‹ Traité des instruments de martyre et des divers modes de supplice employés par les paiens contreChapitre 68 sur 93 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Autres irstruments de torture et modes employés pour torturer les martyrs chrétiens, tels que: stylets de fer d’écoliers, clous, seies, lances, sabres et flèches. Ertrailles arrachées. Gorges coupées. Décapitatior, brûlures et marques. Broiemert à coups de hache et de massue.

OURTANT, désirant avec véhémence faire sa proie des âmes des hommes, le démon ne cessait jamais de rechercher activement d’autres moyens, grâce auxquels il püt faire complètement rejeter et abandonner la foi au Christ. De sorte que, pensant avoir trouvé le moyen d'accomplir facilement ses mauvais desseins, à savoir : persister toujours dans ses pratiques sauvages contre les membres du Christ, il s’arrangea de façon à convaincre tous les grands juges de cette époque qu'une chose et une seule rendrait célèbre leur sagesse, c’est-à-dire d’ordonner que tous les hommes et toutes les femmes qui seraient reconnus comme champions de la religion chrétienne, fussent cruellement tourmentés et torturés et mis à mort avec toutes les souffrances imaginables qui pussent accompagner leur agonie. O imaginations bornées! pensées oiseuses ! En vérité, en vérité, ces hommes étaient devenus fous, leurs plans rusés et leurs mauvais desseins étaient réduits à néant!

« Car, vraiment », comme le dit saint Eusèbe, dans son His-

Lortures et Éourments des Martprs chrétiens

loire ecclésiastique, «les mains des bourreaux faiblissaient et, quoique se relayant l’un l’autre, les hommes étaient à bout de forces, et la lame de leurs épées s’émoussait. Moi-même, j'ai vu les exécuteurs s'asseoir, exténués, reprendre haleine et regagner des forces, se servir de nouvelles épées, et le jour pourtant n'être pas assez long pour tous les supplices qu'il y avait à infliger. Cependant, pas un seul de la bande, pas même un enfant de l’âge le plus tendre ne put être effrayé et ne recula devant l'approche de la mort. La seule chose que chacun semblait craindre, était que le soleil mît trop de hâte à terminer le jour, et qu’alors il ne fût laissé en arrière, séparé de la société de ses compagnons martyrs. Aussi tous, fermement et intrépidement attachés à la foi, saluaient avec joie et exultation une mort momentanée, prélude d’une vie éternelle. En un mot, tandis que les premières fournées étaient massacrées, le reste se tenait debout, chantant des psaumes et des hymnes à Dieu, chacun attendant son tour d'être martyrisé, afin que leur dernier soupir fût poussé en louanges au Tout-Puissant. »

Puissante fut la faiblesse de ces serviteurs de Satan, et grande leur folie. En vérité, ils tombèrent dans la fosse qu'ils avaient creusée pour y faire tomber les saints. Ils condamnaient encore et encore, et toujours en vain, leurs adversaires chrétiens à avoir les membres déchirés l’un après l’autre, à être frappés jusqu’à la mort d'innombrables coups de stylet, ou, ce qui est la même chose, de coups de plume d’écoliers, à avoir des clous enfoncés au dedans d’eux, soit dans tout le corps, soit dans une partie spéciale, à être partagés en deux à l’aide d’une scie, à être transpercés par des lances ou traversés par des sabres, à être percés de flèches, à avoir le ventre ouvert et les entrailles arrachées, à avoir la gorge coupée, à être décapités ou défigurés par des brûlures ou des marques, à avoir la tête broyée à coups de hache ou de massue, et mise en pièces ; les femmes, à avoir les seins

