‹ Traité des instruments de martyre et des divers modes de supplice employés par les paiens contreChapitre 86 sur 93 · MARTYRS CONDAMNÉS AU BANNISSEMENT · texte numérisé non relu

MARTYRS CONDAMNÉS AU BANNISSEMENT

Le bannissement dans les îles était un châtiment communément infligé aux plus braves guerriers du Christ, ainsi que l’assure Tertullien dans son Apologie et aussi les Histoires des Saints, par exemple celles du pape Pontianus, des saintes Cécile et Flavia Domitilla, vierges et martyres, d’une autre du même nom qui était femme de Flavien Clément, martyr lui-même, ainsi que divers autres.

Cette forme d’exil est mentionnée, avec d’autres, par Marcianus, le juriste, qui nousdit qu’il y avait trois sortes de bannissement : (1), l'interdiction de certains lieux (2), l'interdiction de tous les lieux, sauf un, et, enfin (3), le bannissement dans une île que la personne ainsi punie n'avait la permission de quitter sous aucun prétexte.

En outre, la punition ne cessait pas, même avec la mort de

Lortures ef Éourments des Martyrs Brétiens

l'exilé, car si quelqu'un, envoyé ainsi en exil dans une île, y mourait, son corps ne pouvait en être emporté ni enterré nulle part sans l’autorisation de l'Empereur. D’autres peines étaient de même appliquées aux bannis qui, non seulement étaient exposés à perdre leurs maisons, leurs propriétés, leurs pays, mais aussi leur titre de citoyens, s'ils étaient citoyens romains. Ce bannissement était ou temporaire, ou perpétuel.

S'il n’était que temporaire, il était décrété dans divers rescrits que les exilés ne seraient pas privés de leurs propriétés, ni en totalité, ni en partie; mais, s’il était perpétuel, une partie, sinon la totalité pouvait être confisquée par le Trésor public.

Plus loin, nous lisons dans saint Athanase et d’autres Pères comment beaucoup d’adeptes de la foi catholique orthodoxe furent punis de l’exil par les Ariens, spécialement sous les Empereurs Constantin et Valens, et sous Homeric, roi hérétique des Vandales, et impitoyablement soumis à toutes sortes de tortures et d'insultes, sur le chemin de l’exil et après leur arrivée dans le lieu de bannissement. Ainsi il écrit : « Mais, tout le reste, tous ceux sur lesquelsils avaient pu mettre la main, ils (les persécuteurs) les exilèrent dans cette partie de l'Egypte nommée la Grande Oasis. Ils refusaient aussi que les corps de ceux qui mouraïent fussent rendus à leurs amis; mais ils les gardaient secrètement sans les enterrer pour satisfaire leur rancune capricieuse et pensant ainsi que leur cruauté serait ignorée. En cela, ce peuple faisait une grande erreur, car les amis et connaissances des hommes assassinés, se réjouissant de voir que la vérité était confessée, s’attristaient néanmoins excessivement du recèlement du cadavre de leurs amis et proclamaient hautement la barbarie de ce qui était fait contre eux et agissaient de façon à ce que la tragique histoire des atrocités de leurs ennemis eût son retentissement au loin. Ils exilèrent, en Egypte et en Afrique, beaucoup d’évêques et de prêtres qu'ils firent voyager avec tant de cruauté

