‹ Traité des instruments de martyre et des divers modes de supplice employés par les paiens contreChapitre 40 sur 93 · DE LA FAÇON DONT LES ANCIENS FRAPPAIENT LES PRISONNIERS · texte numérisé non relu

DE LA FAÇON DONT LES ANCIENS FRAPPAIENT LES PRISONNIERS

La coutume des anciens était, lorsqu'un prisonnier devait être fouetté, de commencer par le dépouiller, puis de le frapper sur le dos, sur le ventre ou sur toute autre partie du corps avec des bâtons ou autres instruments de flagellation. Et les bourreaux exécutaient ce châtiment de bien des façons diverses. Quelquefois ils attachaient les condamnés à des poteaux fixés en terre ou à des piliers; d’autres fois ils les étendaient à terre ou bien ils les attachaient à des piques aiguës élevées de terre d’un pied au-dessus du sol; d’autres fois encore, suspendant leurs victimes en l'air, le corps pendant en droite ligne, ou les faisant monter sur les épaules d’un autre, comme font les garçons, ils leur fouettaient le postérieur. Une autre méthode encore était de fixer en terre quatre chevilles, d’étirer de force les prisonniers, de leur attacher les mains et les pieds à ces chevilles, et ensuite, après avoir allumé du feu au-dessous d’eux, pour leur plus grande souffrance, de les flageller sans merci. De plus, les magistrats du peuple romain avaient l'habitude de commander à leurs bourreaux ou licteurs, comme on les appelait, premièrement, de dépouiller et mettre à nu les victimes qui devaient être punies, comme il est clairement démontré par la plupart des Actes des saints martyrs, spécialement ceux des saints Ananias, de Secundianus, Clément d’Ancyra, sainte Barbara, vierge et martyre, saint Apollinaire, évêque, et d’autres.

Mariétés de ffageffation

On peut trouver la confirmation de ce que nous venons de dire et son évidence certaine dans beaucoup d’écrits des anciens euxmêmes, par lesquels il sera de même prouvé que les juges et les magistrats du peuple romain avaient l'habitude, pour châtier les criminels, d’ordonner à leurs officiers de les mettre à nu, comme il a été dit ci-dessus, et d'exercer sur eux leurs bâtons et leurs haches. Aïnsi Tite-Live écrit : « Les consuls commandent que l’on dépouille l'homme de ses vêtements et que l’on prépare les haches. « J'en appelle, crie Volero, au peuple, voyant que les tribuns aiment mieux voir un citoyen romain battu à coups de bâton devant leurs yeux plutôt que d’être eux-mêmes assassinés dans leurs lits par eux! » Mais plus furieusement il criait, plus le licteur mettait de hâte féroce à lui déchirer ses vêtements pour le mettre à nu. » Et le même historien, dans un autre endroit, parlant de Papirius Cursor : » Il ordonna au licteur de préparer sa hache. A cet ordre, le Praesnestine demeura étonné ; mais l’autre dit seulement : «Maintenant à l’œuvre, licteur, etcoupezletronçon qui met obstacle à l'exécution. » Valérius Maximus, aussi, racontant la même histoire, dit : « Il commanda que les bâtons fussent préparés et l'homme dépouillé. » Et de nouveau Tite-Live, dans un autre livre de son histoire : « Alors Papirius ressentit une nouvelle colère et ordonna que le maître du cheval fût mis à nu et que l’on préparât les bâtons. » De même Cicéron, dans son discours /n Verrem, dit : « En conséquence, il commande que l’on saisisse l’homme et qu’on le mette à nu dans le Forum, qu’on le lie et que les bâtons soient préparés. »

Tous ces passages prouvent donc clairement que les prisonniers étaient battus par leslicteurs, seulement après avoir été au préalable dépouillés de leurs vêtements.

