‹ Traité des herniesChapitre 8 sur 45 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

O N peut rapporter à deux classes générales les causes des hernies , suivant qu elles paraissent agir en augmentant la pression des viscères, ou en diminuant la résistance des parois abdominales. On pourrait, dans un ordre systématique, ranger les premières comme occasionnelles ou excitantes, et les dernières comme causes prédisposantes de ces maladies.

Les contractions alternatives du diaphragme et des muscles de l’abdomen , sont comptées parmi les principaux a gens de la respiration. Les parties contenantes et les parties contenues sont dans un état continuel d’action et de réaction : les dernières, particulièrement les intestins, tendent constamment à occuper un plus grand espace, et par là distendent les parois,- tandis que celles-ci, formées principalement de muscles, exercent une action compressive sur les viscères. Ces puissances sont ordinairement en équilibre ; et la pression constante qui en résulte , maintient les organes abdominaux dans leur position respective ; mais cet équilibre est détruit dans diverses circonstances.

CAUSES

L’accroissement général des parties contenues produit un relâchement général des parties contenantes , comme on le voit dans l’ascite, la tympanite ou la grossesse : un relâchement semblable des parois peut arriver dans un espace limité de l’abdomen , et constituer une espèce de hernie ventrale. Mais aucun de ces cas ne rentre, à proprement parler, dans la description de la hernie.

La pression constante que les muscles delà respiration exercent sur les viscères, est considérablement augmentée par tout effort violent , qui est toujours accompagné d’une forte action des puissances inspiratrices et expiratrices en même temps. Quand ces efforts sont portés au-delà d’un certain point, les parois de la cavité cèdent à la force d’impulsion dans les parties où elles sont affaiblies parles ouvertures de transmission des vaisseaux ; et les viscères sont chassés hors de leur situation , en poussant devant eux une portion du péritoine, qui forme le sac herniaire. C’est ainsi que les hernies sont fréquemment produites par l’action de lever ou de porter un pesant fardeau, de courir ou de sauter; en un mot, dans toutes les circonstances où l’on fait des efforts considérables. Dans ces occasions, les muscles abdominaux et le diaphragme se contractent avec force, pour fixer Je tronc et pour donner un point d’appui aux membres. Quand on fait un effort , on dit corn-

DES HERNIES* ig

munément que l’on retient sa respiration • c’est-àdire que Ton met d’abord le diaphragme en action par une profonde inspiration, et qu’alors on contracte les muscles abdominaux. Les viscères, comprimés par ces deux forces , s’échappent par l’endroit où ils en trouvent le moyen , pourvu que leur pression excède la résistance que leur oppose l’anneau , ou l’arcade crurale. On peut expliquer , d’après ces principes, l’observation que l’on a faite de la grande fréquence des hernies , soit parmi les habitans des pays montagneux (î), qui trouvent souvent l’occasion d’exercer leur force et leur activité, soit dans les classes laborieuses de la société.

D’autres causes, que Fou peut rapporter au même genre, se trouvent dans Faction forcée des muscles de la respiration pour l’expulsion des matières contenues dans les viscères. Le vomissement, les efforts de la défécation et l’acte de l’accouchement, produisent fréquemment des hernies. J’ai souvent vu, chez des malades attaqués de rétrécissement de l’urètre, des hernies se former graduellement, par les efforts habituels nécessaires pour uriner. Les cris, la coqueluche, sont des causes fréquentes de cette maladie chez les enfans.

(ï) Blumenbach a fait cette observation sur les Suisses et les habitans des Alpes en général.

Richter , chirurgische Bibliothek , b. 8.

so

CAUSES

Le déplacement des intestins, par Panneau et l’arcade crurale, est favorisé par la situation de ces ouvertures , aussi bien que par la faiblesse relative des parois. Le diaphragme et les muscles abdominaux exercent une forte compression en haut , sur les côtés et en avant , et poussent ainsi les parties en bas et en devant contre les ouvertures indiquées. Quand la partie supérieure de la cavité est soumise à une forte pression externe , comme celle d’un corset serré , les viscères sont poussés en bas, ce qui facilite beaucoup la formation des hernies inguinales et crurales. La dissection peut prouver que les conséquences de cette pratique ne sont pas imaginaires ; elle nous montre un changement évident de figure dans les côtes inférieures, et quelquefois des marques visibles de pression extérieure sur la surface du foie.

