

d’abord situé dans le voisinage des reins, et qu’il reçoit une enveloppe du péritoine comme les autres viscères abdominaux ; que, dans les derniers mois de la grossesse, il passe par le canal inguinal dans le scrotum , entraînant avec lui une portion du péritoine,* que cette dépendance du péritoine, qui constitue la tunique vaginale du testicule, est, à cette époque, un prolongement de la grande cavité du péritoine, analogue à un sac herniaire et communiquant, ainsi que lui, avec la cavité abdominale; que la communication du sac membraneux, qui renferme le testicule avec l’abdomen, cesse d’exister, avant la naissance , par la contraction et l’oblitération de cette partie du prolongement péritonéal , qui se porte de la partie supérieure du testicule jusqu’à l’anneau; et que cette portion du péritoine, qui recouvrait le testicule dans l’abdomen, lui donne l’aspect lisse et poli qu(i) * * * 5il présente au-dehors, tandis que le prolongement plus lâche, qui est descendu avec lui dans le scrotum, forme la tunique vaginale (i).

(i) D’après les nombreuses descriptions de la descente

du testicule qui ont déjà été livrées au public , il est tout-à-

fait inutile que je m’occupe de ce sujet présentement. Je présenterai seulement au lecteur les observations de Wris-

derg sur l’époque à laquelle cet organe change de place,

et sur les variétés qui se présentent à cet égard.

DES HERNIES CONGÉNITALES. L rxn

01 i obîiici dtion il g sc jcUt psts, les parties Testent dans l’état où elles se trouvaient immédiatement

Avant le commencement du sixième mois, le testicule est toujours renfermé dans l’abdomen - 'il se trouve ordinairement près des reins , mais iî peut être derrière l’anneau. Par conséquent, cette circonstance est une marque certaine de 1 age du fœtus. La situation du testicule, près des reins est représentée par Wrisberg, Descript. anat. embryon . % 4 , et par Girardi dans les tables de Santorini. V^oy. Girardi tab. Il , fig. 2.

Arnaud rapporte, dans sa traduction du Mémoire de Hunter sur ce sujet, que J. Hunier a rencontré un fœtus de six mois sur lequel le testicule était complètement descendu dans le scrotum. ( Vo y. Mém. de chir. , t. [ , noie, a la pag. 2,5); et Wrisberg lui-même, dans une autre occasion , dit qui] a trouvé les deux testicules dans le scrotum, chez un embryon de quatre mois et chez un autre de cinq

mois. (Voy. le Journal fur die c/drurgie de Loder, B. I St. Il , pag. -1 j5. )

A cette époque le scrotum est très-petit et ne contient que du tissu cellulaire lâche, avec la fin du cordon fibreux qui constitue le gubernacidum testis .

Entre le commencement du sixième et la fin du septième mois, on peut trouver le testicule au-dessus de l’anneau, engagé dans cette ouverture elle-même ou bien immédiatement au-dessous. Quand il a franchi l’anneau du grand oblique, il peut encore être repoussé dans le ventre, parce que l’ouverture de communication n’est pas encore fermée. Parfois même, 011 peut observer ce phénomène quelque temps après la naissance. Vers le huitième mois, les testicules ont ordinairement franchi. Panneau , mais ils ne sont pas

4gB DES HERNIES CONGÉNITALES.

après la descente du testicule dans le scrotum. Le péritoine , au lieu de recouvrir simplement 3a région inguinale, offre alors une ouverture arrondie qui est le commencement d’un canal qui descend au-devant du cordon spermatique et conduit dans la tunique vaginale (i). La membrane qui forme

descendus dans le scrotum , soit que la tunique vaginale communique encore avec l’abdomen , ou que le canal intermédiaire soit oblitéré. Le plus souvent les deux testicules sont parvenus au fond du scrotum au neuvième mois, et sa communication avec le ventre n’existe plus ; mais on peut aussi la rencontrer d’un seul ou des deux cotés à la fois.

Sur cent trois enfans que Wrisbebg examina dans cette intention à l’époque de la naissance , soixante-treize avaient les deux testicules dans le scrotum ; vingt et un avaient un seul ou bien les deux testicules dans l’aine ; savoir : cinq les avaient tous deux; sept seulement le droit, et neuf le gauche. Sur douze enfans, quatre avaient les deux testicules , trois celui du côté droit, cinq celui du côté gauche , contenus dans le ventre.