Maintenant, le fait que les saints martyrs étaient frappés avec des fouets sur le dos, sur le ventre ou sur toute autre partie du corps, est clairement démontré par les Actes des martyrs saints

Lortures et Éourments des Martprs rétiens

Clément d’Ancyra et Ananias, nommés ci-dessus, aussi bien que par ceux de saint Claudius et ses compagnons. Qu'ils aient été frappés dans les anciens temps par les païens, après avoir été attachés à des poteaux ou piliers, étendus à terre ou sur des piques aiguës fixées dans le sol ou bien fortement liés à quatre chevilles, comme il a été décrit ci-dessus, tout cela peut étre prouvé par de nombreux passages tirés, soit de nombreux Actes des saints martyrs Paul, Juliana, Eulampius et Eulampia, frère et sœur, sainte Anastasie, vierge et martyre romaine, et une légion d’autres. Lisez encore à ce sujet ce que nous avons dit dans le chapitre Ier concernant les poteaux, les piliers et les arbres auxquels étaient suspendus les chrétiens pour être torturés.

Enfin, on peut apprendre que les saints martyrs étaient frappés, comme on fouette les enfants, par Prudentius (hymne de saint Romain), où Asclepiades donne des ordres au sujet d’un certain Barula que, involontairement et à son insu, il allait consacrer comme un saint martyr du Christ :

— pusionem praecipit

Sublime tollant, et manu pulsent nates.

Mox et remota veste, virgis verberent, Tenerumque duris ictibus tergum secent, Plus unde lactis quam cruoris defluat.

CHERE Il leur ordonne de soulever le garçon et de Jui frapper les fesses avec leurs mains et de fouetter, à coups répétés, son dos délicat d’où pouvait couler plus de lait que de sang. »

Mais ce n'était pas seulement les garçons n'étant que des enfants, comme Vitus et Barula que l’on fouettait comme des écoliers, mais aussi d’autres personnes d’âge plus mür et des deux sexes, méthode employée à ce qu’il semble, pour mêler l’ignominie à la souffrance. Ainsi saint Thomas, très révérend

Des Licteurs

évêque, fut fouetté, ainsi que nous le voyons écrit par Victor Sur la Guerre des Vandales, de même que saint Afra.

SUR LES OFFICIERS DONT LE DEVOIR ÉTAIT, DANS LES ANCIENS TEMPS, DE FRAPPER LES PRISONNIERS

Les officiers que l’on employait pour battre les prisonniers, par ordre des magistrats, étaient appelés licteurs. Ceux-ci appartenaient aux consuls, proconsuls et autres, les consuls et proconsuls en ayant chacun douze, les autres magistrats six, à l’exception seulement du prêteur de la ville qui n’en avait que deux. Les licteurs marchaient devant chaque magistrat, portant des faisceaux de bâtons liés, avec une hache au milieu, et connus sous le nom de fasces, afin que, lorsque cela leur était commandé, ils pussent délier ces faisceaux, commencer par frapper l’homme avec leurs bâtons, et ensuite l’abattre avec leur hache. Ces faits peuvent être confirmés par de nombreux témoins, parmi les anciens écrivains. Citons d’abord Cicéron, qui dit dans son long discours Contre Verres : « Six vigoureux licteurs l’entouraient, hommes bien exercés dans l’art de frapper et fouetter les criminels. » Puis Tite-Live : « Va, licteur, lie-le au poteau. » Le fait est également prouvé par la lugubre formule par laquelle on ordonnait au licteur d'infliger le châtiment accoutumé à un traître. Cette formule était : « Va licteur, lie-lui les mains, couvre-lui la tête, pends-le à l’arbre fatal. » Tite-Live, aussi, écrit, au sujet de Publius Horace, dans l'affaire des Horace et des Curiace : «Ainsi, les Duumvirs le condamnèrent à mort; alors, l’un d’eux, s’adressant à Publius Horace, dit : « Je te déclare, Publius Horace, coupable de haute trahison; va licteur, lie-lui les mains. » Et un peu plus loin encore : «Ce même homme, continua-t-il, que vous venez de voir, Quirites, marchant honoré, triomphant et victo-

Sortures ef Éourments des Martprs chrétiens

rieux, pouvez-vous supporter de le voir, debout sous le gibet, lié et soumis au fouet et à la torture? » Et, tandis que les yeux des Albains pouvaient à peine supporter un si hideux spectacle : «€ Va, licteur, cria-t-il, lie-lui les mains, ces mains qui, dernièrement, étaient armées et conquéraient des empires pour le peuple romain. Va, couvre la tête du libérateur de cette ville, pends-le à l'arbre fatal, flagelle-le, soit sous les liens, c’est-à-dire sous les lances de l'ennemi, soit sans liens, parmi les tombes de Curiace. »

