‹ Traité des instruments de martyre et des divers modes de supplice employés par les paiens contreChapitre 64 sur 93 · ABJURER LEUR FOI · texte numérisé non relu

ABJURER LEUR FOI

Eusèbe raconte, dans son Histoire Ecclésiastique, comment les chrétiens, sous l’empereur Dioclétien, étaient quelquefois forcés de se joindre au nombre de ceux qui sacrifiaient, afin d’avoir l’air de faire eux-mêmes des offrandes aux idoles. Voici ce qu'il dit: «Maintenant chacun de ceux qui restaient dut endurer l’une ou l’autre des formes de supplice ; l’un eut tout le corps déchiré par les fouets, un autre subit l’écartèlement de tous ses membres; un autre fut coupé avec des rasoirs affilés d’une façon insupportable. Parmi eux il y en eut qui firent une fin à peine honorable et d’autres qui supportèrent l'épreuve en vain, car c’étaient des serviteurs infidèles ; l’un fut violemment poussé en avant etamené à accomplir ces rites abominables, et quoiqu'il n’eût jamais sacrifié,

Sacrifices invofonfaires aur dieur

putseretirer absolumentcommes'ileûtréellementfaitlesoffrandes ; un autre, qui n'avait jamais approché du Temple ni touché à rien d'impur, échappa au péril, grâce à ses amis païens, qui certifièrent qu'il avait sacrifié, et il supporta leur mépris en silence. L'un d'eux, moitié mort, moitié vivant, est rejeté comme un homme mort ; un autre, prosterné à terre, et compté parmi les adorateurs, est furtivement traîné par les pieds jusqu'à ce qu'il soit hors de danger. Pendant cetemps, quelques-uns, contrairement à ceux-là, élevaient la voix pour proclamer qu'ils désavouaient hautement et entièrement la cérémonie à laquelle ils venaient de prendre part ; d’autres glorifiaient le Christ dont le nom donne la vie, se confessant eux-mêmes chrétiens, tandis que d’autres encore déclaraient avec emphase qu’ils n'avaient jamais fait de sacrifices aux idoles et n’en feraient jamais. Néanmoins ceux-ci frappés, et souffletés au visage et sur les joues par les rudes mains des aides désignés pour cet emploi, furent à la fin violemment expulsés de l’assemblée ; ils considérèrent pourtant avoir beaucoup fait pour leur cause, car, quoique ne voulant en aucune facon user de leurs droits, il n’en avaient pas moins ouvertement accompli ce qu’ils avaient dans l'idée de faire. »

Les serviteurs de Satan prétendaient avoir raison des Chrétiens d’une autre facon encore ; c’est-à-dire en mettant dans leur bouche et contre leur volonté, la viande offerte aux idoles et en versant dans leur gosier le vin du sacrifice. Aussi, dans les Actes des saint Tharacus, Probus et Andronicus, se trouvent écrites certaines paroles prononcées par ces martyrs, dont la mémoire subsistera éternellement : « Après cela, le Gouverneur ordonna que la chair qui avait été offerte fût apportée, ainsi que le vin du sacrifice et il dit : «Versez le vin dans sa gorge et mettez dans sa bouche la viande de l’autel. » Et pendant que l’on faisait cela, Probus cria : « Que le Seigneur regarde du haut de son siège et voie la contrainte que l’on m’impose et qu'il juge mon cas avecéquité ! »

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Lortures et Éourments des Martprs réfiens