Sur un enfant de cette dernière section , la descente du testicule arriva le jour même de la naissance; sur trois, le second jour ; sur trois , le troisième ; sur deux , le cinquième, et sur un , le vingt et unième jour. Chez les trois autres , les testicules n’avaient pas paru vers la quatrième ou la cinquième semaine , lorsque ces enfans quittèrent l’hôpital. Sur deux , il y avait une hernie du côté droit. — Comment, soc. reg. scient. Gotting. 1778, ou Commentât, anat . med. phys. etc. , vol. I.

(1) il parait, d’après les observations de Camper , que le

DES HERNIES CONGÉNITALES

cette tunique, au lieu de se terminer à la partie supérieure du testicule, comme elle fait ordinairement, se continue avec le péritoine au moyen du canal dont je viens de parler. Une telle disposition des parties, qui offrent un sac tout prêt à recevoir les viscères abdominaux, rend très -probable la formation d’une hernie. Les organes sont poussés au-devant du cordon spermatique, tout le long du canal membraneux , jusque dans la tunique vaginale; et la maladie, dans ces circonstances, présente les particularités qui constituent la hernie congénitale. Mais il est nécessaire aussi que les

» « ; > ' rv • y

canal de communication est généralement encore ouvert h l’époque de la naissance. Il a disséqué .dix, -sept enfans pour s’assurer de ce fait. 11 trouva le canal ouvert des deux côtés

sur onze d'entre eux ; il était entièrement oblitéré d’un côté

sur un

et seulement en partie du cote opposé chez cinq; et seul il était entièrement effacé des deux- côtes. — «

Sur les

causes des hernies qui se rencontrent si fréquemment' dans les enfans nouveau-nés. » Dans les Mémoires de la société hollandaise des sciences de Harlem , vol. VI et VU 7 en hollandais. Ces mémoires sont aussi renfermés dans ses dissertations , publiées par Herbell, in-8°, Lingœ, iBoo. — Mes propres expériences ne sont pas d’accord avec ce calcul. J’ai le plus souvent trouvé le canal fermé à l’époque delà naissance.

Camper assure plus loin, que le canal est plutôt oblitéré du côté gauche que du droit , et il expliqué , par là , la plus grande fréquence des hernies de ce denïîer’côté.

ürf t

,300 DES HERNIES CONGENITALES.

causes occasionelles des hernies agissent dans ce cas comme dans tout autre, puisque l’existence d une communication ne peut suffire à elle seule pour produire une hernie congénitale. Dans les quadrupèdes , la tunique vaginale communique avec le péritoine, et cependant les hernies sont fort rares chez eux (i); et de la même manière le canal reste souvent ouvert chez l’homme jusque dans l’âgé adulte, sans que pour cela il y ait de hernie. C’est pourquoi le terme de congénital ri est pas appliqiiable à cette hernie dans son acception rigoureuse , puisqu’elle n’existe pas à l’époque de la naissance ; ordinairement elle paraît peu de temps apres cette époque, mais cependant elle peut être retardée, même de plusieurs années (2).

11 paraît probable qu’une circonstance acciden™ telle peut donner naissance à la maladie, lorsqu’elle est congénitale proprement dite, Wrisberg a observé, sur quelques sujets, un petit pli péritonéal,

(1) Wbisberg a vu une hernie scrotale sur un cheval, et il observe que des singes ont été sujets à la même affection.

(2) « Rarissime, si unquàm, talis hernia in recens natos jam adest, sed lestem seriùs protrusum aut presso pede sequitur, aut accidepte aliquâ causâ occasionali, contenta post menses vel annos in saccum hand ooclusum propelluntur. » Callisetï, pars, poster., pag. 394.

DES HERNIES CONGÉNITALES. 5q E

étendu de la partie supérieure du testicule à la fin de Piléum ou du cæcum , et formant une union contre nature entre ces parties. Le testicule, en changeant de situation, doit probablement, dans ce cas, être accompagné delà descente de l’intestin auquel il adhère. Une adhérence de l’épiploon ou de 1 intestin au testicule, dans l’intérieur de l’abdomen, peut déterminer la sortie de ces parties a travers Panneau , lors de la descente du testicule, ou bien elle peut retarder ou même empêcher tout-à-fait cette descente. Sur un enfant qui n’avait qu’un seul testicule dans le scrotum, et qui mourut quelques heures après la naissance, Wris- BEKG trouva l’organe du côté opposé, derrière Panneau, adhérent à l’épiploon au moyen de trois füamens (i). Dans deux hernies congénitales qui existaient à lepoque de la naissance, lorsqu’on réduisit les parties, le testicule remonta vers Panneau (2). Le même auteur trouva également l’épiploon très -adherent au testicule, chez un adulte, bien qu’il n’eût aucune adhérence (3) avec les autres parties. Sur un enfant né avec une hernie «crotale, du côté droit, et qui mourut trois mois

(1) Comment, reg, soc. Scient. Goetting. 1778, p. 71.