En observant le grand espace qui, sur le squelette , constitue l’ouverture inférieure du bassin , ainsi que la limite de la cavité abdominale , on serait tenté de regarder cet endroit comme un siège fréquent de hernies. La position est ici particulièrement favorable à leur formation • et une forte impulsion est communiquée à la main appliquée sur cette partie, toutes les fois qu’une pression générale

est exercée sur les viscères de l’abdomen. Mais cette

ouverture est occupée, dans l’état naturel, par les ligamens sacro-ischiatiques et les muscles releveurs

de l’anus. Ces derniers muscles, en formant une large surface concave, qui ferme le devant et les côtés du bassin dans cette région , et en replaçant les viscères quand ils ont été poussés par les efforts , constituent une puissance antagoniste des muscles de la respiration. Une aponévrose épaisse ? étendue de l’arcade des pubis à la prostate et au col de la vessie , prévient les déplacemens dans cet endroit ; la vessie et le rectum offrent aussi un obstacle considérable à la formation des hernies dans ce lieu. La sortie des viscères à travers la grande échancrure ischiatique , est presque entièrement empêchée par le muscle pyramidal , et par les vaisseaux et les nerfs qui occupent et traver-’ sent cette ouverture.

On a rangé parmi les causes prédisposantes des hernies l’étendue trop grande des ouvertures par lesquelles elles se font , la faiblesse et le relâchement des bords de ces ouvertures , et la laxité contre nature du péritoine (i). La première cir-

(i) « Celle faiblesse, cause prédisposante des hernies, « consiste , ou en une laxité contre nature du péritoine y « qui , dans les endroits où il n’est pas soutenu par les « muscles du bas-ventre , comme à l’anneau , cède â la dis» « tension, ou en un relâchement et une extensibilité contre « nature du mésentère et de toutes les parties qui maintien» « nent les viscères du bas-ventre dans leur situation. » Richter , Traité des Hern. , p. 10.

CAUSES

constance a probablement une influence principale , puisque, chez les hommes, où l’anneau abdominal est naturellement large, les hernies inguinales se rencontrent très-fréquemment , tandis que la hernie fémorale est très-rare; les femmes, au contraire, qui ont les dimensions de ces ouvertures en rapport inverse, sont rarement affectées de hernies inguinales. Sans cependant chercher à décider quelle en est la véritable raison , on peut certainement affirmer que quelques sujets présentent une disposition incontestable a ces maladies. Chez ces individus, une cause occasionnelle très-légère, comme Taction de tousser ou d’éternuer, produit une hernie; cette maladie, bien plus, apparaît quelquefois spontanément. «Je connais, dit Rich - « ter (i) , un savant qui mène une vie sédentaire , « et auquel , il y a quelque temps , il survint inopi- « nément une hernie inguinale. Je lui appliquai un « bandage , et , quelques semaines après , il eut une « semblable hernie du côté opposé : je lui fis faire « un bandage pour cette nouvelle hernie ; mais il « lui survint bientôt après une hernie crurale. J’ai « observé plusieurs cas semblables, et j’ai vu de cette « manière un homme être attaqué en très-peu de « temps de quatre et même cinq hernies, sans que « je pusse découvrir la moindre cause occasion-

(i) Traité des Hernies , pag. g.

u nelle. » La nécessité d’admettre quelque différence originelle de structure favorable à la formation des hernies, est évidente d’après cette considération ; savoir , que les ouvertures existent dans tous les sujets, et que les causes occasionnelles sont appliquées à tous les individus , taudis que l’effet est seulement particulier.

Quand on dit que la hernie a paru quelquefois être héréditaire , il faut entendre par là qu’il existe dans la formation des parties une certaine faiblesse originelle, qui dispose à cette maladie , et que cette infirmité peut être transmise par la génération ; et dans ce sens , on ne peut contester la vérité de cette

assertion (i). Je pense que ce mot héréditaire , appliqué à la hernie , a toujours été employé suivant cette interprétation , et que son usage dans un sens strict a été seulement supposé par ceux qui désiraient montrer leur esprit, en réfutant une absurdité de leur propre invention.

(i) « On ne peut point nier que cette cause prédisposante « des hernies ne soit héréditaire : je ne prétends pas plus « que des pères attaqués de hernie engendrent toujours des « enfans qui seront affectés de cette maladie , que je ne pré- « tends qu’ils engendrent toujours des enfans qui leur res- « semblent; mais on observe quelquefois l’un et fautre. « J’ai vu des hernies survenues spontanément et sans aucune « cause extérieure, l\ des enfans dont les pères avaient des i< hernies. »

B.ICHTER , -c. , p. io.

