CHAPITRE VII
Taureau d’Airain, Poêle à frire, Pot, Chaudron, Gril, Lit, Chaise, Casque, Turique et autres instruments de Martyre, er fer rougi au feu,
ANS le précédent chapitre, nous avons traité de divers instruments de martyre avec lesquels on brülait les condamnés ; il ne nous reste plus ici qu’à parler de certains
autres à l’aide desquels on infligeait la même torture ou une autre semblable.
En conséquence, nous commencerons par le taureau d’airain, sorte de supplice excessivement cruel, en usage chez les Anciens, et qui consistait (comme le démontrent les Actes du martyr saint Eustache, aussi bien que le dialogue de Lucien, intitulé Phalaris] à jeter celui qui devait être torturé par une ouverture ou porte qui se trouvait dans le côté du taureau.
Alors, la porte étant refermée, on allumait du feu au-dessous du taureau, ce qui faisait endurer à ceux quiétaient emprisonnés à l’intérieur des souffrances sans exemple, tellement que leurs cris et lamentations ressemblaient au meuglement d’un taureau. Et cette machine de bronze était si bien fabriquée pour ressembler à un taureau réel que, comme l’atteste Lucien, dans le Dialogue déjà cité, le mouvement et le meuglement seuls lui manquaient pour persuader au peuple que c'était un animal vivant.
Maintenant, l'inventeur de la dite machine (d’après ce que dit
Éortures ef Éourments des Martyrs chrétiens
Ovide, dans Tristia) était un certain Athénien, homme d’une habileté supérieure, du nom de Perillus. Et celui-ci pensait qu'il ferait un grand plaisir à Phalaris, le Tyran d'Agrigente, qui se délectait dans les tortures nouvelles et avait l'habitude de trouver sa principale satisfaction à infliger de terribles châtiments ; mais Perillus fut cruellement déçu dans son espérance.
Car, sur l’ordre du despote, duquel il espérait une forte récompense, il fut jeté lui-même dans le taureau et fit le premier l'expérience du bon fonctionnement de sa propre invention. Le fait fut chanté par Ovide comme il suit :
Et Phalaris tauro violenti membra Perilli Torruit; infelix imbuit auctor opus.
« Et Phalaris fit rôtir les membres du pauvre Perillus dans le terrible taureau.
L’inventeur, né sous une mauvaise étoile, fut le premier à éprouver sa propre invention. »
Et Propertius :
Et gemere in tauro, saeve Perille, tuo.
« Et pour gémir, cruel Perillus, dans le taureau que tu inventas! »
A ces passages, nous pouvons ajouter ce que Maximus Valerius dit de Perillus et de son cruel projet : « Alors, il y avait ce cruel inventeur du taureau d’airain, dans lequel les hommes étaient enfermés, des feux étant allumés au-dessous. Et les cris retentissants qu'ils poussaient prenaient le son de mugissements, afin que leurs lamentations d’agonie ne pussent pas, ayant le son de voix humaines, attirer la pitié du Tyran Phalaris.
Maintenant, après avoir été assez habile pour enlever aux misérables victimes tout espoir d'attirer la pitié, l'artiste fut le
Eaureau d'airain Brüfant
premier à être emprisonné dans le taureau et à essayer, à juste titre, les terribles effets de son invention. »
Mais, si vous avez envie d’en savoir davantage, lisez les Lettres (pseudo-lettres) de Phalaris, Cicéron Contre Piso, Pline, Tristia d'Ovide, et spécialement Lucien dans le dialogue intitulé : Phalaris.
Pourtant, dans ce dernier, il y a confusion et pure invention, car il y est prétendu que le taureau de Perillus fut envoyé par Phalaris à Delphes pour être consacré dans le temple d’Apollon, parmi d’autres offrandes aux dieux; mais étant donné qu’il était jugé par tous comme un tyran cruel et abominable, et craignant que son cadeau ne fût refusé au lieu sacré comme venant d’un impie faisant le mal, et qu'on ne le rejetât, il força ses ambassadeurs à contredire et démentir, dans un discours rempli de mensonges, le récit que l’on faisait de ses atrocités et qui était jusquelà accepté comme vrai.
Bien plus, non seulement Perillus expérimenta sa propre invention, mais Phalaris lui-même aussi. Car le temps vint où sa violence excessive ne put plus être supportée et tous les citoyens d'Agrigente, faisant cause commune contre lui, il fut saisi, enfermé dans le même taureau où il avait fait enfermer les autres, et rôti vivant.
Ovide a commémoré son sort dans ces lignes :
Utque ferox Phalaris, lingua prius ense resecta More bovis Phario clausus in aere gemas.
« Ainsi que le cruel Phalaris, la langue premièrement coupée par le sabre et emprisonné dans l’airain Egyptien, puissiez-vous gémir et beugler, comme un taureau. »
Valerius Maximus, pourtant, semble penser différemment quant au genre de mort du Tyran, car ilécrit : «Irrités par ses furieuses invectives contre la lâcheté et le manque d'initiative de Zeno, les
Éortures ef Éourments des Martprs rétiens
Agrigentais entrèrent dans une grande colère et prirent une détermination si soudaine qu'ils se jetèrent sur Phalaris et le lapidèrent. » Et Cicéron, De Officiis, s'accorde assez bien avec lui : « Phalaris était renommé au-dessus de tous les hommes pour sa cruauté ; il ne périt point dans une révolte ordinaire, mais dans un soulèvement général de toute la population d’Agrigente contre lui. » Cependant nous pouvons concilier les déclarations différentes d’Ovide, d’une part, et de Valerius Maximus, de l’autre, car nous supposons que le Tyran fut premièrement attaqué à coups de pierres et ensuite précipité dans le taureau d’airain rougi par le feu.