(2) Ib. pag. 43, 44.

(3) lb . pag. 71. Pelletât* rapporte un cas semblable. ?lin. chir. , tom. III , pag. 33a .

002 DES HERNIES CONGÉNITALES

après sa naissance, les parties déplacées étaient formées par le cæcum avec son appendice vermiforme et l’extrémité de l’iléum. L’appendice était très-adhérent au testicule et au sac (i). Une adhérence contre nature, formée par une simple bride étendue entre l’épiploon et le testicule, rendait irréductible la hernie du célèbre Zimmerman, qui se soumit à l’opération à cause des incommodités et des symptômes douloureux qu’occasionnait la maladie (2). Soemmering (3) a trouvé l’appendice vermiforme adhérent au testicule.

Il serait inutile d’ajouter ici d’autres exemples à l’appui de cette opinion, puisque l’expérience nous fournit tousles jours des occasions de vérifier la fréquence des adhérences des viscères avec le testicule dans la hernie congénitale. C’est pourquoi je me contenterai de m’en rapporter, sur ce point, à l’opinion de Pott , qui non-seulement affirme, en termes généraux, que les adhérences sont beaucoup plus fréquentes dans cette espèce de hernie que dans toute autre, mais fait en outre remarquer la force des adhérences qui existent

(1) leones her ni œ congenil ce.

(2) Meckel, de morbo hefnioso congenito singular z*, etc. Berolini 1 772.

(3) Danz Zergliederungskunde des ungebohrnen ki tides . vol. II , pag. 164.

DES HERNIES CONGÉNITALES. 5o3

souvent entre les viscères et le testicule, et la difficulté que l’on éprouve à les détruire (i).

Les variétés que présente la descente du testicule produisent des différences considérables dans les hernies inguinales que l’on examine. La maladie peut arriver lorsque le testicule est encore renfermé dans le bas-ventre. Une hernie congénitale peut exister lorsqu’il vient de franchir l’anneau ÿ et cette glande peut alors contrarier les moyens nécessaires pour réduire la hernie ou la maintenir réduite. La hernie peut passer dans le scrotum, tandis que le testicule reste vers l’anneau , ou bien ils peuvent descendre tous les deux à la fois (2). Enfin, le testicule peut quelquefois se présenter à l’ouverture, lorsque la hernie existe, et occasionner des symptômes fâcheux à cause de la pression qu’il éprouve (3).

(1) Works , vol. II, pag. 162 , et vol. Ill, pag. 072 et 299.,.

(2) Pieïghel , de deseensu testicuii , in puero , cum hern . incarc. lethali ; in Ludwig, cidvers. , yoL III, pag. 731.

(3) « Je me souviens, dit Puchter , d’un jeune homme âgé de vingt ans, qui avait une petite hernie et pas de testicule dans le côté gauche du scrotum. Le testicule était renfermé dans Faddomen ; il se présentait souvent à Panneau, et causait de violentes douleurs et les symptômes de l’étranglement, ce qui obligeait de le repousser dans le ventre. Cependant on ne pouvait le plus souvent remplir cette indication que plus de vingt-quatre heures après la sortie dûtes-

5o4 DÉS HERNIES CONGÉNITALES.

L’anatomie de la hernie congénitale est absolument semblable à celle de la première espèce de bubonoeèle, si ce n’est que le testicule est contenu dans la meme cavité membraneuse que les viscères déplacés.

Les symptômes et le traitement de cette hernie, sont les mêmes que pour îa maladie en général.

On peut la distinguer de la hernie scrotale ordinaire, par l’impossibilité de sentir le testicule, que l’on peut bien distinguer dans les cas ordinaires. L’existence de la maladie depuis l’enfanée, donne aussi fortement h soupçonner que la hernie est de ce genre , et l’on a raison de conclure qu’une hernie scrotale chez un enfant, est congénitale , quoique l’observation rapportée dans le quatrième chapitre de ce traité, prouve que cette règle n’est pas sans exceptions (i).