CAUSES

La dilatation des ouvertures à travers lesquelles les hernies se font , à la suite de la distension des parois abdominales pendant la grossesse , rend raison de lapins grande fréquence des hernies en général, et des exomphaîes en particulier, chez les femmes qui ont eu des enfans. La formation de la hernie ombilicale, après Ihydropisie, peut être expliquée de la même manière.

Les hernies qui paraissent après les maladies débilitantes, et celles qui arrivent aux personnes dont l’embonpoint disparaît soudainement , doivent être rapportées à la faiblesse.

On a considéré les plaies pénétrantes des parois abdominales comme prédisposant fortement aux hernies. Ces cas ne sont pas assez communs dans la pratique ordinaire, pour que je puisse prononcer. Je ne me souviens pas d’avoir vu cet effet produit dans aucun cas. Richer and observe , à ce sujet, que les hernies manquent rarement d’arriver, quelque ferme que soit la cicatrice, à moins qu’on n’emploie un bandage pour les prévenir, et qu’on peut à coup sur s’y attendre après une contusion considérable, qui détruit le ressort des parois (i). Il rapporte un cas dans lequel un coup de sabre, d’environ un pouce de longueur, dans l’hypochondre droit, se cicatrisa exactement. Le

(î) Nosographie chirurg . , t. ill, p. 3q.

malade ne porta pas de bandage après son rétablissement , et au bout de dix-huit mois il avait une tumeur, du volume des deux poings. Cette hernie pouvait être aisément réduite et contenue (i).

OBSERVATION

Un de mes amis a rencontré un exemple remarquable de ce dernier genre sur un émigré français. Le danger, les inquiétudes et la fatigue que cet infortuné gentilhomme éprouva en fuyant son pays natal, et l’extrême indigence à laquelle il se trouva réduit à son arrivée en Angleterre , le firent passer de l’état d’embonpoint, produit par la table somptueuse de l’abondance, à un état de maigreur considérable ; et une hernie se forma à chaque aine.

Quelquefois on ne peut déterminer quelle est la cause directe de la hernie, comme lorsqu’elle arrive après un coup, après les secousses d’une voiture, ou après un violent exercice à cheval. La dernière circonstance a certainement une influence décidée sur la production de la maladie ; car on

(i) Nosographie chirurg. , t. lit, p. 319.

Un cas de hernie ventrale , venue après une incision faite pour évacuer un abcès de l’abdomen, est rapporte dans le premier volume des Miscellaneous writings de Schmuicer ,

CAUSES

trouve un bien plus grand nombre de hernies chez les cavaliers que chez les fantassins.

11 serait inutile de faire un point d’énumération de chacune des circonstances ordinaires qui peuvent accidentellement contribuer à la formation d’une hernie. Les vues générales, que j’ai déjà données, mettront le lecteur à meme d’entendre suffisamment ce sujet. Je crois convenable de faire observer que quelques-unes des causes assignées par les auteurs systématiques, sont totalement inexactes et même ridicules. Ainsi dans son ouvrage, si recommandable sous tous les rapports, Richter attribue l’origine de plusieurs hernies a l’usage des boissons aqueuses et relâchantes, des alimens gras et huileux ,* à l’humidité du climat,, etc. Le poisson et même le lait ont été accusés de favoriser la formation de cette maladie.

Les hernies qui dépendent d’une cause prédisposante arrivent en général graduellement et presque insensiblement ; tandis que celles qui sont produites par les exercices du corps, se forment soudainement et par l’action immédiate de la cause excitante. La production de la maladie est souvent indiquée, dans le premier cas , par un gonflement joint à un sentiment de faiblesse et de gêne aux environs de l’anneau abdominal. La tumeur est augmentée par toutes les actions des muscles respiratoires , et , en conséquence, elle devient plus sen-

sible pendant la toux et quand on relient sa respiration; tandis qu’elle disparaît par la pression et par la position horizontale du corps. Elle se fraye graduellement un chemin, à travers le tendon du muscle oblique externe, dans Taine, et ensuite dans le scrotum. Quand une hernie arrive subitement , le malade éprouve ordinairement de la douleur, et la sensation d’un corps qui passe à travers les parois de l’abdomen.

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Symptômes

x CHAPITRE III.

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