DE LA POËLE A FRIRE COMME INSTRUMENT DE TORTURE
On fait mention de la poêle à frire dans le second livre des Macchabées (chap. VII) et dans un grand nombre de collections des Actes des Saints Martyrs, tels que ceux de saint Eleuthère, évêque, des saintes Fausta et Justinia, vierges et martyres.
La poële à frire, — si nous devons en croire le sens du mot et les Histoires des Saints Martyrs déjà citées, — était un plat ou grande assiette qui (comme en témoignent les Actes des Martyrs) était rempli d'huile, de poix, de résine ou de sulfure et ensuite mis sur le feu, et, lorsque cela commençait à bouillir et à bouillonner, on y jetait les chrétiens des deux sexes, ceux qui avaient persisté avec courage et fermeté dans leur profession de foi au Christ, afin de les faire rôtir ou frire, comme des poissons jetés dans l'huile bouillante. Aïnsi, dans l’Hymne de saint Romain, nous voyons que Prudentius écrit ce qui suit concernant l’un des sept frères Macchabées qui fut torturé de cette façon :
Videbat ipsos apparatus funerum Praesens suorum, nec movebatur parens Laelata, quoties aut olivo stridula Sartago frixum torruissel puberem.
« Etant présente, la mère regarda tous les préparatifs que l'on faisait pour la mort de ses chers enfants et ne donna aucun signe de douleur, se réjouissant au contraire chaque fois que la poêle crépitait sous l’effet de la chaleur au-dessus du bois d'olive, faisant ainsi rôtir et torturant son enfant. »
Mais, pour la forme, nous supposons qu’elle devait être ronde; car, comme il est démontré par l'expérience, aussi bien que par l'usage que l’on en fait, tous les ustensiles dont nous nous
Martyrs ariffés dans une poëfe
servons pour faire cuire ou frire, ou pour faire bouillir de l’eau, sont circulaires. On ne peut non plus réellement mettre en doute que les vases et récipients dont nous nous servons de nos jours, ont été faits d’après des modèles des Anciens, quoique les modernes soient d’une fabrication plus parfaite, attendu qu’il est facile d'ajouter des perfectionnements aux inventions existant déjà. En outre, on trouve encore de très anciens vases qui sont demeurés intacts et sans aucun dommage jusqu’à ce jour, et ceux-ci ont identiquement la même forme que les nôtres, comme il est prouvé par les pots, cruches et vases semblables que l’on retire parfois des ruines de Rome. De nos jours, on peut en. voir un dans l’église de Saint-Laurent, au delà des murs, où ce très valeureux champion du Christ, saint Laurent, baptisa un certain soldat de la garde de l'Empereur, nommé Romain. Ainsi, considérant que les vaisseaux (vases) que nous employons ont été copiés d’après des anciens, qui sont très semblables aux nôtres, il s'ensuit que la poêle à frire, dont nous parlons en ce moment, était de forme circulaire. En outre, les anciens écrivains, en décrivant ces vases, ont employé des expressions qui le prouvent sans aucun doute, comme il est manifeste par le passage d’Ovide déjà cité. Nous pouvons donc positivement dire que la poële à frire employée par les Anciens Romains était de forme ronde.