Mariétés inouies de suppfices

amputés et à avoir, ainsi que les hommes, la langue, les pieds et les mains coupés, à avoir les jambes brisées, les dents arrachées, à être écorchées vives, leur corps empalé sur un bâton pointu, à avoir les ongles, les yeux et la figure torturés à l’aide de roseaux effilés, à être précipitées des hauteurs, la tête la première, à être traînées par des chevaux indomptables sur un sol couvert de chardons et d’épines ou d’une épaisseur de pierres aiguës, ou bien à être livrées aux bêtes sauvages, enterrées vives, jetées dans une rivière courante ou dans un four à chaux, misesnues et abandonnées dans les rues publiques. Ou encore, lorsque l’on trouvait deux arbres à côté l’un de l’autre, on courbait, de facon à les réunir, une branche de chacun de ces arbres. À chacune de ces branches on attachait l’un des pieds du martyr, de sorte que, ayant été rapprochées de force, ces branches, lorsqu'on les laissait aller, retournaient violemment à leur position naturelle, déchirant en deux le corps de l’homme qui y avait été attaché, écartelant ses membres et les emportant avec elles. Enfin, ces adorateurs des idoles condamnaient les chrétiens à être emmenés en exil complètement privés de tout salaire ou à aller couper des blocs de marbre, à creuser le sable et à le porter sur leurs épaules jusqu'aux édifices qu'on était en train de construire, ou bien à être déportés dans les mines.

Quoi ! de telles tortures et d’autres décrites dans les chapitres précédents? Vraiment oui, et d’autres encore — dont Eusèbe s’avoue ignorant des noms, à cause de leur excessive cruauté ; — avec tous ces moyens, les plus saints soldats du Christ étaient torturés. Néanmoins, ils ne purent jamais être vaincus; mais, gardés par la protection du ciel, ils souffraient et enduraient toutes ces angoisses bravement et fermement. Car, en vérité, ils se tenaient en avant (pour employer les paroles de saint Ephraïm) les vaillants guerriers de Dieu, supportant chaque torture au nom du fils unique de Dieu, notre Sauveur J.-C. Comme ils étaient

Éortures ef Éourments des Martyrs rétiens

forts et quelle gloire ils acquéraient, ceux qui, pleins d’une courageuse fermeté, voyant tous les préparatifs de torture que l’on faisait sous leurs yeux, non seulement ne ressentaient aucune crainte, mais, au contraire, combattant avec la plus grande constance, domptaient toutes les souffrances par leur énergie! Ils regardaient le bûcher enflammé et les poêles rougies au feu et les chaudrons bouillants qui, dans leur ardente ébullition, lançaïent au loin des gouttes de poix et de graisse fondue. Ils voyaient les roues, les brodequins de fer et les clous de fer tournant avec une vitesse furieuse au milieu des flammes. Ils contemplaient les griffes de fer et les plaques étincelantes, les fouets, les ours et les lions, les précipices, les piques, les tarières, les entraves et les chaînes, en un mot toutes les inventions que le grand Ennemi de la vérité avait imaginées contre les saints confesseurs de Notre Seigneur J.-C. Car chaque espèce de torture était déployée par l’astucieux adversaire devant les Martyrs pour faire peur aux saints, afin que leur langue, rendue muette par la vue de telles horreurs, n'osât plus confesser le nom du Seigneur Jésus. Mais quel effet produisait cette exhibition de tortures inouiïes et horribles sur ces fidèles et ardents guerriers du Christ? Quoi ! les rendre encore plus impatients, avec une plus grande confiance et une plus grande fermeté, de confesser sans hésitation et sans peur leur Sauveur J.-C. devant les tribunaux des juges et les bourreaux.

Ni les flammes pétillantes, ni les poêles ardentes, ni les pots bouillants, ni les roues malfaisantes, ni les plaques rougies au feu, ni les pinces dentelées et autres instruments semblables, ni les entraves et les chaînes pesantes, ni les menaces des tyrans, ni celles des princes, ni les ruses du démon et de ses serviteurs ne parvinrent à terrifier les intrépides soldats du Christ non plus qu’à les forcer à abjurer leur foi ni à les détacher de leur soumission envers leur Dieu et Sauveur. Au contraire, revêtus de

Martyrs coupés en morceaur

la foi, ils foulaient aux pieds toutes les machinations du Malin, et l’angoisse n'avait aucune prise sur eux.

