CHAPITRE XII
Martyrs envoyés en exil et cordamnés aux travaux forcés et aux mines.
L est grandement temps maintenant de revenir de ces digressions et de procéder à la discussion et à la preuve du reste des modes de torture employés par les Anciens pour le sup-
plice des martyrs chrétiens énumérés dans le chapitre IX. Celles-ci sont le bannissement et la condamnation aux travaux forcés ou aux mines. La première, c’est-à-dire le bannissement, est attestée par divers auteurs : Tertullien, Cyprien, Jérôme, le dernier parlant de l’apôtre saint Jean, aussi bien que par d'innombrables Histoires des saints martyrs et en particulier du pape Clément, de Flavia Domitilla, des saintes Bibiana, Demetria et Severa, vierges et martyres.
Au sujet des chrétiens condamnés aux travaux forcés tels que de creuser, de porter du sable et des pierres et autres choses semblables, voyez les Hisloires de divers saints, ainsi que celle du pape Clément et de sainte Severa, que nous venons de citer, aussi celles des saints Papias et Maurus, soldats romains.
Concernant les martyrs envoyés aux mines, nous trouvons assez de preuves évidentes dans Tertullien et Cyprien, cités cidessus et aussi dans Eusèbe, Histoire Ecclésiastique, et dans de nombreux Actes des Saints, par exemple ceux de saint Sylvain, évêque, et ses trente-neuf compagnons d’infortune, et ceux des saints Paphnutius et Nemesianus.
Sortures ef Éourments des Martprs chrétiens
Les derniers nommés, ainsi que leurs compagnons sont commémorés dans le Martyrologe, le 10 septembre, en ces mots : « En Afrique, anniversaire des saints évêques Nemesianus, Félix, Lucien, d'un autre Félix encore, Victor, Davitus, et d’autres qui, sous Valerien et Gallien, lorsque la rage de persécution était à son comble, furent, aussitôt qu'ils eurent fermement déclaré leur foi au Christ, rudement frappés de verges, ensuite mis aux fers et enfin condamnés à creuser dans les mines et ainsi subirent un glorieux martyre. » De même pour saint Paphnutius, le 11 septembre : « En Egypte, anniversaire de saint Paphnutius, évêque, qui fut un de ces confesseurs qui, sous l’empereur Maximien, furent condamnés aux mines, après qu'on leur eüt arraché l’œil droit et coupé la jambe gauche. Plus tard, sous Constantin-le- Grand, il lutta avec ardeur contre les Ariens au nom de la foi catholique, et enfin, il mourut en paix, ayant glorieusement conquis plusieurs couronnes. » De même encore pour saint Spiridion, le 14 décembre : « Dans l'Ile de Chypre, anniversaire de saint Spiridion, évêque, qui fut l'un de ces confesseurs que Maximien, après leur avoir fait arracher l'œil droit et couper la jambe gauche, condamna aux mines. Il était renommé à cause de son don de prophétie et pour la gloire que lui avaient valu les grâces dont il avait été favorisé et, au Concile de Nicée, il triompha du philosophe Ethnicus, qui insultait la religion chrétienne, et l’'amena à reconnaître la vraie foi. »
Plus loin, Athanase écrit au sujet de ceux qui étaient condamnés aux mines, ce qui suit : « Enfin, les Ariens étaient si féroces et si acharnés contre les chrétiens qu’on les regardait universellement comme des bourreaux, des meurtriers, des calomniateurs, des malfaiteurs, en fait comme étant toute autre chose que des chrétiens, car, comme des Scythes sauvages, ils mirent la main sur Eutychius, sous-diacre et honorable serviteur de l'Eglise, et, après l’avoir d’abord fait frapper de verges
Martyrs condamnés au Bannissement
de cuir, presque jusqu'à la mort, l’envoyèrent mourant aux mines; et non pas à une mine ordinaire ; mais à une mine connue sous le nom de Phaeno où un homme, condamné à ses horreurs, ne peut pas y survivre plus de quelques jours. Ce qui est plus inhumain encore, ils ne lui accordèrent pas même quelques heures pour soigner ses blessures, mais emmenèrent immédiatement l’infortuné aux mines, comptant qu’en agissant ainsi ils terrifieraient les autres et les forceraient à se joindre à leur parti. Mais il n’alla pas loin, il ne put pas même atteindre la mine, car, étant déjà faible et de plus épuisé par les souffrances que lui causaient ses blessures, il expira sur la route. Ainsi il mourut joyeusement, conquérant la gloire du martyre. »
Mais assez sur les chrétiens envoyés aux mines, nous devons maintenant parler sur d’autres sujets.