CHAPITRE VII
Diverses autres manières dont les saints martyrs étaient torturés par le feu.
OUR après jour, et tout le long du jour, le Démon, prince des Ténèbres et Père du Mensonge, était occupé à enseigner aux Empereurs idolâtres et à leurs ministres de nouvelles manières au moyen desquelles ils pussent torturer les serviteurs du Christ par des supplices sans cesse renouvelés, et différents des modes déjà décrits. Tantôt il arrivait que certains d’entre
eux étaient forcés de marcher pieds nus sur un sol couvert de charbons embrasés; parmi eux furent saint Tiburtius, noble romain et saint Poatianus, tandis que d’autres étaient jetés dans le feu pour être brülés. La couronne du martyre fut gagnée de cette facon par saint Polycarpe, sainte Théodora, sainte Euphrosine, Flavia Domitilla, saint Fructuosus, évêque, sainte Aubonia, vierge et Théophile, vierge très noble, outre vingt mille chrétiens, dont on nous parle dans la Ménologie grecque, à la date du 28 décembre, en ces mots : « Jour du jugement des vingt mille saints qui furent martyrisés sous l'empereur Maximin, étant brülés à mort à Nicomédie. »
De plus, sur les instances de Satan, les fidèles disciples du Christ étaient parfois brûlés au corps ou à la tête par des braises embrasées, ou bien on les leur mettait dans la bouche ou les oreilles, ou bien encore les saints martyrs étaient liés sur des
Éortures ef Éourments des Martprs chrétiens
lits de fer et on versait sur leurs membres du plomb fondu, de l'huile bouillante, de la poix brûlante, de la cire, du sulfure et autres substances semblables.
Ces supplices, en partie ou en totalité, sont attestés dans les Histoires de beaucoup de nobles martyrs, par exemple des saints Agapitus, Timothée, Apollinaire, Pelage, Victor, soldat, Félix et Fortuné, Boniface, Claude et ses compagnons, ainsi qu’une légion d'autres.
Pourtant le Démon n'était pas satisfait de ces tortures infligées depuis longtemps aux chrétiens; donc les païens faisaient en outre rouler les chrétiens, dépouillés de leurs vêtements, en avant et en arrière sur des tessons coupants ou sur des charbons brülants, leur procurant une torture; ou bien ils les obligeaient à tenir dans leurs mains des charbons ardents avec de l’encens devant les autels des idoles, afin que, si par hasard ils laissaient tomber la braise brülante, ils pussent sembler offrir de l’encens - aux faux dieux des païens. La première de ces formes de supplice est attestée dans les Actes des saints Firmin et Rustique et des saintes Agathe et Macra, vierges et martyres; la seconde dans les Histoires du martyre de saint Procope et aussi de sainte Cyrilla, vierge, qui est commémorée le 5 juillet en ces mots : « Commémoration de la vénérée martyre, sainte Cyrilla, qui vécut sous les empereurs Dioclétien et Maximien et appartenait à la ville de Cyrène en Lybie. Elle fut accusée devant Dignianus, le gouverneur, et fut jugée en même temps que Lucie et Roa, deux pieuses femmes. Et, comme on ne put la forcer à faire des offrandes aux idoles, on lui mit dans la main des charbons ardents avec de l’encens et elle fut forcée de sacrifier; mais elle cria tout haut : « Cet acte forcé n’est pas un sacrifice offert volontairement. » Alors, lorsque ses doigts furent consumés, elle fut pendue et fouettée, et ensuite, lorsqu'elle fut descendue du poteau, le sang coulait de ses blessures et le lait de sa poitrine comme un tor-
Subterfuges des paiens
rent, et ainsi la bienheureuse sainte et martyre rendit son âme à Dieu. »
Une autre chose que nous voudrions vous faire connaître, lecteur, c’est que l'empereur Julien, surnommé l’Apostat, avait coutume de flatter les soldats chrétiens de son armée en leur promettant des cadeaux s'ils faisaient offrande de l’encens pour le feu le jour de la distribution des largesses impériales. Cela est attesté par saint Grégoire de Naziance, qui écrit dans sa première Invective contre le dit empereur ce qui suit : « Maintenant, le jour des largesses impériales était arrivé, c’est-à-dire le jour même de la naissance de Julien l’Apostat, celui fixé pour cette date par la ruse habile de l’empereur et tous les soldats étaient obligés de se présenter afin que chacun d'eux reçüt un don en rapport avec son rang et à sa dignité. Une fois de plus allait se renouveler la même scène d’avidité sordide et d'impiété. Anxieux de voiler sa cruauté sous une apparence de libéralité et de bonté naturelle, l’empereur essayait d’exciter et de réduire, par des dons d'argent, le fol orgueil et l’avarice des soldats, qualités qui jouent toujours un grand rôle dans leur vie.