Une épiplocèle congénitale jieut être prise pour une maladie des testicules; Fliistoirc de la maladie servira à établir la différence.

Un liquide peut s’amasser dans la tunique vaginale, lorsque sa cavité communique encore avec {’abdomen; cela peut arriver pendant l'emploi

ticule, et qu’après avoir employé des cataplasmes émolliens. Les symptômes disparaissaient dès que îe testicule était réduit. »

(1) Voy. pag. 63,

DES HERNIES CONGÉNITALES. 00 5

d’un bandage pour une hernie congénitale. Gomme les parties contenues dans la tumeur, rentrent dans le ventre par la pression, on peut confondre ce cas avec une hernie. Mais le liquide redescend dans le scrotum quand on cesse la pression, quoique le malade n’exécute aucun mouvement; et cette circonstance réunie à la fluctuation et à la transparence de la tumeur, est suffisante pour établir le diagnostic. Le liquide disparaît ordinairement par absorption chez les jeunes sujets.

Comme il paraît que ce canal, qui fait communiquer la tunique vaginale avec l’abdomen, a une disposition constante à se contracter et s’oblitérer, il est probable que cet effet aura lieu chez les jeunes sujets, si Ton a soin de réduire les viscères et de les retenir dans leur situation naturelle, à l’aide d’un bandage convenable, et l’on obtiendra ainsi une cure radicale en fort peu de temps; on ne peut s'attendre au même résultat dans un âge plus avancé, oii l’emploi du bandage est simplement, comme dans les autres espèces de hernies, un moyen palliatif.

Le chirurgien , avant d’appliquer un bandage pour une hernie inguinale ou scrotale chez un jeune sujet, doit non-seulement s’assurer que les | parties déplacées sont bien réduites, mais aussi i que le testicule occupe dans le scrotum sa position naturelle. Une hernie peut arriver chez un en-

DES HERNIES CONGENITALES,

faut lorsque cette glande n’a pas encore quitté l’abdomen, j’ai déjà cité deux cas de hernie scrotaie, dans lesquels le testicule du côté malade n’était jamais descendu dans le scrotum. Pott (i) et Haller (2) , en ont fourni de semblables. L’application d’un bandage sur des en fan s, dans cette circonstance, pourrait devenir nuisible en retardant la descente du testicule. Si cet organe n’était parvenu qu’à l’aine, la pression de la pelotte sur lui, pourrait produire des effets encore plus fâcheux.

Je n’ai que deux ou trois remarques à faire sur l’opération dans le cas de hernie congénitale. Le sac péritonéal ne doit être ouvert que jusqu’à la partie supérieure du testicule seulement, en laissant entière une portion de la tunique vaginale suffisante pour recouvrir entièrement cet organe. L’incision doit s’étendre plus bas s’il y a des adhérences.

Les parties sont fréquemment entourées, par une contraction du sac herniaire, non-seulement à l’endroit où il communique avec l’abdomen, mais aussi dans d’autres places où l’on n’aurait pas

(1) Account on a particular species of rupture , etc. pag. 34.

(2) Opera minora , vol. III : pag. 018.

DES HERNIES CONGENITALES.

attendu cette circonstance. M. Wilmer (i) dit qu’il a ordinairement trouvé l’étranglement dans ces espèces de hernies , au coi du sac luimême , et non pas à l’ouverture aponévrotique du grand oblique ; et M. Pott (2), rapporte un cas de rétrécissement dans la partie supérieure du sac.

Ce dernier auteur a vu et rapporté plusieurs cas où le sac herniaire était resserré plus bas, de sorte qu’il embrassait très- étroitement les parties déplacées. L’intestin était, tellement serré par cette espèce d’étranglement, après la mort, qu’on ne put le retirer sans déchirement; et l’épiploon , par la même cause, avait été transformé en une substance ferme et solide, tandis qu’au- dessus et au-dessous de cette partie contractée, il était encore susceptible d’être étendu (3). Wrisberg (4)? fit la même observation sur un malade qu’il examina. Il y avait, dans le sac herniaire, deux resserremens, dont le plus étroit formait un anneau

(1) Pract. obs. , pag. 10, et M. A.lan s 0$ dit que presque tous îes cas où il a rencontré l’étranglement au collet du sac, étaient des hernies congénitales , ibid , pag. 96.

(2) TV o rks , vol. IÏI , pag. 299.

(3) Works , vo). Il, pag. 161; vol. Ill, pag. 29*1 et suiv.