Pour compléter notre récit, nous pouvons de plus ajouter ce que Aulu Gelle a laissé concernant les licteurs : « En outre, les licteurs avaient d’autres devoirs à remplir; c'était leur office, non seulement de lier et de battre les criminels et de les frapper avec leur hache, mais aussi de les pendre, si c'était nécessaire, d’où ces mots : « Va, licteur, lie-lui les mains, couvre-lui la tête et pends-le à l'arbre fatal. » De plus, appartenait à ces mêmes officiers le devoir de faire évacuer les rues par la foule, de faire taire à l’occasion ceux qui parlaient trop longtemps, et même d’étrangler les criminels, ainsi que le démontre Plutarque dans sa Vie de Cicéron, quandil écrit sur Lentulus : « Premièrement, le Consul fait retirer Lentulus du Palatium et le fait marcher le long de la voie sacrée, et au milieu du Forum. Puis, sans quitter le Forum, arrivant à la prison, il livre son prisonnier au licteur et ordonne qu'il soit étranglé. » Un autre devoir des licteurs était de se rendre aux maisons des personnes qui manquaient à la Cour et de frapper à la porte avec un bâton, afin de les sommer de s’y rendre. Mais assez sur les licteurs et leurs offices.

DIVERSES AUTRES FAÇONS DONT LES CHRÉTIENS ÉTAIENT FRAPPÉS PAR LES PAIENS

Des coups de poing, des coups de pied et des coups sur les oreilles étaient souvent administrés aux martyrs chrétiens ainsi

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FiG. XV A.— Martyr recevant des soufflets, des coups de | C. — Martyr dont le visage et la mâchoire sont

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Martpre de saint PotBin

que des soufflets, tandis que leurs visages étaient meurtris par les pierres et leurs mâchoires brisées ou eux-mêmes accablés sous les pavés et ainsi mis à mort. Les coups de poing, les coups de pied et les soufflets furent la part des plus glorieux héros de notre foi; les saints Marcellin, prêtre, Epipodius, Aquilina, Tatiana, Félicitas, Speusippus, Eleusippus, Meleusippus, et enfin Pothenus ou Pothin, évêque de Lyon, dont Eusèbe décrit ainsi la mort dans son Histoire Ecclésiaslique :

« Saint Pothin, à qui l'évêché de Lugdunum (Lyon) avait été conféré, avait maintenant dépassé sa quatre-vingt-dixième année et était si épuisé par la faiblesse corporelle qu’il pouvait à peine respirer librement, en raison de son infirmité extrême; pourtant son âme était grandement ranimée et son esprit devenu alerte par l’ardent désir qu'il avait du martyre. Aussi, il s’avança bravement vers le tribunal, et quoique son corps fût bien abattu par le grand âge, aussi bien que par les tortures de la maladie, son âme s'était pourtant conservée intacte au dedans de lui pour triompher glorieusement par sa foi en Jésus-Christ. Amené à la barre par les soldats, accompagné des magistrats de la ville, la multitude du peuple lui criant des injures, il rendit comme chrétien, un noble témoignage à la foi. Car, quand le juge président lui demanda qui était le Dieu des chrétiens, il répondit : « Si tu es digne de savoir cette chose, tu la sauras. » Alors il fut brutalement entraîné et frappé sans pitié par ceux qui étaient auprès de lui et qui, ne respectant en rien son grand âge, le souffletaient et lui donnaient des coups de pied d’une façon honteuse et insultante; d’autres, plus éloignés, lui jetaient tout ce qui leur tombait sous la main. Ils agissaient ainsi, car ils considéraient comme une grande faute et un acte d'impiété si quelqu'un omettait, n'importe où il se trouvait, d’insulter à la personne du martyre, croyant ainsi servir la cause de leurs faux dieux. Enfin il fut jeté, respirant à peine, dans la prison commune, où, deux jours après, il rendit

nique

Sortures ef Éourments des Martyrs chrétiens

l'esprit. » Ainsi parle Eusèbe concernant la mort de saint Pothin. Saint Fabius eut une fin semblable.

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