A part ceux-ci, beaucoup d’autres endurèrent cette forme de supplice, partout où il se trouvait des personnes professant la foi chrétienne. Car, en vérité, telles étaient la rage et la furie avec lesquelles les païens assaillaient les fidèles serviteurs du Christ que, pour leur destruction, ils ressuscitèrent et employèrent toutes sortes d'instruments de torture excessivement cruels, mais anciens et passés de mode.
Maintenant, les chrétiens qui furent jetés dans le taureau d’airain et enfermés pour y mourir furent les saints Antipas, Eustache, patricien romain, sa femme Theophistes et ses fils Agapius et Theophistus, et sainte Pélagie, vierge et martyre; lesquels, tous (comme les Actes le proclament hautement), s’élancèrent légèrement et avec allégresse dans le monstre rougi: car tous y entrèrent, Antipas rendant de ferventes actions de grâces à Dieu ; Eustache en avant, avec sa femme et ses fils, exultant dans l’excès de leur joie, avec Pélagie, la vierge de Tarsus qui chantait avec un grand bonheur une hymne de triomphe au Seigneur.
De plus, nous lisons aussi que quelques autres martyrs chrétiens furent emprisonnés dans le taureau d’airain, mais que, protégés par la grâce divine, ils en sortirent sains et saufs. Parmi eux se trouvait un certain soldat, nommé Barbarus et saint Héliodore, commémoré ainsi le 1er décembre : « Anniversaire du
Éaureau d'airain Brüfant
saint martyr Héliodore, de Maghedo, cité de Pamphilie. Aurélien était empereur de Rome et Actius gouverneur dans la ville de Maghedo en Pamphilie ; saint Héliodore, pour avoir prêché sur le Christ dans la dite ville, fut amené devant le gouverneur. Là, comme il ne pouvait consentir à faire des sacrifices aux idoles, il fut à l'instant même suspendu et écartelé et, quand il sentit l’amertume du supplice, il cria : « Seigneur Jésus, aide-moi! » Et à l'instant il entendit une voix du ciel disant : « Ne crains rien, je suis avec toi ! » Ceci fut entendu de ceux qui tenaient les torches allumées prêtes à le brüler et ceux-ci, ainsi que quatre autres, virent des anges arrêtant le supplice. Ils crurent en Jésus-Christ et, ayant fait des remontrances au gouverneur, ils furent jetés à la mer et ainsi conquirent la couronne de la victoire.
Alors le gouverneur commanda que le taureau d’airain fût chauffé et que le martyr y fût précipité; mais à peine était-ce fait que, grâce à ses prières, le taureau, qui avait été chauffé à blanc, devint instantanément froid. Et le juge fut étonné, car il entendait l’homme chanter des psaumes à l'intérieur. Allant donc vers la machine d’airain qu'il avait vue lançant des étincelles le moment auparavant, puis devenir subitement froide, il apostropha le saint, disant : « Toi, méchant pécheur, tu as, par ton art magique, prévalu contre le feu. » À quoi le saint homme répondit : « Non, mon art magique est dans le Christ; mais donnez-moi trois jours pour réfléchir et peser dans mon cœur ce que je dois faire. » Ce répit lui étant accordé, il fut emmené secrètement au Temple des dieux, et voilà : lorsqu'il eut fait une prière au vrai Dieu, toutes les idoles tombèrent soudain à terre et furent mises en pièces. Quand le gouverneur connut cela, il fut rempli de furie et ordonna qu'Héliodore fût amené devant lui et pendu et que des clous chauffés à blanc fussent enfoncés dans sa tête. Bientôt, quand le juge vit que le martyr restait ferme, quels que fussent le nombre et la diversité des tourments
Lortures ef Éourments des Martprs chrétiens
qu'il endurait, il l'emmena à la ville d'Atala, où Héliodore continua à soutenir la même profession de foi; c'est pourquoi il fut mis dans une poêle à frire chaude dans laquelle il resta sans ressentir aucun mal. Alors voyant cela, tous les assistants crurent dans le Seigneur et crièrent : (En vérité, le Dieu des chrétiens est un grand Dieu! » De sorte que, lorsque le gouverneur vit beaucoup de personnes se convertir, et croire au Dieu d’Héliodore, craignant qu’on ne vint à retirer le saint d’entre ses mains, il ordonna qu'il fût ramené à Maghedo, où les gardes le laissèrent priant et chantant des psaumes. Puis le saint fut une seconde fois questionné, mais n’en continua pas moins à rester ferme dans sa première profession de foi en Jésus-Christ. Le gouverneur commanda ensuite qu’il eût la langue coupée et qu'il fût suspendu et écartelé pendant l’espace de deux heures, Puis, après lui avoir mis un collier, on l’entraîna hors de la ville. Mais le saint homme fit signe de la main à ceux qui l’entraînaient et s'arrêta pour prêcher, et, lorsque son sermon fut terminé, il fut coupé en morceaux. » Aussi loin allait sa bonté.
Et maintenant procédons à la seconde division de notre sujet.