« As-tu vu la force des fidèles disciples du Christ? As-tu vu la gloire des soldats du Sauveur? As-tu vu l’étonnante allégresse de ceux qui cherchent le royaume de Dieu de tout leur cœur et aiment Jésus de tout leur pouvoir? As-tu vu la foi parfaite de ceux qui ont réellement été rendus parfaits? As-tu vu la charité dont brülent les saintes poitrines des Martyrs, pour laquelle ils ont méprisé toutes les joies terrestres pour s’en tenir au Dieu qu'ils ont choisi ? As-tu vu la bonté aimante du Christ qui fait élever jusqu'au ciel ceux qui désirent être exaltés ? As-tu vu les triomphants habitants du Paradis embrasser et chérir les champions du Christ, impatients de sa félicité, jouissant maintenant d’une éternelle lumière et d’une éternelle paix ?

« Viens ici, cher lecteur, considère et contemple le glorieux triomphe des martyrs, vois, avec les yeux du cœur, la foi abondante de ces célestes lutteurs, et l’invincible ardeur de leur piété. Aucune souffrance, si grande qu'elle fût, ne put ébranler la résolution de ces hommes justes, la mort elle-même ne put éteindre le zèle de leur amour intrépide. Frappés, ils saluaient avec une grande joie les coups de bâton comme les plus chères délices, le visage calme et souriant ils rendaient grâces à Dieu, parce qu'ils avaient été jugés dignes de souffrir pour l'amour de lui! »

Ainsi parle saint Ephraïm. Mais, pour mettre fin à cette digression, nous devons maintenant exposer chacune de ces diverses sortes de tortures nommées ci-dessus et les confirmer par les Histoires des Saints Martyrs.

La première — martyrs ayant les membres déchirés l’un après l’autre — est attestée par les Actes de saint Nicéphore, commémoré dans le Martyrologe Romain, le 25 février, et par ceux de saint Jacques, surnommé l’Intercis (coupé en morceaux), la seconde, par saint Grégoire de Naziance, Victor dans sa Persécu-

Lortures et Éourments des Martprs chrétiens

tion vandale aussi bien que par l'Histoire du martyre de saint Cassianus.

STYLETS DE FER POUR ÉCRIRE OU PLUMES D'ÉCOLIER, CE QU'ILS SONT ET A QUOI ON LES EMPLOYAIT

C'étaient des instruments de métal à l’aide desquels on écrivait, dans les anciens temps, sur de la terre blanche, c’est-à-dire sur des tablettes de cire, semblables aux livres ou mémorandums en bois àont se servent pour écrire les marchands de nos jours. Ainsi dans le chapitre XIX du Livre de Job: « Oh! puissent mes paroles être écrites. Oh! qu’elles puissent être inscrites sur un livre! qu’elles fussent gravées avec une plume de fer ou de plomb... » De même, Plaute, Bacchides :

Afjer cito.

Quid? Stylum, ceram, tabellas et linum.

Et encore :

Habes tabellas? Vis rogare ?

Habeo stylum.

« Apportez promptement. Quoi? Votre stylet, votre cire, vos tablettes et votre fil », c’est-à-dire le fil avec lequel on attachait ensemble plusieurs tablettes lorsqu'on les envoyait comme lettre.

« Avez-vous vos tablettes? Pouvez-vous le demander? J'ai mon stylet aussi. »

Donc les condamnés à mort étaient souvent percés avec ces stylets à écrire, ce qui était une forme de torture très douloureuse. Cela est attesté par de nombreux auteurs et les plus dignes de foi, tels que Suétone, Vie de l'Empereur Caiïus, en ces mots : «& Souhaitant la destruction du sénateur, il suborna les hommes qui devaient l’assaillir au moment où il quitterait le Sénat et, se

Fic. XXVIII

Martyr jeté dans une fournaise ardente.