«Le prince était assis, présidant, dénué de toute bonté et de toute piété et pas peu fier de l'astuce de ses propres desseins. Vous eussiez pu le prendre pour un Melampus ou un Proteus, tant il semblait prêt à suivre toutes les voies et à employer tous les moyens. Mais quels actes il accomplissait! ne méritant que la réprobation de tous les hommes de bon sens, non seulement de ceux qui se trouvaient présents, mais aussi de tous ceux à qui ce spectacle était rapporté. IL y avait de l’or dans une main et de l’encens dans l’autre, tandis que le feu était prêt à portée de la main, et des hommes debout à côté prêts à faire leur soumission En vérité le conte semblait assez plausible — c'était la coutume habituelle des largesses impériales, un ancien cérémonial jadis en honneur! Et qu'était-ce en vérité? Simplement allumer l'en-
Éortures et Éourments des Martyrs chrétiens
cens! et obtenir ainsi les gages de la mort des mains de l’empereur. Un bien petit paiement pour un si grand sacrifice ; la perte de leurs âmes. C'était aussi un acte d’impiété contre le Dieu tout-puissant!
Un misérable don, vraiment, une mince récompense. Toute l’armée était mise en vente, alléchée par une vile tromperie; les soldats qui avaient conquis le monde par les armes étaient soumis pour un peu de feu et d’or et par une bouffée de fumée d’encens, la plupart d’entre eux — et ceci était le point le plus triste — ne se rendant même pas compte de leur propre abaissement. Un homme s’avança, espérant avoir un petit gain et, pour ce gain, il perdait son âme. Il baisa la main de l’empereur et ne sut pas qu’il rendait hommage à son propre exécuteur. Si l’un d'eux même s'en apercevait, il n'en était pas meilleur pour cela, car, voyant qu'il était pris au piège, il n’en continuait pas moins sa soumission stupide comme s’il se courbait sous une loi qui ne pouvait, en aucune façon, être brisée. Quelles myriades de Perses, quelles légions d’archers et de frondeurs, quelle armée en armure d'acier, invulnérable de tous côtés, quelles machines abattant les murs des cités eussent pu amener ce résultat qu’une main, jointe à l’occasion ajoutée à de mauvais desseins, obtenait si facilement. Je vais ici intercaler une petite histoire plus triste et plus lamentable que celles ci-dessus:
On dit que quelques-uns de ceux qui avaient été nris et induits en erreur, s’en retournant après avoir été ainsi entraînés sans le savoir, dans le désastre, s’assirent dans la caserne pour manger avec leurs camarades; quand le repas fut arrivé au moment de l’absorplion accoutumée d’eau froide, absolument comme si rien de grave ne fût arrivé pour changer leur condition, ils levèrent les yeux au ciel, comme c'était leur habitude et invoquèrent le Christ avec un signe de croix. Mais un de leurs camarades, étonné de cela, leur dit : « Quoi, qu'est ceci? Comment invoquez-vous le
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