Œvêques erifés

que quelques-uns moururent en chemin; d’autres périrent à leur arrivée au lieu du bannissement; plus de trente évêques de l'Eglise en tout étant exilés. » Et encore, à un autre endroit : « Sous l’empereur Constantin, qui était toujours prêt à seconder les vues des Ariens, ils réussirent à effectuer l’exil, d'Alexandrie en Arménie, de deux prêtres et de trois diacres. De plus, Arius et Astérius, évêques respectifs de Pétra en Palestine, et de Pétra en Arabie, non seulement furent exilés dans l’Afrique supérieure, mais de plus on s’efforça de leur faire subir des outrages tout particuliers. Lucius aussi, évêque d’Andrinople, qui s'était courageusement opposé aux persécuteurs et leur avait reproché leur cruauté, eut par eux la tête et les mains liées, comme on l'avait déjà fait auparavant, et emmené aussi en exil où il mourut. » Ainsi parle saint Athanase. Un court extrait maintenant de l’Hisloire de Theodoretus, décrivant le transport en exil des catholiques sous l’empereur Valens, et puis, nous laisserons cette partie de notre sujet : « La sentence fut rendue contre les saints hommes, le peuple entier se lamentant amèrement, devant le Tribunal, par Magnus, chef du Trésor provincial, à cet effet qu’ils seraient expulsés d'Alexandrie et envoyés pour habiter en exil à Héliopolis, ville de Phénicie, où il n’y avait pas un habitant qui voulût supporter d'entendre parler du Christ, car c’étaient tous des adorateurs d’idoles. Donc, il ordonna qu'ils fussent immédiatement embarqués sur un vaisseau, lui-même se tenant sur le rivage et brandissant sur eux un sabre, pensant ainsi frapper de terreur les âmes des hommes qui avaient blessé encore et encore les démons hostiles, par l’épée à double tranchant de l'esprit. Puis il donne enfin l’ordre de mettre à la voile sans que le vaisseau fût chargé d’aucune provision et sans leur donner quoi que ce fût qui püt subvenir à leurs besoins en exil. »

Une semblable barbarie remplit le cœur d’Elizabeth, reine d'Angleterre, qui, de nos jours, torture ses sujets orthodoxes par

Sortures et Éourments des Martyrs chrétiens

toutes sortes d'affreux supplices et d'innombrables châtiments, quelquefois (voyez Sanders, Schisme anglican) les envoyant en exil, afin d'offrir un exemple et une preuve de sa prétendue démence. Mais, de son impiété, ainsi que de celle de son père, Henri VIIL, nous avons parlé ailleurs plus longuement. . :

MARTYRS CONDAMNÉS AUX TRAVAUX FORCÉS, SAVOIR : CONSTRUIRE / OU NETTOYER LES ÉGOUTS ; TRAVAUX SUR LES ROUTES ET LES RUES. à:

Cette sorte de châtiment est mentionnée par Suétone qui dit dans sa Vie de Néron: «Il commença le lac artificiel entre Misenum et Avernes et le canal d’Avernes à Ostie et, en vue de finir ces travaux, il ordonna que tous les prisonniers qui étaient enfermés dans les prisons, dans quelqu’endroit que ce fût, fussent amenés en Italie, et que toute personne convaincue de culpabilité fût condamnée aux travaux forcés. » Et encore dans Caligula : « Beaucoup de personnes d’une condition respectable, après avoir été défigurées par des marques brülantes, furent condamnées par lui aux mines et à travailler sur les routes

-et à garder les bêtes. » Pline aussi /Lettres}, parlant de l’empereur

Trajan : « Que tous les plus anciens coupables que l’on découvre ayant subi leur sentence il y a dix ans, soient assignés à divers ouvrages, ne différant pas beaucoup des travaux forcés, car les hommes de cette sorte sont habituellement chargés de nettoyer les égouts et de travailler sur les grandes routes et rues publiques. » De plus amples détails concernant ces châtiments peuvent être trouvés dans l'Histoire du Pape Marcellin, comme il suit : « Au temps où Maximien retournait de la province africaine à Rome, désirant plaire à Dioclétien Auguste, qui faisait bâtir des Thermes (Bains de Dioclétien) et voulait leur donner

Fic. XLV

A. — Martyrs condamnés à travailler à la construc- | B. — Martyrs condamnés à tailler et à transporter

tion d’édifices publics. des blocs de marbre pour la construction.