Martyrs placés dans une tonne ou futaille et brülés.

Martyr placé dans une chambre à laquelle on a mis le feu.

Pieds et mains liés et placé sur un bûcher enflammé.

E. — Attaché à quatre chevilles fixées en terre, un feu brülant au-dessous.

F. — Lié par des cordes enduites d'huile et consumé par un feu au-dessous de lui.

G. — Jeté dans unefosse remplie de charbons allumés.

H. — Pelle en fer pour attiser le feu.

Aartprisé par de jeunes garçons

jetant soudain sur lui comme sur un ennemi public, le perceraient de leurs plumes de fer en se le passant de l’un à l’autre pour le faire souffrir davantage ». Sénèque aussi: « Erixio, chevalier romain, fut, d’après nos souvenirs, frappé à mort dans le Forum par la populace, qui le perca avec des plumes de fer parce qu'il avait fait mourir son fils sous le bâton ». La même chose est témoignée par les Actes de saint Marc d’Arethusa où nous lisons : « Marc fut jeté d’un rang à l’autre, lancé de ci de là par les garçons qui recevaient à tour de rôle son noble corps sur leurs plumes ou stylets pointus. » De même les Acles de saint Cassian, le martyr : « Là, le saint homme fut questionné par son persécuteur qui lui demanda quelle science ou quelle habileté il possédait pour pouvoir apprendre leurs lettres aux enfants, etc. » Et un peu plus loin: « Alors, dépouillé de ses vêtements et les mains liées derrière lui, on le fait se tenir debout au milieu, et les garçons qu’il enseignait et auxquels il était devenu odieux, ayant été appelés, on les laissa libres de le mettre à mort. Et eux, apprenant l'injure qui leur avait été faite, et brûlant en conséquence de se venger, commencèrent, les uns à le frapper avec leurs tablettes, les autres avec leurs stylets à écrire. Et, dans cette scène de martyre, plus les mains étaient faibles, plus la souffrance était forte, car la mort en était d'autant plus lente à venir. »

Il y avait deux manières différentes d’être torturé de cette façon : par les stylets de fer ou par l’aiguillon. Par ce dernier, les coupables étaient simplement torturés, tandis que, par les premiers, ils étaient aussi torturés, mais de plus, cruellement mis à mort. En outre, l'instrument qui est connu sous le nom d’aiguillon était habituellement seulement employé pour les esclaves qui s'étaient rendus coupables de vol, tandis qu’on se servait du stylet pour les prisonniers convaincus des crimes les plus graves. Prudentius parle de l’aiguillon comme moyen de

Éortures et Éourments des Martyrs chrétiens châtiment dans son Hymne sur le martyre de saint Hippolyte : Iliaque infestis perfodiunt stimulis.

« Et on lui perce les flancs avec des aiguillons douloureux. » Plaute aussi en parle plusieurs fois, par exemple dans l’Asinaria :

Utinam nunc mihi stimulus in manu sit,

et dans Menæchmi :

At ego te pendentem fodiam stimulis triginta dies.

« Je voudrais, en ce moment, avoir mon aiguillon dans ma main. »

« Mais je vous prendrai et vous percerai avec l’aiguillon pendant trente jours. »

À quoi nous pouvons ajouter une ligne du même auteur dans Menœchmi, pour plus de clarté :

Jam ascendo in currum, jam lora teneo, jam stimulus in manu est.

« Maintenant, je monte dans le char, maintenant je tiens les rênes serrées, maintenant j'ai l’aiguillon dans ma main. »

Tous ces passages servent à nous montrer que l’aiguillon était un bâton ou roseau ayant un bout pointu, comme ceux avec lesquels les campagnards piquent leurs bœufs, et cela est confirmé par les Actes de saint Joseph, le martyr, où nous trouvons écrit: « Attachant une pointe au bout d’un long roseau, ils

ordonnèrent que le saint en fût piqué. » Mais assez sur cette

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