(4) Lib, citât, pag. 69 et 70.

5o8 DES HERNIES CONGÉNITALES.

solide et tendineux , qui se trouvait précisément au dessus du testicule, à l’endroit où la tunique vaginale se termine ordinairement (i). L’autre, d’un aspect et d’une structure semblables, formait l’ouverture de communication avec l’abdomen. 11 attribue ce resserrement à l’accomplissement partiel de l’oblitération naturelle de la tunique vaginale. Scarpa (a) trouva un resserrement, dans le corps du sac de deux hernies congénitales qu’il opéra $ et Pelletan (3) a vu deux fois un trou étroit et arrondi, qui établissait une communication entre le sac herniaire et la tunique vaginale, rempli entièrement par l’épiploon qui était descendu dans cette dernière.

OBSERVATION

Hewer, âgé de vingt-quatre ans, fils d’un fermier de Glocestershire, avait été plusieurs fois

(i) Lecat , trouva , en disséquant, un étranglement complet formé par une pareille ouverture. Le malade mouriit de cette cause , tandis que la liberté de l’anneau et l’absence complète de douleur et de tension à la partie supérieure de la tumeur , avaient fait penser au chirurgien que la hernie n’avait pas de rapport avec les symptômes. Philos, trans. , vol. 5y.

(os) Mém. ï , § to.

(3) Clin, chirur. . tom. Ill , ,pag. ioB et 335.

DES HERNIES CONGENITALES. 009

incommodé d’une hernie scrotale intestinale, depuis l’âge de douze ans. Quoiqu’il devînt évident par la suite que cette hernie était congénitale, elle ne s’était manifestée, cependant, qu’à l’époque indiquée, et n’était sortie qu’un petit nombre de fois.

Les parties se déplacèrent, tandis qu’il allait à cheval, le lundi 1 5 septembre 1807, et les symptômes de l’étranglement survinrent rapidement. On eut recours sans délai aux moyens les plus efficaces. Une saignée copieuse faite au bras, des applications froides sur la tumeur, ne produisirent aucun amendement : et l’emploi du tabac, en fumée et en infusion, resta également sans effet. Ce dernier remède fut employé jusqu’à ce que son action complète sur l’économie eût lieu, comme pn put s’en convaincre par la diminution considérable de la force et du nombre des pulsations, par les sueurs froides, la pâleur, un sentiment de malaise et d’anxiété, et un état de faiblesse trèsvoisin de la syncope. C’est par ces symptômes, et non par la longueur du temps, et la quantité du remède employé, que l’on peut savoir si le tabac produit quelque chance de succès pour le malade.

L’opération fut pratiquée le mercredi soir, 17 septembre. Ve! s le milieu de l’espace qui sépare le testicule de* l’aine, le sac était tellement resserré, qu’on ne pouvait passer qu’une sonde sous l’étran-

DES HERNIES CONGÉNITALES

5lO

glement. Les parties déplacées éprouvaient , dans ♦

cet endroit, une constriction aussi grande que si elle avait été produite par l’anneau; cette circonstance inattendue fut d’abord embarrassante; en effet, comme on avait ouvert premièrement la portion supérieure du sac, et qu’on ne pouvait découvrir immédiatement la communication à cause du resserrement de l’étranglement, il s’éleva des doutes sur la nature de la partie inférieure de la tumeur. »

Quand on eut entièrement ouvert le sac herniaire, on trouva une anse intestinale immédiatement en contact avec le testicule, et recouverte par une portion de l’épiploon. Ces deux parties étaient thune couleur rouge foncé tirant sur le brun; l’étranglement, qui existait à l’ouverture supérieure du canal, ne permettait pas d’introduire l’extrémité du doigt, de sorte que je jugeai nécessaire d’employer la sonde cannelée et le bistouri concave pour le debridement. L’intestin, qui conservait une profonde impression de l’étranglement, fut facilement réduit, et l’épiploon fut coupé au niveau de l’anneau sans écoulement de sang de sa part. Cette dernière partie rentra immédiatement dans le ventre.