Le Gouverneur dit : «Vous avez enduré bien des tourments, malheureux homme, et néanmoins maintenant vous avez réellement sacrifié. » Probus répondit : « Vous avez obtenu peu de résultats en employant la force. Le Seigneur connaît la sincérité de mon cœur. » Le Gouverneur cria : (Non, vous avez vraiment mangé et bu ! » Probus répliqua: « Le Seigneur sait toutes choses et a vu la contrainte que j'ai subie. » Et encore, un peu plus loin, parlant de saint Andronicus : «Le Gouverneur dit: « Ouvrez-lui les lèvres et mettez dans sa bouche la viande de l’autel et versez dans sa gorge le vin du sacrifice. » Pendant que l’on exécutait cet ordre, Andronicus s’écria : « Seigneur, Seigneur, je subis la contrainte ! » Le Gouverneur demanda : «Pendant combien de temps pouvezvous supporter la torture ?.. Là, maintenant, vous avez goûté aux aliments du sacrifice! » Andronicus répondit : « Tous les hommes qui adorent les idoles sont des pécheurs comme vous et vos empereurs. »

Mais, pour revenir d’une digression qui a été plus longue que nous n’en avions l'intention, procédons maintenant au récit d’autres faits qu’il nous reste encore à exposer, savoir : les manières nombreuses et diverses dont les Chrétiens étaient livrés au feu. Quelquefois ils étaient liés à des poteaux, avec un feu allumé autour d’eux ; ou bien ils étaient étendus à terre, attachés à quatre piquets et le feu était allumé au-dessus d’eux; d’autres fois, ils étaient jetés dans une fournaise ardente, dans un bûcheren flammes, ou dans des fosses pleines de charbons enflammés, ou bien dans de grandes tonnes ou futailles. D’autres fois encore, leurs persécuteurs païens les faisaient enfermer dans des chambres, des bains, ou des châsses dans lesquels ils étaient consumés, car on y mettait le feu et les martyrs étaient brûlés à l’intérieur ; souvent encore, on les liait par des cordes de lin enduites d'huile et on y mettait le feu, ou bien on les plaçait dans des bateaux remplis de poix et de résine auxquels on mettait le feu,

Bateaux emplis de résine en feu

afin qu'ils fussent brülés en mer ; ils rendaient ainsi saintement et joyeusement leur âme indomptable à Dieu, le Créateur de toutes choses.

Tous ces faits sont attestés dans les Actes de divers martyrs, le premier mode de torture (liés à des poteaux et brûlés) dans les Histoires de saint Polycarpe et saint Tharascus ; le second (attachés à quatre piquets avec un feu allumé au-dessous) dans les Actes de sainte Anastasie, vierge et martyre romaine ; les quatrième, cinquième et sixième (jetés dans des fournaises, des fosses et des tonnes pour y être brülés) dans les Actes des saints Emilianus et Paphnutius, des trois sœurs Foi, Espérance et Charité, vierges et martyres, des saintes Agnès, Apollonia et Dorothée, vierges et martyres aussi.

Dans l’histoire de la dernière nommée, sainte Dorothée, nous lisons, en ces termes, comment deux sœurs, Christe et Caliste, furent ramenées par ses soins pieux dans le troupeau des disciples de la foi chrétienne, dont elles s’étaient écartées : « Le Gouverneur envoya un message à Christe et à Caliste, les priant de se présenter devant lui avec Dorothée et, après les avoir prises à part, leur demanda si elles avaient réussi à changer les sentiments de Dorothée. Mais, d’une seule voix, elles répondirent : « Nous étions dans l’erreur et nous agissions très mal quand, par crainte du châtiment et d’une souffrance passagère, nous avons sacrifié aux idoles et lui avons demandé de faire de même ; mais elle nous a amenées au repentir, afin que nous puissions obtenir miséricorde du Christ. » Alors Sapritius (tel était le nom du Gouverneur) déchira ses vêtements et, avec une fureur excessive, ordonna que les deux sœurs, liées ensemble dos à dos, fussent jetées dans une tonne, si elles ne voulaient pas sacrifier... »

De la septième sorte (emprisonnés dans des chambres, des châsses et des bains et là brûlés et suffoqués) nous trouvons mention dans les Actes des saintes Domna et Théophila, vierges

Éortures et Éourments des Martyrs chrétiens

et martyres romaines, Flavia Domitilla, Theodora, Euphrosine et Cécile.

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