PORTUGAL
La presse, la parole, la caricature, le thé&tre , tout est libre dans ce beau pays, et libre à un point inconcevable en France.
J'ai vu, j'ai rapporté des caricatures du roi , de la reine, des princes, qui faisaient rire tout le monde sans scandaliser personne. Je crois que dans les albums royaux on trouverait quelques-uns de ces meilleurs dessins ; en tous cas , j'afGlrme que je les ai vus sur des tables où les personnages officiels les feuilletaient et les laissaient feuilleter en les critiquant seulement au point de vue de la rectitude de la ligne et de réussite de Tépigramme.
A la cérémonie du centenaire de Gamoêns , quelques étourneaux, qui se prétendent républicains, se mirent à crier': Vive la République! en face du roi. Le roi n'eut pas peur, et, comme il n*y avait dans le cortège ni agent de police ni gendarme pour faire du zèle mal à propos, on n'arrêta, on ne bouscula personne.
Les procès de presse sont inconnus; j'ajoute que les scandales de la presse sont très rares. J'ai vu beaucoup de caricatures politiques; je n'ai pas vu de dessins obscènes, et il a fallu Texportationde nos romans naturalistes pour compromettre un peu les vitrines des libraires.
Cette liberté absolue de parler et d'écrire ne multiplie pas les partis; elle lesémiette, au contraire, et si les journaux n'avaient pas développé extraordinairement la mode des correspondances, des rendez-vous acceptés ou donnés par les annonces, ils serviraient à peu de cbose. Ils donnent des nouvelles ; ils discutent la plupart du temps les questions avec une grande modération ; il n'y a guère qu'aux époques d'agitation électorale que le ton se hausse, que la polémique s'aiguise et prend une allure d'animosité personnelle. Des duels signalent cette période ; on vide entre soi le compte des diffamations et des calomnies ; on ne le porte pas devant les tribunaux.
L'opposition arrive fréquemment au pouvoir, le roi suivant
avec fidélité les moavements de Topinion ; mais l'opposition est rarement radicale, et, comme Ton discute surtout sur des nuances , les journalistes de la Teille , devenus ministres , se trouvent souvent & la même table q«e les ministres qu'ils ont renvoyés à leurs Journaux La presse est la pépinière des ministres : ni le parlement, ni le roi, ni les journaux, ni le pays ne s'en plaignent.
(Article de M. Louis Uibach, Revue politique et littéraire^ 17 mai