On donna au malade un lavement ordinaire, et on lui fit prendre souvent pendant la nuit une dissolution de sulfate de magnésie dans l’eau de

DES HERNIES CONGÉNITALES. 5ll

menthe. Mais il n’y eut aucune evacuation alvine jusqu’au jour suivant , où le malade fut bien soulagé, après plusieurs selles abondantes. La maladie suivit la marche la plus favorable; une simple saignée, avec des fomentations sur l’abdomen, suffirent pour remédier à une légère disposition inflammatoire. Le malade observa rigoureusement une diète légère, et on n’employa d’autres médicamens que quelques potions effervescentes salines avec quelques minoratifs. L’abdomen continua d’être mou et exempt de tension, excepté aux environs de la plaie. Dans cet endroit il était dur, et la pression y occasionnait une légère douleur pour laquelle on appliqua deux fois des sangsues avec succès.

Le malade était tellement rétabli le 2 octobre, qu’il put être reporté dans son habitation, qui était à plusieurs milles de l’endroit où l'étranglement s’était manifesté.

Comme les parties, dans la hernie congénitale , sont toujours déplacées en dehors de l’artère épigastrique, on peut également faire le debridement en dehors vers l’iléumou bien directement en haut.

5 12 DLS HERNIES CONGÉNITALES.

SECTION IL

Cas dans lequel les parties et le sac qui les contient sont renfermés ensemble dans la tunique vaginale .

On a décrit depuis peu une espèce particulière de hernie qui pourrait très-fort embarrasser l’opérateur , s’il n’était pas prévenu de la possibilité de sa rencontre. Dans le cas dont je parle , les viscères déplacés et entourés par leur sac herniaire, sont renfermés dans la tunique vaginale. Par conséquent , la hernie a dû s’être formée lorsque la communication avec le péritoine était déjà détruite, mais avant que la tunique vaginale se fût retirée de l’anneau vers le scrotum. On n’a observé que deux cas de cette espèce. Le premier a été décrit par M. Hey (i) , et un autre a été depuis rapporté dans l’ouvrage de M. Cooper (2).

Il faudrait, dans ce cas, après avoir ouvert la tunique vaginale, inciser également le sac qui renferme plus immédiatement les organes déplacés.

(1) Voyez « Précis sur une nouvelle espèce de hernie scrolale , » dans ses Pract. obser. , pag. 221 et suiv. , publié dans les OEavres de Gooch, vol. II , pag. 2 17.

(2) Part. I , pag. 5q.

DES HERNIES CONGENITALES. Ol3

SECTION III

Hernie congénitale chez la femme .

-La distinction de cette Iiernie chez la femme est d’une importance pratique encore moins grande que chez l’homme. En effet, il n’y a aucun signe auquel on puisse la distinguer de la hernie ordinaire ; et, supposé qu'on le puisse, son traitement est absolument le même.

Nuck (i) a le premier remarqué un petit prolongement du péritoine qui se porte dans le canal inguinal, au-devant du ligament rond de l’utérus» et qm se termine par un cuî-de-sac dans l’aine. Il 1 appelle diverticulum 3 et il le décrit comme ayant environ un demi -pouce de longueur, et n existant pas constamment. Ces mêmes circonstances ont été ensuite observées par d’autres. Sur quatorze enfaos nouveau-nés que Camper (a) examina , il vit cesproiongemens sur trois; et Lecat (3) rencontra, sur une femme de cinquante-six ans, un canal du volume d’une plume d’oie, conduisant, a travers 1 anneau, dans une petite cavité qui pouvait recevoir le doigt. Wrisberg (4) surtout s’est 1 ■ — ■ ■ ■■■ ■ — ■ 1 1 1 —

(1) Adenographia curiosa , cap. X. « De peritonei diver - Mentis no vis , » fig. 35 , 39, 4 o.

(2) Haarlem transact. , vol. VI et VII.

(3) Philos, mans. , vol. XLV1I.

(4) hde testicul. descensu y etc. , § 34. — Dans ses Com mentationes med. physiol . , etc», vol I , pag. 284.

5i4 DES HERNIES CONGÉNITALES.

occupé de ce sujet de recherches. Sur deux cents cadavres de femme , il en trouva dix-neuf qui présentaient , la plupart des deux côtés , quelquesuns d’un seul, un canal qui, conduisant dans l’aine ou la grande lèvre, était tapissé par le péritoine, appliqué sur le ligament rond et terminé par une extrémité obtuse. Ces canaux, dans quelques cas, pouvaient admettre une sonde, une plume ou le doigt.

Il n’est pas certain que ces diverticules se ferment de la même manière que s’opère la séparation du péritoine et de la tunique vaginale. Et il ne parait pas probable que leur existence favorise beaucoup la formation des hernies.

Mèrnies ventrales. SiS

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