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son nom, il commence, en vue de vexer les chrétiens, par forcer tous les soldats de cette foi, qu'ils soient romains ou étrangers, et pour les dégrader, à se livrer aux travaux forcés, et, en divers lieux, les condamne à extraire des pierres et à creuser le sable. A la même époque vivait un certain chrétien, du nom de Thrason, homme d'importance, riche des biens de la terre et pur dans ses mœurs ; quand il vit ses compagnons chrétiens harassés de fatigue et épuisés par les travaux forcés, il voulut, avec son abondance, fournir les vivres et la nourriture aux saints Martyrs... » Et plus loin : « Maximien commanda que les suivants : Cyriacus, Largus, Smaragdus et Sisinnius fussent condamnés à creuser le sable et à le porter sur leurs épaules au lieu où l’on construisait les Thermes. Mais, parmi le reste, se trouvait un vieillard, du nom de Saturninus, qui était alors brisé par les ans, et ils commencèrent à l’aider à porter son fardeau. Mais quand les gardes virent cela, que Sisinnius et Cyriaque portaient leur propre fardeau et celui des autres... » Des faits analogues ou presque semblables sont racontés dans le récit de la passion de saint Cyriaque et de ses compagnons et de sainte Severa, vierge et martyre.

Saint Athanase fait aussi mention du même mode de châtiment : « Les vieux évêques furent conduits par les Ariens en exil, où ils en placèrent quelques-uns dans les carriéres de pierres (1) et firent périr les autres. »

(1) Carrières de pierres (lapidicinæ) — endroit d’où l’on extrait la pierre, nommé en grec latumiæ. C’est de là que l’on donna aux prisons le nom de latumiæ, soit parce que les criminels y étaient envoyés pour extraire la pierre, soit parce que les Tyrans de Syracuse avaient près de cette ville de grandes carrières de pierres creusées dans le roc d’où auparavant on avait extrait les pierres servant à la construction de la ville et dont on faisait alors usage comme de prisons.

On se rappelle comment les malheureux survivants de la désastreuse expédition athénienne, sous Lamachus (av. J.-C. 415), contre Syracuse, périrent dans ces latumiæ.

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Plus fréquemment encore en parle Victor, dans sa Perséculion vandale, où il écrit à un certain endroit : « Mais quand le Tyran eut, de cette façon, échoué dans son dessein de faire tomber le mur de leur constance, il concut le plan de ne permettre à aucun des hommes de notre Religion, occupant des emplois à sa cour, de toucher les pensions et les honoraires habituels et résolut même de les épuiser par de rudes travaux. Il ordonna que des hommes bien nés et habitués à une nourriture délicate fussent menés dans les plaines d’Utica pour y couper les récoltes des champs, sous les rayons d’un soleil brûlant, où tous se réjouirent dans le Seigneur. »

De tout cela nous pouvons conclure, sans l’ombre d’un doute, que c'était la coutume chez les anciens de condamner les coupables et les chrétiens aux travaux forcés en vue de leur infliger la plus grande injure et la plus forte insulte possible, particulièrement à ceux qui avaient été ennoblis par le service militaire.

À proprement parler, ce n'étaient que les individus de la plus vile espèce qui étaient généralement condamnés aux travaux forcés et si certains soldats étaient ainsi traités, c'était absolument contraire aux lois qui défendaient qu'un soldat fût condamné aux mines, ou à être torturé, ou, en aucune circonstance, à être forcé de travailler aux constructions, non plus qu’à accomplir les devoirs journaliers des esclaves. L’énorme édifice que jusqu’à ce jour l’on appelle les Bains de Dioclétien a été construit à la sueur et à la fatigue des soldats et des Martyrs chrétiens. Une circonstance, que nous ne pouvons considérer que comme due à la faveur spéciale du Dieu Tout-Puissant, est celle qui nous montre que, dans les dernières années pendant lesquelles le pape Pie IV occupait encore le siège papal, la plus importante partie du bâtiment, qui demeurait intacte, changea de situation : elle servit d'église et fut dûment et solennellement consacrée à Marie, la mère de Dieu, et aux Saints Anges (Eglise de Santa Maria degli

Œartprs condamnés aur mines

Angeli à Rome). Mais assez sur les patients chrétiens condamnés aux travaux forcés.

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